Quelle écologie pour le XXIe siècle ?

Dossier : Libres ProposMagazine N°533 Mars 1998
Par Jacques BOURDILLON (45)

Héritages du passé

L’homme, la nature sauvage et la nature aménagée

Héritages du passé

L’homme, la nature sauvage et la nature aménagée

Depuis l’aube de l’hu­man­ité, l’homme est en lutte avec la nature sauvage qu’il s’ef­force de trans­former en une nature amé­nagée (villes, forêts, jardins…) laque­lle con­stitue aujour­d’hui l’essen­tiel de son envi­ron­nement. Cette nature est à la fois mer­veilleuse (fleurs, papil­lons, ciels…) et pro­fondé­ment hos­tile (vol­cans, inon­da­tions, trem­ble­ments de terre, épidémies, gel…) : cf. de François Mon­nier, Terre Nourri­cière, L’Har­mat­tan, 1996. 

” Sommes-nous enne­mis ou amis de la nature ? Il s’ag­it d’un faux prob­lème, car le pos­er revient à oubli­er que nous sommes nous aus­si la nature, que nous avons tou­jours fait par­tie des écosys­tèmes et que nous en fer­ons tou­jours par­tie, ce qui ne nous dis­pense pas de con­tribuer aux équili­bres écologiques en tant que représen­tants du règne ani­mal, dont nous parta­geons les exi­gences et les faib­less­es… La planète est désor­mais partagée entre des ter­ri­toires restés sauvages, et des ter­ri­toires amé­nagés par les hommes pour con­stituer leur cadre de vie (47 % des ter­res émergées)… 

Chaque com­posante végé­tale ou ani­male de l’é­cosys­tème prim­i­tif, que nos amé­nage­ments ont rem­placé, va s’ef­forcer jour après jour de se réin­staller, et si l’homme aban­donne la par­tie, l’é­cosys­tème se recon­stitue au plus vite. … Aucun ouvrage ne peut à la longue résis­ter au vent, à l’éro­sion, aux infil­tra­tions, au gel, à la chaleur, à l’hu­mid­ité, à la cor­ro­sion, à la rouille, aux ter­mites, aux vers, aux moi­sis­sures, aux pour­ri­t­ures… et pour faire bonne mesure, la nature sauvage a fréquem­ment recours à son artillerie lourde : tem­pêtes, orages, inon­da­tions, cyclones, trem­ble­ments de terre, érup­tions, incendies… Aujour­d’hui, les derniers restes d’Angkor sont assail­lis par la jun­gle, tan­dis qu’Am­s­ter­dam et Venise sont men­acées par les eaux, Naples par son vol­can, Tokyo et Los Ange­les par des séismes. La nature sauvage est là, partout, à l’af­fût. Notre nature amé­nagée serait inca­pable de lui résis­ter si nous ces­sions de la pro­téger efficacement.” 

Cer­tains pro­posent de faire un choix entre l’homme (pré­da­teur) et la nature (bonne et accueil­lante). Ni l’u­til­ité ni la néces­sité de ce choix ne me sem­blent s’im­pos­er : l’homme et la nature seront tou­jours indis­sol­uble­ment liés. 

Prométhée

Prométhée nous a légué la maîtrise du feu. L’homme est sou­vent présen­té comme un appren­ti sor­ci­er, et Prométhée comme le pro­to­type de cet homme. 

Le Titan Prométhée (le prévoy­ant) avait appris la sagesse de sa mère Thémis, il aurait con­tribué à la créa­tion de l’homme en façon­nant à par­tir d’une motte d’argile des stat­uettes aux­quelles Athé­na don­nait ensuite le souf­fle vital. Il a aidé les hommes con­tre les dieux, en leur offrant la nour­ri­t­ure, et le feu dont Zeus voulait les priv­er pour les punir de leur méchanceté. Son frère, Épiméthée (celui qui réflé­chit après) était l’époux de Pan­dore célèbre pour avoir déver­sé sur la terre les maux enfer­més dans une boîte au fond de laque­lle hélas était restée l’e­spérance.

Prométhée offrit à Zeus deux paque­ts : l’un con­te­nait des abats, l’autre de la viande. Zeus choisit les abats, Prométhée la viande qui devint la nour­ri­t­ure des hommes, Prométhée déro­ba le feu céleste dans une tige de fenouil, et l’of­frit aux hommes qui purent se préserv­er de la nature sauvage, et dévelop­per la métal­lurgie, Zeus l’en­chaî­na sur le Cau­case et envoya un vau­tour lui dévor­er le foie… jusqu’au jour où Hér­a­clès le délivra en tuant le vautour. 

Prométhée prend le risque de faire con­fi­ance à une human­ité qu’il veut libre, ce qui n’est pas sans risque, il est por­teur d’e­spérance, il offre des out­ils pour dévelop­per la cité et amé­nag­er l’en­vi­ron­nement des hommes. Prométhée aujour­d’hui accepterait les con­traintes de la bioéthique mais refuserait l’ar­rêt de la crois­sance que cer­tains pro­posent au nom de la pré­cau­tion. Il faut le délivr­er, non du vau­tour, mais du mau­vais procès qui lui est fait et nous insér­er dans la longue chaîne des efforts prométhéens au ser­vice de la vie, en gar­dant l’e­spérance (cf. le livre de François Jacob, La souris, la mouche et l’homme, Odile Jacob) : 

” Prométhée représente pour l’hu­man­ité le sym­bole du com­bat con­tre la nature… Depuis tou­jours, l’homme n’a cessé de lut­ter, de lut­ter con­tre la mis­ère, con­tre le froid, con­tre la mal­adie, con­tre la vio­lence du monde qui l’en­toure, il a refusé de se pli­er aux lois de la nature, d’être un ani­mal, ou d’être seule­ment un ani­mal. Ce refus, il l’ex­prime depuis les orig­ines, depuis l’in­ven­tion du feu, de l’écri­t­ure et du cal­cul et dans cette lutte, la sci­ence est venue assez tard, fournir des armes. En fait l’his­toire des sci­ences, c’est en quelque sorte l’his­toire de la lutte de la rai­son con­tre les vérités révélées. ” 

La tradition judéo-chrétienne

Selon la Genèse, qui est à la source de la tra­di­tion juive et de la tra­di­tion chré­ti­enne, l’homme aurait été investi par Dieu d’un véri­ta­ble pou­voir d’usufruiti­er, dans cette per­spec­tive, il pour­rait, grâce aux sci­ences et aux tech­nolo­gies, con­tin­uer d’as­sumer son rôle de véri­ta­ble jar­dinier de la nature (La Genèse 1–28) :

” Soyez féconds, mul­ti­pliez, emplis­sez la terre et soumet­tez-la ; dominez sur les pois­sons de la mer, les oiseaux du ciel, et tous les ani­maux qui ram­p­ent sur la terre, je vous donne toutes les herbes por­tant semence qui sont sur toute la sur­face de la terre et tous les arbres qui ont des fruits por­tant semence : ce sera votre nour­ri­t­ure. À toutes les bêtes sauvages, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui rampe sur la terre, et qui est ani­mé de vie, je donne pour nour­ri­t­ure toute la ver­dure des plantes et il en fut ain­si. Dieu vit ce qu’il avait fait : cela était très bon. ” 

Descartes, les Lumières, les saint-simoniens

J’ai choisi mon camp en revendi­quant l’héritage des Grecs, des Judéo-Chré­tiens et des Arabes, il faut l’é­ten­dre aux hommes de la Renais­sance (Léonard de Vin­ci, Galilée), du XVIIe siè­cle (René Descartes), du XVIIIe siè­cle (les Lumières, les savants de la Révo­lu­tion), du XIXe siè­cle (Auguste Comte), à ceux du XXe, avec Luc Fer­ry et Dominique Bourg, Claude Fré­jacques, avec Claude Allè­gre et Georges Charpak, avec François Jacob et Axel Kahn, avec Alfred Sauvy, et Éve­lyne Sullerot, etc. 

