Pichon-Longueville Comtesse de Lalande

Dossier : Arts, Lettres et SciencesMagazine N°563Rédacteur : Laurens DELPECH

Le domaine du château Pichon-Longueville Comtesse de Lalande est pour l’essentiel localisé sur la commune de Pauillac (seuls onze hectares, sur un total de soixante-quinze, sont situés sur la commune de Saint- Julien). Pauillac est une des appellations les plus prestigieuses du Médoc. Dix-huit châteaux situés dans cette commune figurent dans le classement des vins de Bordeaux de 1855, dont trois des cinq premiers crus classés : Latour, Lafite et Mouton-Rothschild.

Les vins de Pauillac se situent donc tout à fait au sommet de la gamme des vins de Bordeaux, et Pichon-Comtesse (qu’on appelle ainsi pour le différencier de son voisin, Pichon-Baron, un autre second cru classé racheté par Axa-Millésimes en 1987) compte parmi les domaines qui soutiennent cette réputation, immédiatement après le trio des premiers crus classés.

Voisin de château Latour, Pichon-Comtesse partage avec cet illustre premier cru la caractéristique d’être situé sur un sol pauvre et avare, constitué de graves mêlées d’argile, ce qui permet d’assurer un excellent drainage. Il faut que la vigne souffre pour faire du bon vin, et il est surtout indispensable que les racines aillent trouver l’eau à plusieurs mètres de profondeur.

Sis sur la commune de Pauillac, Pichon-Comtesse se trouve donc placé entre la Gironde et l’océan Atlantique. La présence de ces masses d’eau favorise les déplacements d’air qui chassent les nuages et diminuent la pluviosité ; la relative sécheresse qui en résulte favorise la concentration des raisins.

L’encépagement de Pichon-Comtesse est comparable à celui des autres pauillac, à quelques nuances près. C’est à Pauillac que le cabernet sauvignon trouve sa meilleure expression. Associé au bois neuf des barriques, il développe dans les plus grands vins des arômes inimitables de tabac, de violette, de cassis et de fruits mûrs mais aussi des notes presque métalliques, de “ mine de crayon ”, qui permettent de différencier les vins de Pauillac de ceux des autres appellations du Médoc.

Toutefois, le Pichon- Comtesse ne contient que 45 % de cabernet sauvignon, un pourcentage assez bas pour un pauillac (son voisin, château Latour, l’archétype du pauillac, contient 80% de cabernet sauvignon); en revanche les merlots comptent pour 35 %, une proportion qui rappelle l’encépagement de certains margaux (comme Palmer) ou de certains saint-julien.

Le merlot présente l’avantage d’arriver à maturité plus vite que le cabernet sauvignon, ce qui permet de répartir les risques (rien n’est pire que de vendanger sous la pluie, c’est l’un des intérêts qu’il y a à disposer de plusieurs cépages arrivant à maturité à des moments différents). Il apporte au vin une rondeur et une saveur épicée très appréciées.

L’encépagement est complété par 12% de cabernet franc et 8% de petit verdot, un cépage qui mûrit difficilement, mais qui, pour cette raison, apporte dans les années chaudes une fraîcheur et une finesse extraordinaires.

Comme dans toutes les grandes propriétés du Médoc, on ne connaît pas à Pichon-Comtesse la machine à vendanger : les vendanges sont faites chaque année à la main, par la même équipe de vendangeurs.

Pichon-Comtesse dispose naturellement d’installations de vinification tout à fait modernes (avec vingt-huit cuves inox de deux cent cinquante-quatre hectolitres, thermorégulées par ordinateur). En décembre, lorsque le vin a terminé sa seconde fermentation (la fermentation malolactique) et qu’il a passé en cuves quelques semaines, commencent les sélections, sous l’autorité vigilante de la comtesse May Éliane de Lencquesaing, qui a repris en 1978 le domaine qu’elle a hérité de son père, le courtier Édouard Miailhe. Elle veille chaque année, avec un soin jaloux, à ce que les meilleures cuvées soient sélectionnées et assemblées pour obtenir le “ grand vin ”, dont il est produit bon an mal an environ deux cent mille bouteilles.

Une seconde sélection permet d’assembler la “ Réserve de la Comtesse ”, un excellent second vin au rapport qualité-prix intéressant. La Réserve de la Comtesse joue dans le registre de la rondeur et de la finesse, avec ses arômes de fruit rouge et son boisé délicat. La première mise sur le marché de ce second vin remonte à 1973. Après l’assemblage, le vin est mis en barriques de chêne (50% de fûts neufs), afin de lui donner plus de tannins et mieux le structurer pour une longue garde.

Voici nos commentaires sur quelques millésimes récents.

Réserve de la Comtesse 1997

Nez très ouvert de fruits noirs avec une note vanillée et épicée. La bouche est ronde et plaisante. Bonne persistance sur des notes fruitées.

Réserve de la Comtesse 1996

Robe rouge sombre. Nez de fruits rouges, de café et de tabac brun. La bouche est intense, avec de beaux tannins charnus et fruités. L’ensemble est bien relevé par un boisé délicat et parfaitement fondu.

Château Pichon-Longueville Comtesse de Lalande 1996

Robe sombre, presque noire. Nez encore réservé, intense, complexe, avec des arômes très purs de cassis et une note de cèdre. En bouche, on décèle une solide structure tannique et une magnifique longueur mais aussi beaucoup de race. Un très beau vin, dense, complexe et élégant, à garder.

Château Pichon-Longueville Comtesse de Lalande 1995

Robe sombre aux reflets pourpres. Nez opulent et concentré avec des arômes de cassis, de cacao et de cannelle. En bouche, la sensation tactile est à la fois raffinée et voluptueuse et permet d’apprécier une trame tannique soyeuse. Belle longueur sur des notes fruitées.

Château Pichon-Longueville Comtesse de Lalande, 33250 Pauillac. Tél. : 05.56.59.19.40.
Site Web : www.pichon-lalande.com

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