Vins de la Vallée du Rhône : Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Muscat de Beaumes-de-Venise

Dossier : Arts, Lettres et SciencesMagazine N°572Rédacteur : Laurens DELPECH

Entre Orange et Avignon, les 3300 hectares du vignoble de Châteauneuf-du-Pape produisent au coeur d’une des plus belles régions de France des rouges puissants et généreux mais aussi des blancs opulents et fruités. La plupart des vignes sont plantées sur une sorte d’océan de galets qui masquent la terre. Ces gros cailloux agissent comme des calorifères, restituant la nuit la chaleur emmagasinée pendant la journée, on dit que la vigne est placée ici “ entre deux soleils ”. Les rendements sont faibles (35 hl par hectare) et la multiplicité des cépages permet de produire des vins très différents selon les producteurs.

On ne compte en effet pas moins de treize cépages rouges et blancs (quatorze, avec le grenache blanc), mais le grenache noir est très majoritaire : c’est le grand cépage traditionnel des châteauneuf-du-pape rouges. Il est souvent complété par la syrah, qui donne de la structure au vin et le mourvèdre, qui apporte ses agréables notes poivrées. Les cépages des blancs sont surtout la clairette, la roussanne et le grenache blanc qui donnent des châteauneuf-du-pape blancs gras et aromatiques, que l’on compare parfois aux vins de Meursault.

Le meilleur est probablement celui du Château de Beaucastel. Jeune, il accompagne très bien les plats d’oeuf, de poisson, de viande blanche ou de crustacé contenant du beurre ou de la crème, ainsi que les poissons gras, comme le bar. Plus vieux, il fera merveille sur la cuisine exotique ou avec des plats relevés par un assaisonnement de truffe blanche du Piémont, la fameuse tuber magnatum, comme par exemple des ravioles aux truffes du Piémont ou une salade d’artichauts à la truffe blanche ou encore un risotto d’Alba. On peut aussi l’essayer avec des langoustines sautées à l’huile d’olive et truffes, comme on fait chez Pic à Valence… mais aussi avec des plats de terroir robustes et goûteux, comme un saint-marcellin.

Quand il est jeune, le châteauneuf-du-pape rouge de Beaucastel a des effluves de fleurs et de fruits; quand il vieillit, les arômes deviennent plus épicés, avec une note animale, et le bouquet gagne en complexité, avec des arômes de figue sèche et de truffe. Il accompagne très bien toutes les préparations de viande, de plats goûteux (lasagnes au foie gras de canard) et de gibier.

On ne saurait parler des vins de Châteauneuf-du-Pape sans mentionner Château Rayas qui produit un vin délicieux, que les amateurs du monde entier s’arrachent, à partir d’un superbe terroir (15 hectares de vieilles vignes de grenache exposées plein nord, entourées de forêts de pins et de chênes) et avec des rendements minuscules (15 hl par hectare). Il en résulte un vin incroyablement savoureux, d’une densité et d’une concentration exceptionnelles. Il s’accordera avec les préparations les plus fortes (il ne craint pas, par exemple, les sauces à base de madère ou de porto) mais sa finesse saura mettre en valeur un plat aussi simple et délicat qu’un poulet truffé à la broche ou une truffe à la croque au sel, servie sur une tranche de pain cuit dans la cheminée…

Au pied des Dentelles de Montmirail

Les Dentelles de Montmirail sont ces collines qui constituent le dernier contrefort du mont Ventoux vers le Rhône : de hautes parois blanches, très découpées, qui dominent la plaine. Leur beauté les avait fait appeler par les Romains “ Mons mirabilis ”, la montagne merveilleuse, d’où le nom de Montmirail. À leur pied s’étendent des vignobles qui comptent parmi les plus fameux des Côtes du Rhône : ceux de Gigondas et de Beaumes-de- Venise.

Les vins de Gigondas ont accédé à l’appellation d’origine en 1971. Le cépage dominant de l’appellation est le grenache, qui réussit particulièrement bien sur ces sols maigres. Complété de syrah et de mourvèdre, il donne un vin rouge puissant, de grande garde, aux nuances aromatiques de petits fruits rouges et d’épices, avec en finale, une agréable pointe de fraîcheur. Le Domaine Perrin fait d’excellents gigondas. Ce sont des vins puissants, avec beaucoup de matière, il faut parfois attendre pour les boire que l’âge vienne adoucir leurs tannins.

Presque inconnu il y a dix ans, le muscat de Beaumes-de- Venise jouit maintenant de la faveur du public, ainsi que de celle des sommeliers et des critiques spécialisés. La magie de son nom y est sans doute pour quelque chose, bien qu’on soit fort loin de Venise : “Beaumes” est une évolution de “ balmes ”, mot qui désigne des grottes naturelles situées dans les Dentelles de Montmirail. On s’y réfugiait autrefois, en période de troubles. La région était au treizième siècle sous administration papale et s’appelait alors Comté de Venasque, appellation que le parler provençal fit évoluer en Comtat venaissin, et par déformation Venise. Il faut reconnaître que ce joli nom va très bien à ce vin tout en finesse et en beauté. C’est un grand vin de dessert, spectaculairement aromatique et flatteur, avec des nuances de pêche blanche, d’abricot, de fruits secs, et une fin de bouche très pure et très longue.

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