Je préfère leur com­pag­nie à celle des Mar­tin Hei­deg­ger, Jacques Ellul, Hans Jonas, Aldo Léopold, et autres Lester Brown. 

Dominique Bourg voudrait ren­dre à la tech­nique sa place pri­mor­diale et fon­da­trice dans l’ex­is­tence même de l’homme. Il ne fonde pas ce choix sur une étude ” coûts-avan­tages ” des pro­grès (le bien-être don­né aux hommes vaudrait bien quelques espèces en moins !), en fait il va beau­coup plus loin : 

” Sans tech­nique, pas d’hu­man­ité, car c’est au moyen des out­ils et des trans­for­ma­tions de son envi­ron­nement que l’hu­main, ani­mal fab­ri­ca­teur autant que poli­tique ou par­lant, se pro­duit lui-même. ” 

Les polytechniciens

Sor­tis d’une école créée par la Con­ven­tion ther­mi­dori­enne pour con­stru­ire des bateaux, des ponts et des routes, ils sont les héri­tiers de Descartes, des Lumières, de Carnot, de Mon­ge et d’Au­guste Comte, ils ont large­ment con­tribué aux inven­tions et aux amé­nage­ments mod­ernes, ils veu­lent favoris­er l’amélio­ra­tion con­tin­ue de l’en­vi­ron­nement de l’homme et l’ac­croisse­ment qual­i­tatif et quan­ti­tatif du pat­ri­moine que nous léguerons aux généra­tions futures, ils sont con­cernés par la mise en place de cette écolo­gie du XXIe siè­cle, à refonder sur ” sci­ences, tech­niques, rai­son et imagination “. 

L’héritage global

Ain­si, nous sommes issus du métis­sage de la pen­sée grecque, des tra­di­tions judéo-chré­ti­ennes, de la pen­sée sci­en­tifique de tous les temps et de tous les pays (de Pythagore à Georges Charpak en pas­sant par New­ton, Leib­niz et Marie Curie), de la tra­di­tion amé­nag­iste de tous les âges (créa­teurs de villes, de jardins, de forêts, de pold­ers, de paysages, d’ou­vrages d’art quelque­fois pharaoniques, etc.). 

La France, pour sa part, est plutôt bien dotée : nos ancêtres nous ont légué le pont du Gard, le Lou­vre, Ver­sailles, le via­duc de Gara­bit et le Mont-Saint-Michel, la généra­tion des années 60 nous a légué l’Air­bus, le com­plexe de Rois­sy, des réseaux de trans­ports per­for­mants inté­grant les TGV et les autoroutes à péage (réseau mail­lé mod­este et per­for­mant), un sys­tème de bar­rages et un parc de 56 cen­trales nucléaires (gage de notre indépen­dance énergé­tique, et con­tri­bu­tion sub­stantielle à la réduc­tion de la con­som­ma­tion des ressources fos­siles et des émis­sions de CO2).

Les Hol­landais ont hérité de leurs ancêtres un sys­tème de digues, bar­rages, pold­ers, qui leur per­met de se pro­téger con­tre les inon­da­tions venues de la terre ou de la mer, de vivre, de pra­ti­quer l’a­gri­cul­ture en zone inond­able sur 30 % de leur territoire. 

L’écologie du XXIe siècle

Continuer ce combat incessant de l’homme contre la nature sauvage

On peut penser que les dégâts subis par les Polon­ais et les Alle­mands du fait des crues de l’Oder, l’été 1997, sont imputa­bles à l’ar­rêt momen­tané de la pour­suite de ce com­bat inces­sant con­tre la nature sauvage (grave sous-investisse­ment dans les infra­struc­tures). Ce n’est cer­taine­ment pas en suiv­ant les recom­man­da­tions du WWF qui pré­conise le ” réen­sauvage­ment ” des fleuves et riv­ières qu’ils éviteront le retour d’une telle cat­a­stro­phe. Il serait urgent de con­cevoir et de réalis­er un sys­tème de digues et de bar­rages aus­si effi­cace que le sys­tème des pold­ers hollandais. 

De même le sous-investisse­ment dra­ma­tique de l’ex-URSS dans le domaine des infra­struc­tures de trans­ports est l’une des caus­es de l’ef­fon­drement de son économie et de la pitoy­able qual­ité de son environnement. 

Or il est pos­si­ble de pro­mou­voir un développe­ment durable, en amélio­rant encore l’en­vi­ron­nement, et en refu­sant tout malthu­sian­isme démo­graphique et économique, d’amé­nag­er la planète sans la dégrad­er, pour qu’elle héberge un jour une pop­u­la­tion de 10 mil­liards d’habi­tants bien nour­ris dis­posant de la san­té, du con­fort, d’une mobil­ité non réfrénée grâce à des infra­struc­tures de qual­ité, d’une énergie abon­dante et bon marché (rêve saint-simonien ?), en nous efforçant de priv­ilégi­er l’in­térêt général tou­jours men­acé par les intérêts locaux et indi­vidu­els, et nous met­tre en sit­u­a­tion de léguer aux généra­tions futures après l’avoir enrichi le pat­ri­moine tech­nique, économique et cul­turel hérité de nos ancêtres depuis les orig­ines de l’humanité. 

Il con­vien­dra d’abord de décel­er les men­aces sur l’en­vi­ron­nement, puis de met­tre en œuvre les pro­tec­tions néces­saires : études appro­fondies à long terme sur l’évo­lu­tion du cli­mat, recherch­es sur le nucléaire (nous avons besoin d’une énergie abon­dante et bon marché), sur les trans­ports (la mobil­ité est une lib­erté fon­da­men­tale), sur le génie géné­tique (indis­pens­able pour la san­té et l’al­i­men­ta­tion), etc. 

Développement économique, aménagement du territoire, croissance

Il existe des hommes et des femmes qui croient à l’ex­is­tence d’une étroite cor­réla­tion entre développe­ment économique et investisse­ment (notam­ment infra­struc­tures de trans­ports) : je cit­erai Jacques Delors, Édith Cres­son, David Aschauer, Rémy Prud’homme, Michel Savy, Émile Quinet, Samuel Skin­ner, Chris­t­ian Geron­deau, etc. Ils sont tous par­ti­sans réso­lus d’une poli­tique de développe­ment économique, (indis­pens­able à une reprise de l’emploi) et d’amé­nage­ment du ter­ri­toire (indis­pens­able à la sol­i­dar­ité spa­tiale). Des textes fon­da­teurs cohérents invi­tent à la réal­i­sa­tion de réseaux de san­té, de for­ma­tion, de cul­ture, de trans­ports, d’én­ergie et de télé­com­mu­ni­ca­tions et au développe­ment de l’ac­ces­si­bil­ité sur l’ensem­ble du territoire : 

— niveau européen : le Livre blanc de Jacques Delors (Crois­sance, com­péti­tiv­ité, emploi), le traité de Maas­tricht (titre XII),
— niveau nation­al : le décret du 1.4.1990 insti­tu­ant le sché­ma autorouti­er français (Édith Cres­son), la loi du 4.2.1992 sur l’amé­nage­ment du ter­ri­toire (loi Pasqua). 

Je cit­erai qua­tre textes (sachant que d’autres auteurs, non cités ici, sont en total désaccord). 

