Carte des 13 campus en région Auvergne-Rhône-Alpes et projets 2017

Une refondation de l’enseignement professionnel

Dossier : ExpressionsMagazine N°733 Mars 2018
Par Daniel BLOCH
Par Jacques DENANTES (49)

L’enseignement tech­nique et pro­fes­sion­nel souffre en France d’un pro­blème d’image, résul­tant notam­ment du fait qu’en fin de col­lège, l’orientation vers ses filières se décide trop sou­vent par défaut. Cela péna­lise l’industrie qui a du mal à recru­ter des per­son­nels tech­niques de tous les niveaux, ouvriers, tech­ni­ciens supé­rieurs ou même ingénieurs.

Formation d'apprentis
Chaque cam­pus a pour objec­tif de for­mer des élèves et des appren­tis, mais éga­le­ment des adultes. © AUREMAR

Daniel Bloch a été nom­mé pré­sident du groupe inter­mi­nis­té­riel d’expertise par l’arrêté inter­mi­nis­té­riel du 31 octobre 2014.

Pour rap­pro­cher l’é­cole et le monde éco­no­mique, l’É­du­ca­tion Natio­nale a créé en 2013 les Cam­pus des métiers regrou­pant des éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment secon­daire et d’en­sei­gne­ment supé­rieur, de for­ma­tion ini­tiale ou conti­nue. Ces Cam­pus sont construits autour d’un sec­teur d’ac­ti­vi­té d’ex­cel­lence cor­res­pon­dant à un enjeu éco­no­mique natio­nal ou régio­nal sou­te­nu par la col­lec­ti­vi­té et les entreprises.

C’est pour reva­lo­ri­ser l’enseignement pro­fes­sion­nel en France que le minis­tère de l’Éducation natio­nale a lan­cé en 2013 une vaste réor­ga­ni­sa­tion consis­tant à regrou­per des éta­blis­se­ments de tous les niveaux au sein des « Cam­pus des métiers et des qualifications ».

MIEUX RÉPONDRE À L’OFFRE DE L’EMPLOI ET AUX ASPIRATIONS DES DEMANDEURS

Les cam­pus ont été ins­ti­tués par la loi du 8 juillet 2013 dite de « Refon­da­tion de l’École » :

« Il convien­dra de faire émer­ger des cam­pus des métiers, pôles d’excellence offrant une gamme de for­ma­tions pro­fes­sion­nelles, tech­no­lo­giques et géné­rales dans un champ pro­fes­sion­nel spé­ci­fique. Ces cam­pus pour­ront accueillir dif­fé­rentes moda­li­tés de for­ma­tions (sta­tut sco­laire, appren­tis­sage, for­ma­tion conti­nue, vali­da­tion des acquis de l’expérience) et orga­ni­ser des pour­suites d’études supérieures. »

Un objec­tif majeur de cette refon­da­tion est de mieux répondre à l’offre d’emplois tout en rédui­sant les fins de sco­la­ri­té sans qua­li­fi­ca­tion et aus­si de relan­cer l’ascenseur social en faci­li­tant l’accès des adultes à des for­ma­tions qualifiantes.

FORMER LES JEUNES MAIS AUSSI LES ADULTES

Bien au-delà d’un amé­na­ge­ment des dis­po­si­tifs exis­tants, l’institution des cam­pus tra­duit la volon­té d’une refon­da­tion de l’enseignement et de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Sous l’impulsion des rec­teurs et des pré­si­dents de région, chaque cam­pus asso­cie, sur un site ter­ri­to­rial et autour d’un champ pro­fes­sion­nel, des éta­blis­se­ments d’enseignement secon­daire et supé­rieur, de sta­tuts publics et pri­vés, avec l’objectif de for­mer des élèves et des appren­tis, mais éga­le­ment des adultes.