  • Rémy Prud’homme :
    ” Plus le stock d’in­fra­struc­tures par habi­tant et par kilo­mètre car­ré d’une région est élevé, plus la pro­duc­tiv­ité de cette région est élevée. ”
    ” L’im­pact économique du stock d’in­fra­struc­tures de trans­ports dans une région est essen­tielle­ment l’aug­men­ta­tion de sa pro­duc­tiv­ité (et non pas l’at­trac­tion des investisse­ments dans tel endroit plutôt que dans tel autre). ” 
  • Samuel Skin­ner (secré­taire d’É­tat améri­cain aux Transports) :
    ” Aucune indus­trie dans le pays n’est plus impor­tante pour la crois­sance de l’é­conomie améri­caine et pour notre com­péti­tiv­ité inter­na­tionale que les trans­ports ” Rap­port Mov­ing America. 
  • La loi Pasqua (arti­cle 17) :
    ” Aucun point du ter­ri­toire ne devra se trou­ver à plus d’une demi-heure d’une gare TGV ou d’un échangeur autoroutier. ” 
  • Le Livre blanc de Jacques Delors : Crois­sance, com­péti­tiv­ité, emploi, les défis et les pistes pour entr­er dans le XXIe siè­cle (Com­mis­sion européenne) : 

 
— axe de développe­ment n° 1
, les réseaux d’in­for­ma­tion : ” Le monde vit actuelle­ment une muta­tion des sys­tèmes de pro­duc­tion, d’or­gan­i­sa­tion du tra­vail, et des modes de con­som­ma­tion dont les effets seront com­pa­ra­bles à ceux de la pre­mière révo­lu­tion indus­trielle. … Le monde mul­ti­mé­dias s’ou­vre. … Il ne s’ag­it pas de retarder cette muta­tion mais de la maîtriser. ” 

- axe de développe­ment n° 2, les réseaux de trans­ports et d’én­ergie : ” L’es­sor de l’Eu­rope dans l’his­toire repose sur la qual­ité de ses réseaux de com­mu­ni­ca­tions qui ont per­mis à ses habi­tants d’ac­céder facile­ment aux ressources naturelles et tech­niques. … La pro­mo­tion des infra­struc­tures nou­velles per­me­t­tra de cir­culer mieux, moins cher, pour amélior­er la com­péti­tiv­ité, d’amé­nag­er le ter­ri­toire européen pour éviter la con­cen­tra­tion des richess­es et des pop­u­la­tions, de jeter un pont vers l’Eu­rope de l’Est. … Depuis dix ans nous avons ralen­ti notre effort d’in­vestisse­ment dans le domaine des infra­struc­tures. … L’at­ten­tion insuff­isante portée au développe­ment des infra­struc­tures entre pour par­tie dans la dégra­da­tion de la vie quo­ti­di­enne … [Les] besoins de finance­ment [sont] de 400 mil­liards d’é­cus en quinze ans. ” 

Le rôle éminent des sciences et des techniques

Cer­tains, tel Jacques Tes­tard, voudraient, au nom de l’éthique, un mora­toire sur cer­taines recherch­es. D’autres s’in­quiè­tent, non sans rai­son, du mau­vais usage par l’homme de ses inven­tions (la guerre bac­téri­ologique, chim­ique et nucléaire). Éter­nel prob­lème depuis l’in­ven­tion du feu. Il existe aus­si un groupe d’in­tel­lectuels qui s’ef­force d’ac­créditer l’idée d’un tour­nant dans l’his­toire des sci­ences et d’an­non­cer la fin du pro­grès : on serait passé de l’ère des cer­ti­tudes à celle des incer­ti­tudes, le pro­grès serait désor­mais une idée morte, je me réfère à la série d’ar­ti­cles parus dans Le Monde en juil­let-août 1996 et aux ren­con­tres Pétrar­que (Mont­pel­li­er juil­let 1997). 

Or cer­taines de ces idées sont fauss­es : depuis l’aube de l’hu­man­ité, les sci­ences se sont tou­jours dévelop­pées dans l’in­cer­ti­tude et grâce au doute méthodique des sci­en­tifiques de tous les temps. Il est donc par­faite­ment inex­act de dire que nous entrons dans l’ère des incer­ti­tudes, car nous n’en sommes jamais sor­tis et nous n’en sor­tirons jamais. C’est bien grâce à la rai­son que les pro­grès con­sid­érables de tous les temps, et notam­ment ceux du xxe siè­cle, ont été réalisés. 

Enfin, cer­tains idéo­logues con­tribuent à dévelop­per la super­sti­tion sur le thème de la peur du nucléaire et du génie géné­tique (amélio­ra­tions ou manip­u­la­tions ?) et provo­quent à l’é­gard des inven­tions de l’homme des réac­tions de rejet par­faite­ment injus­ti­fiées. Mais, il y a aus­si le bon usage de la tech­nique et les bien­faits qu’elle apporte à l’hu­man­ité, notam­ment en faveur de l’en­vi­ron­nement (nucléaire pour le cli­mat, autoroutes pour la sécu­rité et le paysage). 

Alors, François Jacob s’in­ter­roge (La souris, la mouche et l’homme, Odile Jacob) : 

” Faut-il arrêter d’ap­pren­dre cer­taines choses par crainte de l’u­til­i­sa­tion qui pour­rait être faite de cette connaissance ? ” 

Sa réponse à la ques­tion est claire :

” Pour l’être humain, chercher à com­pren­dre la nature fait par­tie de la nature elle même. … Pas plus que l’on ne peut arrêter la recherche on ne peut n’en con­serv­er qu’une par­tie. De toute façon, il n’y a rien à crain­dre de la vérité, qu’elle vienne de la géné­tique ou d’ailleurs… ” 

Il remet en per­spec­tive l’évo­lu­tion des sciences :

” L’en­tre­prise sci­en­tifique représente la plus grande réus­site de l’hu­man­ité, c’est elle qui avec les arts a véri­ta­ble­ment per­mis à l’aven­ture humaine de se dévelop­per dans toute son ampleur, mais ce qui a été accom­pli jusqu’i­ci n’est qu’un début. En fait la sci­ence n’est pas vrai­ment née il y a trois cents ans, c’est seule­ment depuis un siè­cle qu’elle a com­mencé à se dévelop­per sys­té­ma­tique­ment, c’est seule­ment depuis cinquante ans qu’elle a pris son rythme, qu’elle est dev­enue une sorte d’in­sti­tu­tion, qu’elle s’é­panouit dans le monde entier sans restric­tion de fron­tières, de nations, de langues, ou de religions. ” 

Il nous pro­pose une conclusion :

” Le grand dan­ger pour l’hu­man­ité n’est pas le développe­ment de la con­nais­sance, c’est l’ignorance. ” 

Le nucléaire au secours du climat

La ques­tion de l’ef­fet de serre est abon­dam­ment évo­quée sous dif­férents angles dans la grande presse et par le min­istère de l’En­vi­ron­nement : pré­pa­ra­tion de la Con­férence de Kyoto (après Rio et Berlin), alors qu’il y a gaspillage d’én­ergie aux États-Unis, et besoins con­sid­érables dans le Tiers-Monde, en Inde et en Chine. L’on peut s’in­ter­roger sur le ” réal­isme “, ou plutôt sur ” l’angélisme ” de ceux qui croient à l’ef­fi­cac­ité du ” bon exem­ple ” que l’Eu­rope pour­rait don­ner à la Chine ou aux États-Unis. 

L’on peut aus­si s’in­ter­roger sur les moyens que l’Eu­rope compte se don­ner pour réduire de 15 % ses émis­sions de CO2, alors que la con­som­ma­tion (donc la pro­duc­tion) d’élec­tric­ité va croître : rem­place­ment des cen­trales à char­bon alle­man­des et sué­dois­es par des cen­trales nucléaires ? Très curieuse­ment l’on doit con­stater qu’à ce jour ni les médias ni le gou­verne­ment ne se sont véri­ta­ble­ment penchés sur les moyens pra­tiques d’obtenir la réduc­tion jugée souhaitable des émis­sions de CO2.

Or il appa­raît bien que l’én­ergie nucléaire est en l’é­tat actuel de la tech­nolo­gie l’un des seuls moyens effi­caces d’obtenir le résul­tat que l’on veut s’im­pos­er (ce serait aus­si le moyen d’élim­in­er le plu­to­ni­um mil­i­taire dont il fau­dra bien se débar­rass­er !). Appa­raît alors claire­ment une con­tra­dic­tion entre le choix du développe­ment durable (le cli­mat des généra­tions futures) et le refus de l’én­ergie nucléaire. Citons Renaud Abord de Châtil­lon (69), ex-con­seiller de Corinne Lep­age, (Libéra­tion du 15.8.1997) :

” Le choix fait il y a plus de vingt ans d’en­gager le pays dans la voie nucléaire a pro­fondé­ment changé notre mode de vie : abon­dance d’én­ergie élec­trique à un coût raisonnable, tout en assur­ant l’indépen­dance nationale, l’in­vestisse­ment s’est mon­té à plus de 1 000 mil­liards de francs. Résul­tats : dou­ble­ment du taux d’indépen­dance énergé­tique de la France, qui atteint main­tenant plus de 50 %, mais aus­si une baisse sig­ni­fica­tive des rejets de gaz à effet de serre (taux de rejet par habi­tant deux fois moin­dre qu’en Alle­magne, trois fois moin­dre qu’aux États-Unis)… 

La surgénéra­tion était la réponse intel­li­gente aux alarmes du Club de Rome, elle devait per­me­t­tre de pro­duire de l’élec­tric­ité jusqu’en l’an 3000… Mais, dans un con­texte d’abon­dance énergé­tique dans les pays rich­es, certes tem­po­raire, mais bien réel, la surgénéra­tion est hand­i­capée par son coût… C’est pourquoi dès la fin des années 80, une autre voca­tion a été envis­agée pour Super­phénix : devenir un out­il de recherche et d’inc­inéra­tion des déchets nucléaires… Il devrait égale­ment pou­voir apporter des enseigne­ments en matière d’abaisse­ment des coûts et d’amélio­ra­tion de la sûreté. ” 

Or deux déci­sions vien­nent d’être pris­es : arrêter Super­phénix, renon­cer à con­stru­ire la cen­trale nucléaire de Car­net dans l’es­tu­aire de la Loire (rai­son : pro­tec­tion d’un site incom­pa­ra­ble). Deux autres déci­sions sont à pren­dre (toutes deux à l’hori­zon 2010) : réduire ou ne pas réduire nos émis­sions de gaz car­bonique (engage­ment inter­na­tion­al), renou­vel­er et prob­a­ble­ment accroître notre parc de cen­trales élec­triques. Il con­vient de ne pas tarder à choisir entre de nou­velles cen­trales nucléaires (encore plus per­for­mantes : il faudrait les expéri­menter dès main­tenant par un pre­mier pro­to­type) et d’autres cen­trales (au char­bon, au fioul ou au gaz). 

Or le mora­toire en matière d’én­ergie nucléaire cou­plé avec le choix du gaz naturel est imag­in­able (et même économique­ment ten­tant !) mais il faut bien savoir que les cen­trales à gaz pro­duisent du CO2 et con­som­ment de l’én­ergie non renou­ve­lable et que, dans l’hy­pothèse de ce choix, les généra­tions futures auront davan­tage de gaz car­bonique mais n’au­ront plus le com­bustible qui aura été con­som­mé, et que les engage­ments inter­na­tionaux de la France ne seront pas tenus. Par ailleurs (Super­phénix fer­mé) il fau­dra bien pour­suiv­re nos recherch­es sur les réac­teurs à neu­trons rapi­des (domaine où la France est performante). 

Les priorités, la nécessaire hiérarchie des nuisances

Il ne faut pas se tromper d’en­ne­mi. L’ar­gent pub­lic étant lim­ité, il sem­ble bien qu’en l’ab­sence d’un choix raison­né et con­sen­suel des pri­or­ités l’on risque de dépenser des sommes con­sid­érables pour réduire une nui­sance mineure alors que l’on ne fera rien pour sup­primer une nui­sance majeure. Quelques exemples : 

  • si l’on demande aux con­struc­teurs et aux pétroliers des efforts sur les moteurs et les car­bu­rants pour réduire la pol­lu­tion de l’air dont les effets sont rel­a­tive­ment faibles, on peut être sûr qu’ils les fer­ont (on évit­era ain­si peut-être 300 décès par an) ; 
  • dans le même temps quelles sommes con­sacr­era-t-on à la sécu­rité (freins, direc­tion, lég­is­la­tion) : l’on sait qu’il y a 8 000 morts par an par acci­dents de la route ; 
  • que fait-on con­tre le tabac, con­tre l’al­cool ? On sait que la mor­tal­ité par tabag­isme act­if et pas­sif est de l’or­dre de 70 000 vic­times par an (35 000 pour l’alcool) ; 
  • si l’on décide de fix­er le taux de radioac­tiv­ité accept­able par an pour un homme à un niveau inférieur à celui que reçoit la moyenne des Français du fait de la radioac­tiv­ité naturelle, on risque à la fois de ruin­er l’É­tat (la total­ité du bud­get sera absorbée par cette tâche impos­si­ble), d’in­ter­dire toute recherche nou­velle sur le nucléaire, de sup­primer défini­tive­ment les radi­ogra­phies, en tout cas les radiothérapies. 


Pour être effi­cace dans la pour­suite de nos objec­tifs, il con­vient donc de se pos­er la ques­tion fon­da­men­tale suiv­ante, d’où vien­nent les men­aces les plus graves con­tre l’en­vi­ron­nement et le développe­ment durable ?

Les répons­es à cette ques­tion sont sou­vent discordantes : 

- pri­or­ités de l’OMS : ” l’ab­sence d’as­sainisse­ment, l’in­suff­i­sance de l’ap­pro­vi­sion­nement en eau potable, le manque de salubrité des ali­ments, la pol­lu­tion de l’air à l’in­térieur des habi­ta­tions et dans les pays en développe­ment, le car­ac­tère mal­sain des loge­ments “. L’on pour­rait ajouter le prob­lème du traite­ment et du stock­age des déchets de l’a­gri­cul­ture, de l’in­dus­trie et des ménages, celui de la recherche d’une énergie abon­dante, bon marché et non pro­duc­trice de gaz car­bonique (d’où l’im­por­tance fon­da­men­tale du nucléaire civ­il), celui du désarme­ment nucléaire (com­ment con­som­mer le plu­to­ni­um accu­mulé par les arse­naux des puis­sances nucléaires, sinon dans les cen­trales civiles ?), celui des acci­dents de la route, etc. 

Or il est facile de con­stater que les pri­or­ités de cer­tains mou­ve­ments écol­o­gistes ne coïn­ci­dent absol­u­ment pas avec celles que nous venons de citer : leurs cibles favorites sont la pol­lu­tion de l’air dans les villes et non à l’in­térieur des habi­ta­tions (où l’on trou­ve des acariens et des taux de NO2 con­sid­érables du fait des cuisines au gaz), les cen­trales nucléaires qu’il faudrait déman­tel­er, les trans­ports qu’il faudrait réduire (et par­ti­c­ulière­ment les infra­struc­tures autoroutières, les aéro­ports et les TGV), la sur­pop­u­la­tion (con­sid­érée comme un dan­ger majeur), les usines d’inc­inéra­tion (pro­duc­tri­ces de diox­ine), les pro­duits chim­iques (notam­ment le chlore, bête noire de cer­tains d’en­tre eux), les pes­ti­cides, etc. 