Un Guide des Cam­pus énu­mère les rela­tions qu’ils doivent éta­blir avec les entre­prises du péri­mètre du campus :

  • concer­ta­tion sur les conte­nus et les calen­driers des alter­nances, sur les concor­dances entre réfé­ren­tiels et stages, sur la co-uti­li­sa­tion des équi­pe­ments techniques ;
  • pos­si­bi­li­té de construire des par­cours de for­ma­tion adap­tés à tous les pro­fils en uti­li­sant la diver­si­té des établissements ;
  • orga­ni­sa­tion du droit au retour en for­ma­tion des adultes sala­riés en vue d’accroître leur qualification ;
  • appel à contri­bu­tion de for­ma­teurs d’horizons divers ; trans­ferts de tech­no­lo­gie et veille technologique.

ALLIER LE RECTORAT ET LA RÉGION

Le label « Cam­pus des métiers et des qua­li­fi­ca­tions » est natio­nal et inter­mi­nis­té­riel. Il est attri­bué, pour quatre années, par les ministres en charge de l’Éducation, de l’Enseignement supé­rieur, de l’Économie et de l’Emploi.

Carte des 13 cam­pus en région Auvergne-Rhône-Alpes et pro­jets 2017.

Un groupe inter­mi­nis­té­riel d’expertise des cam­pus – avec un pré­sident nom­mé par arrê­té minis­té­riel – en liai­son avec le Conseil natio­nal édu­ca­tion éco­no­mie anime la pro­cé­dure d’appels à projets.

Il ana­lyse les pro­jets pré­sen­tés, il apporte une assis­tance aux maîtres d’ouvrage dans la construc­tion de ces dis­po­si­tifs et il contri­bue à éva­luer en temps réel leur fonctionnement.

Les cam­pus fonc­tionnent sous la double res­pon­sa­bi­li­té du rec­teur et du pré­sident de région qui en ont pro­po­sé la créa­tion. Une fois label­li­sés, ce sont eux qui en assurent la maî­trise d’ouvrage.

Chaque cam­pus se consti­tue autour d’un ou quel­que­fois deux éta­blis­se­ments choi­sis comme pilotes. Ils sont pour­vus d’une direc­tion opé­ra­tion­nelle qui prend appui sur la struc­ture d’un de ces éta­blis­se­ments pilotes ou éven­tuel­le­ment sur un groupe d’intérêt public (GIP) spé­ci­fique recou­vrant l’ensemble des cam­pus de l’académie et de la région.

Au niveau régio­nal, chaque admi­nis­tra­tion concer­née (région, rec­to­rat, Oni­sep, Direccte, agri­cul­ture…) désigne désor­mais le plus sou­vent en son sein un « réfé­rent campus ».

DES PARCOURS DE RÉUSSITE DE BAC ‑3 À BAC +5

Chaque cam­pus accueille les appre­nants sous dif­fé­rents sta­tuts : élèves, appren­tis, sta­giaires de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, sala­riés en contrat de qua­li­fi­ca­tion. Il s’occupe de résoudre les pro­blèmes d’hébergement et d’accès aux res­sources cultu­relles en s’appuyant sur les régions.

“ Le campus donne à chacun les moyens de la construction progressive d’un projet professionnel ”

En for­ma­tion ini­tiale, la sco­la­ri­té peut s’arrêter au bac pro­fes­sion­nel mais aus­si se pour­suivre jusqu’au BTS et au-delà, au niveau mas­tère ou diplôme d’ingénieur.

À ceux qu’il accueille, le cam­pus donne les moyens d’une construc­tion pro­gres­sive d’un pro­jet pro­fes­sion­nel qui peut aller du niveau bac ‑3 jusqu’au niveau bac +5, en inter­ve­nant en amont, dès le col­lège, pour contri­buer à l’orientation des col­lé­giens, et en s’efforçant de réduire les « décro­chages » en cours de chemin.

Il met à la por­tée de cha­cun la pour­suite d’un par­cours de réus­site avec une orien­ta­tion active tout au long de la for­ma­tion, avec une ouver­ture à la culture et à l’international et la construc­tion de com­mu­nau­tés d’appartenance.