Cita­tion de Bernard Oudin (Pour en finir avec les éco­los, Gal­li­mard 1996) : 

” Un mil­liard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable, deux mil­liards vivent dans un état d’hy­giène déplorable, 5 mil­lions meurent de dysen­terie et l’on choisit le malthu­sian­isme, l’on s’op­pose au développe­ment, l’on préfère par­ler de couche d’o­zone, d’ef­fet de serre, de pro­tec­tion de la chou­ette tachetée, ou de l’ours des Pyrénées, et s’at­ta­quer aux pro­duc­teurs de chlore (indis­pens­able pour fournir l’eau potable à ceux qui ne l’ont pas notam­ment dans le Tiers-Monde). ” 

Cita­tion de la revue Indus­trie et Envi­ron­nement (n° 69 du 6 août 1997) : 

” Par­mi les pri­or­ités de l’OMS, on n’en retrou­ve aucune qui soit une pri­or­ité écol­o­giste, au con­traire, une organ­i­sa­tion écol­o­giste, dans son acharne­ment con­tre le chlore, va directe­ment à l’en­con­tre de l’im­périeuse néces­sité d’as­sainir les eaux des­tinées à la con­som­ma­tion… Pen­dant que l’un des géno­cides les plus graves du siè­cle se déroulait dans la région des Grands Lacs, les écol­o­gistes étaient mobil­isés sur la ques­tion de la pro­tec­tion des éléphants ! ” 

Le principe de précaution et le risque zéro

Aujour­d’hui, dès qu’ap­pa­raît un prob­lème, on pro­pose de ne rien faire en appli­ca­tion du fameux ” principe de pré­cau­tion “. Or l’ap­pli­ca­tion de ce principe ne doit pas être faite ” sans pré­cau­tion ” : les risques d’une appli­ca­tion impru­dente pour­raient être con­sid­érables. La ques­tion du risque zéro doit être exam­inée en même temps avec la même vig­i­lance. Réflex­ions emprun­tées à C. Fré­jacques, J.-L. Funck-Brentano et C. Souleau : 

  • Du doyen de l’U­ni­ver­sité Paris X, Charles Souleau (Châte­nay-Mal­abry, 22.7.1997) :
    ” Zéro risque n’est-il pas équiv­a­lent à zéro progrès ? ” 
  • De J.-L. Funck-Brentano (Le Monde des 29/30 octo­bre 1995) :

    ” Il est frap­pant de con­stater que les don­nées médi­cales réu­nies depuis cinquante ans par les instances inter­na­tionales les plus crédi­bles et les plus fiables n’ap­por­tent aucune jus­ti­fi­ca­tion à la ter­reur qu’in­spire aujour­d’hui l’én­ergie nucléaire. Il est plus frap­pant encore que les fan­tasmes qui se veu­lent médi­caux sur­vivent à leur incon­séquence et lais­sent se déploy­er des dan­gers, ceux-là très réels de la recherche d’un inac­ces­si­ble risque zéro. ” 

    ” Le ray­on­nement nucléaire à faibles dos­es fait par­tie inté­grante des com­posants de la nature dans son accep­tion la plus large. Depuis la nuit des temps, l’homme s’en est par­faite­ment bien accom­modé et il con­tin­ue de le faire aujourd’hui. ”
    ” Pré­conis­er la recherche du risque nucléaire zéro est déraisonnable et dan­gereux car cela dévoie la juste appli­ca­tion du principe de précaution. ” 

  • De Claude Fré­jacques (Le Monde des Débats de févri­er 1993) :
    ” Depuis une ving­taine d’an­nées, le CIPR (insti­tu­tion haute­ment respectable) a ten­dance à adopter des normes de ” pré­cau­tion ” pour ne pas don­ner prise aux cri­tiques des anti­nu­cléaires. C’est ain­si que ces normes sont établies à par­tir des résul­tats épidémi­ologiques recueil­lis après les irra­di­a­tions subies en très peu de temps à la suite des explo­sions de Nagasa­ki et d’Hi­roshi­ma. Pour les normes d’ir­ra­di­a­tion — vie durant, c’est-à-dire à débit de dos­es faibles — un coef­fi­cient cor­recteur de 2 a été admis alors que la plu­part des biol­o­gistes l’es­ti­ment à env­i­ron 10. Les normes sont donc pro­tec­tri­ces d’un fac­teur 5 env­i­ron. Bra­vo, bra­vo, direz-vous. Oui, mais appliquées aux pop­u­la­tions vic­times de l’ac­ci­dent de Tch­er­nobyl, ces normes ont con­duit les autorités russ­es à évac­uer d’of­fice toute per­son­ne qui, restée sur place, aurait reçu 0,7 gray la vie durant. Soit env­i­ron 200 000 habi­tants. Un arti­cle récent indi­quait que, à la suite de cette dépor­ta­tion for­cée, il y aurait plus de morts par alcoolisme et par dépres­sion nerveuse qu’il n’y en aurait eu si ces per­son­nes étaient restées sur place… Il faut sig­naler par ailleurs que, rien qu’en France et en Suède, beau­coup plus de 200 000 per­son­nes logées dans des maisons bien isolées ther­mique­ment recevront, vie durant, des dos­es supérieures à 0,7 gray, dues au radon présent dans leur apparte­ment, et que per­son­ne ne par­le de les déplac­er d’office. ” 


N. B. : radon 222 dû à la radioac­tiv­ité naturelle tel­lurique qui peut vari­er de 1 à 1 000 selon le site (en Bre­tagne, 3 à 4). 

L’intérêt général

Cette notion fait par­tie de notre héritage mais elle a beau­coup per­du de sa pop­u­lar­ité et a grand besoin d’être remise en honneur. 

Tout amé­nage­ment nou­veau, utile pour la col­lec­tiv­ité (qu’il s’agisse d’un bar­rage, d’une autoroute, d’une ligne élec­trique à haute ten­sion, d’un pold­er, d’un ouvrage d’art), néces­site for­cé­ment une atteinte à des intérêts par­ti­c­uliers (expro­pri­a­tion et mod­i­fi­ca­tion de l’en­vi­ron­nement), qui doit être indem­nisée de façon équitable, il n’est donc pas éton­nant que, pour obtenir cette indem­ni­sa­tion, les riverains ten­tent de mobilis­er les médias et les organ­i­sa­tions écol­o­gistes, mais il ne serait pas nor­mal qu’à cette occa­sion la pri­or­ité qu’un État démoc­ra­tique doit tou­jours accorder à l’in­térêt général soit occultée par l’ex­pres­sion d’in­térêts particuliers. 

L’in­térêt général est claire­ment con­cerné notam­ment dès lors qu’il s’ag­it d’in­fra­struc­tures de trans­ports, d’én­ergie nucléaire, de génie géné­tique, domaines où la tech­nolo­gie peut se met­tre au ser­vice de l’en­vi­ron­nement. Il se trou­ve en out­re que dans ces trois domaines la France jouit d’une excel­lente posi­tion internationale. 

Paysage et patrimoine

L’un des objec­tifs qu’il faut nous fix­er sera bien évidem­ment l’en­richisse­ment du paysage et du pat­ri­moine par des œuvres d’art et aus­si des ouvrages d’art qui devraient être au XXe siè­cle (aus­si, et pourquoi pas) plus beaux que ceux des siè­cles passés : le via­duc de Mil­lau doit être mis en con­cur­rence avec le pont du Gard et le via­duc de Gara­bit, comme l’Arche de la Défense rivalise avec les Arcs de Tri­om­phe du Car­rousel et de l’É­toile. L’ex­em­ple des autoroutes ou des TGV est édi­fi­ant : de plus en plus nom­breux sont les exem­ples de la beauté des ouvrages d’art et de leur par­faite inté­gra­tion dans le paysage, qu’elles con­tribuent sou­vent à amélior­er, et à met­tre en valeur. 

Faut-il alors décréter que les lignes à haute ten­sion sont laides alors que l’on accepte bien volon­tiers les caté­naires des nou­veaux tramways… 

Je crois donc utile de citer quelques lignes d’un petit ouvrage de Jacques Lacar­rière : Mon bel aujour­d’hui (édi­tions J.-C. Lat­tès) que j’ai beau­coup aimé et qui con­stitue selon moi une anti­dote effi­cace à la dic­tature esthé­tique à laque­lle cer­tains voudraient nous soumettre : 

“J’aime le siè­cle où je suis né, je m’y sens bien, et je n’ai jamais feint, comme tant d’autres, de m’y croire inadap­té ou exilé… J’ai passé mon enfance dans un monde engoué de mécanique… J’ai gran­di au milieu des garages, des ter­rains d’avi­a­tion, de l’essence, des gaz, de l’huile, des fumées, et c’est là que j’ai très tôt respiré les fer­ments et les odeurs du siè­cle… Je ne me sens pas sys­té­ma­tique­ment con­sterné par les paysages urbains d’au­jour­d’hui ni par les change­ments du monde rur­al. Je regarde par­fois sans frémir, et sou­vent même avec plaisir, les châteaux d’eau, les grues et les via­ducs, et il m’ap­pa­raît de plus en plus que ce monde mod­erne a une beauté à lui, des inven­tions irrem­plaçables, des trou­vailles de génie qui auraient sûre­ment plu, ou n’au­raient pas déplu à, dis­ons, Balzac ou Baude­laire. Je pense sou­vent à eux devant les muta­tions et les inno­va­tions de notre siècle.” 

L’enrichissement du patrimoine

Au XXIe siè­cle l’homme doit se don­ner les moyens de pour­suiv­re le tra­vail entre­pris il y a des mil­lé­naires à l’époque de Prométhée pour amé­nag­er son cadre de vie, grâce aux sci­ences et à la tech­nique, et trans­met­tre aux généra­tions futures un pat­ri­moine enrichi. 

Ce pat­ri­moine nous devons nous dépêch­er de l’en­richir encore : 

— d’abord en libérant les sci­ences et les tech­niques des car­cans que l’on voudrait leur impos­er par des mora­toires et des inter­dits injustifiés ; 

— ensuite en libérant nos conci­toyens de l’ig­no­rance et des super­sti­tions qui génèrent l’im­mo­bil­isme et font obsta­cle au progrès ; 

— enfin en libérant les écol­o­gistes eux-mêmes de leurs extrémistes et de leurs inté­gristes, pour qu’ils puis­sent rejoin­dre les arti­sans du progrès. 

Dans cet héritage que nous devons trans­met­tre, il fau­dra ajouter la sat­is­fac­tion de quelques besoins fon­da­men­taux à l’échelle d’une pop­u­la­tion de 10 mil­liards d’hommes : nour­ri­t­ure (quan­tité et qual­ité), mobil­ité (lib­erté fon­da­men­tale inscrite dans notre loi d’ori­en­ta­tion des trans­ports intérieurs), énergie (qui devra être abon­dante et bon marché). Nous aurons à léguer à nos descen­dants notamment : 

  • Des infra­struc­tures de transports
    Prenons l’ex­em­ple des autoroutes français­es : haut niveau de ser­vice, faible linéaire, forte capac­ité de traf­ic, sécu­rité élevée. Leur con­tri­bu­tion à la qual­ité de l’en­vi­ron­nement est con­sid­érable (traite­ment des eaux, murs antibruits, décou­verte du paysage et du pat­ri­moine, enrichisse­ment du paysage, biotopes (superbes réserves écologiques arti­fi­cielles), dépen­dances vertes, qual­ité esthé­tique des ouvrages, etc.) alors que celle des routes ordi­naires est bien sou­vent néga­tive. Les dépen­dances vertes des Sociétés con­ces­sion­naires d’au­toroutes où se développe une remar­quable bio­di­ver­sité floris­tique et fau­nis­tique représen­tent une sur­face de 65 000 ha, et devraient s’ac­croître de 12 000 ha d’i­ci 2004. Le paysage est traité avec soin notam­ment par util­i­sa­tion des images de syn­thès­es, Corinne Lep­age a remis le Grand Prix du Paysage 1997 à Bernard Las­sus, plas­ti­cien et paysag­iste réal­isa­teur d’amé­nage­ments paysagers sur les autoroutes françaises. 
  • L’én­ergie nucléaire
    Léguer aux généra­tions futures une énergie abon­dante et bon marché. En France l’én­ergie est abon­dante et bon marché parce qu’elle est nucléaire, elle est gage de notre indépen­dance énergé­tique, mais aus­si du respect de nos engage­ments inter­na­tionaux, à pro­pos des émis­sions de gaz car­bonique. Parce qu’elle est bon marché cette énergie con­tribue à l’ex­cé­dent de notre bal­ance com­mer­ciale si l’on veut bien accepter des lignes haute ten­sion à tra­vers les Alpes et les Pyrénées. Or le mod­èle français pour­rait large­ment être exporté pour le bien de la planète, mais apparem­ment ce n’est pas la prin­ci­pale préoc­cu­pa­tion aujourd’hui. 
  • Le génie génétique
    Cette recherche est indis­pens­able à la san­té et à l’al­i­men­ta­tion des hommes par l’a­gri­cul­ture et l’a­gro-ali­men­taire (deux élé­ments fon­da­men­taux de notre environnement). 


François Jacob témoigne :
” Quand à la fin des années 70, les écol­o­gistes ont voulu inter­dire la pour­suite des recherch­es sur le génie géné­tique ils n’ont pas été suiv­is, et toute la médecine, aujour­d’hui, repose sur les recherch­es effec­tuées depuis lors. ” 

L’écologie contre l’écologisme

Pour met­tre en place une écolo­gie ouverte et human­iste, il faudrait aus­si en finir avec un écol­o­gisme anti­hu­man­iste, malthusien, idéologique, gaspilleur de fonds publics, passéiste, con­ser­va­teur et cat­a­strophiste, et notam­ment les risques de blocage de la crois­sance, les mythes généra­teurs d’ig­no­rance et de super­sti­tion, les idéolo­gies mor­tifères de certains. 

Je crois utile avant de con­clure de présen­ter (en forçant peut-être le trait) les ten­dances inté­gristes qui exis­tent en écolo­gie (comme d’ailleurs en poli­tique ou en reli­gion), je me hâte d’a­jouter que ces ten­dances exis­tent surtout en Alle­magne et aux États-Unis, et que les écol­o­gistes français dans leur très grande majorité (mais il y a des excep­tions) ne se recon­nais­sent pas en elles. Ceci étant dit je pense aus­si que dans l’in­térêt même de la cause qu’ils défend­ent, les vrais écol­o­gistes devraient se démar­quer claire­ment des extrémistes, notam­ment à pro­pos de Super­phénix et de La Hague, des autoroutes et des TGV, de la recherche en génie géné­tique et de l’u­til­i­sa­tion de plantes trans­géniques. Ceci pour les raisons suivantes : 

Les risques de blocage

Une cer­ti­tude, l’é­colo­gie est désor­mais partout : où que vous soyez, quoi que vous fassiez, vous con­tribuez à amélior­er ou à détéri­or­er l’en­vi­ron­nement, de ce fait vous êtes un coupable poten­tiel, comme vous auriez pu l’être autre­fois dans un autre domaine lorsque la reli­gion était en quelque sorte ” jumelée avec l’É­tat “, avant l’émer­gence de la laïc­ité. On sait que la reli­gion, comme l’É­tat se sont trou­vés très bien de la sépa­ra­tion qui avait sus­cité tant d’in­quié­tudes injus­ti­fiées. On peut espér­er qu’un jour la même laïc­ité s’é­ten­dra aus­si à l’é­colo­gie et que les ser­vices du min­istère de l’En­vi­ron­nement (sa tâche accom­plie) seront enfin reven­tilés dans le cadre des grandes admin­is­tra­tions cen­trales et régionales. 