DES CAMPUS EN PRISE DIRECTE AVEC LES TERRITOIRES

Le rôle du direc­teur opé­ra­tion­nel est essen­tiel. La plu­part d’entre eux pos­sèdent des com­pé­tences acquises à la fois dans le monde aca­dé­mique et dans le monde pro­fes­sion­nel. Compte tenu de l’ancrage des cam­pus, à la fois sec­to­riel et ter­ri­to­rial, ils ont pour mis­sion, en prise directe avec les réa­li­tés opé­ra­tion­nelles, de créer une dyna­mique en fédé­rant les éta­blis­se­ments du campus.

Ces der­niers ont le plus sou­vent un carac­tère « loca­li­sé » afin de faci­li­ter la mise en place de pla­te­formes tech­niques com­munes et la construc­tion de par­cours de for­ma­tions croi­sés entre les divers éta­blis­se­ments du cam­pus, quels qu’en soient les sta­tuts, tout en don­nant corps à une poli­tique d’aménagement des ter­ri­toires. Ces direc­teurs opé­ra­tion­nels peuvent inter­ve­nir, en tant que conseils, dans l’élaboration de la carte des for­ma­tions aca­dé­miques et régionales.

Vision augmentée
Tête de pont de la révo­lu­tion numé­rique en Drôme-Ardèche, le Cam­pus des métiers et qua­li­fi­ca­tions image numé­rique et indus­trie créa­tive met en réseau lycéens, étu­diants, ingé­nieurs, cher­cheurs et entre­prises. © ROMASET

L’EXEMPLE DE LA RÉGION AUVERGNE-RHÔNE-ALPES

Un livret des bonnes pra­tiques rend compte des condi­tions dans les­quelles le réseau de cam­pus se met en place. Chaque région pos­sède un sché­ma de déve­lop­pe­ment de ses campus.

À titre d’exemple, voi­ci celui de la région Auvergne- Rhône-Alpes avec ses trois aca­dé­mies et ses douze dépar­te­ments. Treize cam­pus sont déjà lan­cés et trois autres sont en pro­jet. Il y a des réfé­rents cam­pus ter­ri­to­riaux et un coor­don­na­teur pour chaque aca­dé­mie et pour la région académique.

Outre son réfé­rent régio­nal, la Direccte a dési­gné un cor­res­pon­dant pour cha­cun des treize cam­pus. Ces cam­pus contri­buent à la cohé­rence des for­ma­tions pro­fes­sion­nelles de la nou­velle région, par exemple pour le tou­risme ou encore pour la construc­tion durable.

UNE VOLONTÉ POLITIQUE À L’ÉCHELLE DU TERRITOIRE NATIONAL

78 cam­pus déjà sont label­li­sés en France métro­po­li­taine et dans les Dom-Tom. Leur nombre devrait atteindre la cen­taine en 2018.

Cette démul­ti­pli­ca­tion tra­duit une volon­té poli­tique à l’échelle du ter­ri­toire natio­nal ; en for­ma­tion ini­tiale, les cam­pus sont au cœur des dis­cus­sions sur l’apprentissage, et leur voca­tion à accueillir les adultes les consti­tue en acteurs de pre­mier rang dans la for­ma­tion continue.

RÉFÉRENCE :

  • Réconcilier les Français avec leur industrie pour lutter contre son déclin, Forum social, JR n° 731, janvier 2018.
  • Le guide des Campus des métiers et des qualifications, sous la direction de Daniel Bloch, février 2017, consultable sur le site du ministère de l’Éducation nationale
  • Onisep : Office national d’information sur les enseignements et les professions.
  • Direccte : Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi.
  • Les bonnes pratiques des Campus des métiers et des qualifications, sous la direction de Daniel Bloch, février 2017, consultable sur le site du ministère de l’Éducation nationale

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