En fait, nous assis­tons en cette fin de siè­cle à une lente évo­lu­tion vers un blocage général­isé de l’ac­tion de l’homme sur son envi­ron­nement (et de l’ac­tion de l’homme en général) et ce blocage s’é­tend peu à peu à la plu­part des activ­ités humaines, et nous vivons l’ère des mora­toires : sur les trans­ports, le nucléaire, les bar­rages, les amélio­ra­tions géné­tiques, la recherche sci­en­tifique… que sais-je encore. 

Ce blocage n’ex­iste peut-être pas encore en France, mais il existe cer­taine­ment déjà en Suède, et prob­a­ble­ment en Alle­magne, mais cer­taine­ment pas en Asie. 

Les mythes

Les mythes écol­o­gistes sont nom­breux, avec Bernard Oudin, nous citerons : 

  • la forêt vierge : tout est mieux ailleurs qu’ici, 
  • le passé béni, le bon vieux temps : tout était mieux jadis, 
  • le retour à la terre prôné par Mau­r­ras, Pétain, Michel Ser­res…, Pol Pot (Khmer vert ?), 
  • le bon sauvage (admi­ra­tion pour les grands chefs indi­ens Ours Debout et Seattle), 
  • la mobil­ité cause de tous les maux, et qui engen­dre le cosmopolitisme, 
  • les trans­ports et par­ti­c­ulière­ment les aéro­ports et les autoroutes (un autre fléau), 
  • la ville : paysan coupé de ses orig­ines, vic­time du mirage des villes tentaculaires, 
  • le nucléaire : notre source de vie trans­for­mée en cauchemar mortifère, 
  • la moder­nité, la nociv­ité du pro­grès con­trepar­tie d’un appau­vrisse­ment spirituel, 
  • le principe de pré­cau­tion et le risque zéro.

Les méthodes

• Le cat­a­strophisme (large­ment ampli­fié par les médias et très aimé du grand pub­lic), l’u­til­i­sa­tion sys­té­ma­tique de la peur : nucléaire, temps détraqué, cli­mat, cat­a­stro­phes indus­trielles, épidémies (Harold Camp­ing a eu beau­coup de suc­cès pour avoir prévu la fin du monde pour sep­tem­bre 1994). L’af­faire de La Hague en est un excel­lent exem­ple, citons Indus­trie et Envi­ron­nement, n° 169 du 6 août 1997 : 

” La France vit dans un délire médi­a­tique, organ­isé par les ter­ror­istes de la dés­in­for­ma­tion con­tre un fleu­ron de sa tech­nolo­gie à savoir l’u­sine de retraite­ment et de recy­clage nucléaire de La Hague. ” 

Or, comme dis­ait Tal­leyrand : ” Tout ce qui est exces­sif est insignifiant. ” 

• L’u­til­i­sa­tion cynique du bon cœur et de la pitié naturelle des hommes, cita­tion de Paul Watson : 

” La liste des espèces en dan­ger s’élève à plus d’un mil­li­er et le phoque n’y fig­ure pas, mais de tous les ani­maux du monde, c’est de très loin le meilleur pour la col­lecte des fonds. ” 

• L’é­coter­ror­isme en Europe : on se sou­vient des avatars de Shell lors de l’af­faire ” Brent Spar ” : le 14 juin 1995, des coups de feu étaient tirés sur une sta­tion ser­vice Shell de Franc­fort, le 16, une sta­tion de Ham­bourg était incendiée, le 19, un pom­p­iste reçoit un col­is piégé (actions désavouées par les respon­s­ables qui avaient tout fait pour drama­tis­er l’af­faire). Shell a fini par céder au boy­cott, les respon­s­ables ont par la suite recon­nu que leurs chiffres étaient faux et ont offert leurs excus­es. La grande presse n’a pas eu le courage de con­damn­er la méth­ode et les men­songes. En France des agres­sions ont été com­mis­es con­tre des chantiers d’autoroutes. 

• L’é­coter­ror­isme aux États-Unis, des écoter­ror­istes s’en pren­nent aux bar­rages pour pro­téger les saumons, il existe aus­si le tris­te­ment célèbre Unabomber qui jusqu’à son arresta­tion envoy­ait des col­is piégés à des sci­en­tifiques de renom coupables de sym­bol­is­er la sci­ence (cause de tous les maux !). 

• Le ter­ror­isme intel­lectuel : On est mon­tré du doigt si l’on ose se déclar­er pour la mobil­ité, pour les autoroutes, pour le nucléaire ; l’idée est de déclencher un com­plexe de honte : honte d’u­tilis­er son auto­mo­bile (les mil­i­tants écol­o­gistes utilisent leurs voitures pour aller à leurs meet­ings), honte de planter un piton dans une arête rocheuse (vio­lente réac­tion d’un guide de haute mon­tagne qui estime qu’il en a le droit au nom de la sécurité). 

Une cita­tion du doyen Charles Souleau Uni­ver­sité Paris Sud XI : ” L’apoc­a­lypse envi­ron­nemen­tale décrite par Green­peace et Cri­irad relève de l’or­dre religieux (plutôt de la secte inté­griste), c’est en quelque sorte la ter­reur de l’an 2000… Si les écol­o­gistes fon­da­men­taux veu­lent devenir effi­caces, à Dieu ne plaise, il fau­dra trans­former notre pays en République écologique verte dirigée par les aya­tol­lahs que l’on con­naît ailleurs, où ils utilisent la même couleur sym­bol­ique… nous sommes terrorisés ! ” 

• L’u­til­i­sa­tion intel­li­gente et quelque­fois cynique des ” savants “, cer­tains sont à l’év­i­dence de bonne foi : Ara­go que nous aimons pour son immense œuvre sci­en­tifique avait pour­tant prédit en 1836 que le pas­sage en tun­nel provo­querait des pleurésies et des flux­ions de poitrine. Mais il en est d’autres qui prê­tent main forte aux écol­o­gistes pour des moti­va­tions moins nobles : intérêts par­ti­c­uliers, se faire con­naître, trou­ver des crédits, soif d’ar­gent de cer­taines multi­na­tionales vertes. 

• Le recours à des élé­ments fausse­ment sci­en­tifiques : mau­vais­es sta­tis­tiques, fauss­es cor­réla­tions, scé­nar­ios risqués, util­i­sa­tion de chiffres faux ou incom­plets, lab­o­ra­toires soi-dis­ant indépen­dants (en fait totale­ment inféodés). 

Or la sci­ence con­siste à se méfi­er de soi-même : sci­ence = incertitude. 

L’idéologie

Bernard Oudin nous la présente : ” Nous sommes invités à un égal­i­tarisme écosphérique (droits des ani­maux, des arbres, des forêts, des riv­ières, des mon­tagnes, des océans). ” Dans cette vision, l’homme serait un ani­mal comme un autre (mais à sur­veiller plus que les autres car il est un red­outable prédateur). 

La deep ecol­o­gy n’est pas une inven­tion du XXe siè­cle : pour s’en con­va­in­cre, il suf­fit de chercher à tra­vers l’his­toire les puni­tions infligées à Prométhée, à Ève, aux con­struc­teurs de la tour de Babel, les grandes peurs de l’an mil, et, au XIXe siè­cle, les oppo­si­tions à la con­struc­tion du chemin de fer. 

Le XXe siè­cle, lui, apporte en out­re de nou­veaux adeptes que Luc Fer­ry (Le nou­v­el ordre écologique), Dominique Bourg (L’homme arti­fice, le sens de la tech­nique, Gal­li­mard) et Bernard Oudin (Pour en finir avec les éco­los) nous présentent : 

— les écrits de Hans Jonas et James Love­lock qui font pass­er la Nature avant l’homme, ceux des Améri­cains Aldo Léopold et Christo­pher Stone (Le Sier­ra Club), de l’Aus­tralien Peter Singer (Ani­mal Lib­er­a­tion), du Norvégien Arne Naess, défenseurs des droits des minéraux, des végé­taux, des animaux ; 

— faut-il ajouter Hei­deg­ger, Jacques Ellul et Michel Ser­res (Le Con­trat Naturel) ?

Il existe une vari­ante de la deep ecol­o­gy, la deep green ecol­o­gy : les Améri­cains Richard Syl­van et David Ben­nett (The Green­ing of Ethics) ajoutent une vision écopoli­tique et une con­damna­tion du cap­i­tal­isme et du libéral­isme (sans voir que l’ex-URSS a été le théâtre des pires cat­a­stro­phes écologiques). 

Conclusion

En ne con­damnant pas l’é­coter­ror­isme, et les méth­odes d’or­gan­ismes à la recherche de l’ar­gent des naïfs au grand cœur, on jette le dis­crédit sur les autres mou­ve­ments écol­o­gistes. En feignant de croire que la Cri­irad est un organ­isme indépen­dant, on dis­crédite la sci­ence.

Je n’ai aucune inquié­tude sur la vic­toire finale de la rai­son et de la vérité sur les inté­grismes de tous poils. Mise à l’épreuve des réal­ités, j’e­spère que l’é­colo­gie (qui devrait rede­venir une sci­ence) qui souf­fre d’une mal­adie de jeunesse s’en sor­ti­ra grandie et améliorée, et que le monde entier béné­ficiera de cette muta­tion salu­taire. Une inter­ro­ga­tion sub­siste sur la durée de cette muta­tion : il faut en effet du temps pour se débar­rass­er des idéolo­gies mor­tifères des Hans Jonas, Lester Brown et autres Aldo Léopold, et de cer­taines méth­odes condamnables. 

Pour préserv­er et, mieux encore, amélior­er l’en­vi­ron­nement, il s’ag­it donc : 

— de rompre avec “l’idéolo­gie anti­hu­man­iste” et les mythes qu’elle char­rie, et de refuser le “ter­ror­isme” (pas seule­ment intel­lectuel), et les autres méth­odes de cer­tains par­tis écol­o­gistes, de lut­ter con­tre l’ig­no­rance et les superstitions, 

— de remet­tre l’homme au cen­tre du débat, en d’autres ter­mes de revenir à l’an­thro­pocen­trisme et de renouer avec l’héritage judéo-chré­tien, avec Descartes, les Lumières, et les tra­di­tions polytechniciennes, 

— de réha­biliter les sci­ences, les tech­niques, le progrès. 

Grâce à l’homme, les véri­ta­bles remèdes aux atteintes à l’en­vi­ron­nement seront un sur­croît de sci­ence, de tech­nique, de réseaux struc­turants et d’industrie.

Bib­li­ogra­phie

Les livres

  • Abord de Châtil­lon Renaud : La poli­tique des trans­ports en France : entr­er dans le xxie siè­cle, (Eska).
  • Académie des Sci­ences rap­port 34 : Les effets biologiques introu­vables des faibles débits de dos­es de radi­a­tions ion­isantes, Ray­mond Devoret, Miroslav Radman. 
  • Behr Edward : Une Amérique qui fait peur. 
  • Bour­dil­lon Jacques : Les réseaux de trans­ports français face à l’Eu­rope, La Doc­u­men­ta­tion Française. 
  • Bourg Dominique : L’homme arti­fice, le sens de la tech­nique, Gal­li­mard (le débat). 
  • Charpak Georges : Feux fol­lets et champignons nucléaires, Odile Jacob. 
  • Com­by Bruno : Le nucléaire, avenir de l’é­colo­gie, F.-X. de Guibert. 
  • Décrets du 1er avril 1992 : le sché­ma directeur routi­er nation­al, le sché­ma directeur grande vitesse fer­rovi­aire, Jour­nal officiel. 
  • Drew­er­mann Eugène : Le pro­grès meur­tri­er, Stock 93, L’im­mor­tal­ité des animaux. 
  • Dron Dominique : Pour une poli­tique souten­able des trans­ports, La Doc­u­men­ta­tion Française. 
  • East­er­brook Greag : A moment of the earth, the com­ing age of the envi­ron­men­tal opti­mism, New York, Viking Press, 1995. 
  • Fer­ry Luc : Le nou­v­el ordre écologique. 
  • Gauchet Mar­cel : Sous l’amour de la nature, la haine de l’homme, Peurs et Valeurs, Le Débat de mai-août 1990. 
  • Geron­deau Chris­t­ian : Les trans­ports en France, 1994 (Trans­ports Actu­al­ités). Les Trans­ports en Europe, 1996 (EDS éditions). 
  • Jacob François : La souris, la mouche et l’homme, Odile Jacob. 
  • Lacar­rière Jacques : Mon bel aujourd’hui. 
  • Lam­our Philippe : L’é­colo­gie, oui, les écol­o­gistes, non, Plon, 1978. 
  • Loi d’ori­en­ta­tion des trans­ports intérieurs du 30 décem­bre 1982 dite LOTI. 
  • Loi sur l’amé­nage­ment du ter­ri­toire du 4 févri­er 1995 dite loi Pasqua. 
  • Oudin Bernard : Pour en finir avec les éco­los, Gal­li­mard, 1996. 
  • Quinet Émile : Envi­ron­nement les temps dif­fi­ciles, Com­men­taire 72, hiv­er 1995–1996.
  • Simon­net Dominique : L’écologisme. 
  • Sor­man Guy : Le cap­i­tal suite et fin (inter­view de Lester Brown, p. 497). 
  • US Depart­ment of trans­porta­tion : Mov­ing Amer­i­ca : New Direc­tions, New oppor­tu­ni­ties, 26–2‑90 (A state­ment of the Sec­re­tary of trans­porta­tion, Samuel Skin­ner, pré­facé par le prési­dent Bush). 

Les articles

  • Abord de Châtil­lon Renaud : Super­phénix, un savoir-faire à préserv­er, Libéra­tion, 15.8.1997.
  • Funck-Brentano J.-L. : Lim­ites et dan­gers du principe de pré­cau­tion, Le Monde, 29/30.10.1995.
  • Fré­jacques Claude : Dossiers à risques, gér­er la com­plex­ité, Monde des Débats, 2.1993.
  • Gre­nier Emmanuel : Radioac­tiv­ité, les marchands de la peur, Fusion, n° 64, jan­vi­er et févri­er 1997. 
  • Le Monde, juil­let-août 1996, Le pro­grès, une idée morte ? Série d’articles. 
  • Sohei Kon­do, pro­fesseur à l’u­ni­ver­sité d’Osa­ka : Cal­mons les angoiss­es dues aux retombées de Tch­er­nobyl, Fusion, n° 64, jan­vi­er et févri­er 1997. 
  • Steven­son Robert‑E. : Réchauf­fe­ment glob­al le point de vue d’un océanographe, Fusion, n° 65 mars 1997. 

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