Paul Andreu (58) architecte, artiste et romancier

Dossier : TrajectoiresMagazine N°740
Par Dominique DESCROIX (58)
Paul Andreu est décédé le 11 octobre dernier. Architecte inspiré, il a conçu de nombreux bâtiments dans le monde entier. Il est aussi l’auteur de romans, de peintures, de dessins.

La presse a très largement commenté sa carrière exceptionnelle, mais je voudrais d’abord, ici, évoquer l’homme, le camarade, l’ami tout aussi exceptionnel et attachant.

À l’X, d’abord, où, dans le même casert et la même équipe d’athlétisme, nous avons ensemble battu quelques records. Saut en hauteur, en longueur, lancer du javelot, Paul était bon dans toutes les disciplines. Le travail exigé par l’École n’empêchait pas les divertissements, le bridge notamment, sans oublier le fréquent « Bêta » pour aller boire une bière au Café L’Alsace place St-Michel, ou des sorties au ski. On le rencontrait souvent, tard dans la nuit, dans les couloirs, quand il allait ou revenait de l’atelier de peinture. Ses conversations étaient toujours teintées d’humour ou de calembours !

Un grand bâtisseur

Il serait trop long d’évoquer toutes ses réalisations, mais on peut rappeler celles qui l’ont sans doute le plus marqué. Roissy-1 d’abord, la première aérogare de l’aéroport Charles-de-Gaulle, longuement et diversement appréciée. Pour ma part, excepté l’obligation de faire le tour du « camembert », éventuellement deux fois si on ratait la première porte, j’ai rarement trouvé une aérogare où le chemin « entrée-salle d’embarquement » était aussi facile, surtout avec des bagages à main. La Grande Arche de la Défense ensuite, dont il n’est pas le concepteur (un Danois), mais dont on lui a confié la réalisation. L’Opéra de Pékin, aussi, « l’œuf sur l’eau ! » devenu la fierté des Chinois et l’un des monuments les plus visités par les étrangers comme par les nationaux. Je citerai enfin le musée maritime d’Osaka, au Japon.

Il faut également évoquer le terminal 2E de l’aéroport Charles-de-Gaulle, dont l’architecture était très originale à beaucoup de points de vue, mais qui a été le théâtre d’un accident, la rupture de la structure de la voûte qui a profondément marqué Paul Andreu et a modifié durablement son comportement. Il avait été ébranlé au plus haut point : citons les mots sur lesquels finit son livre La maison (éditions Stock) : « L’un des balcons était tombé, celui de ma chambre, qu’on avait dû mal réparer, non, personne n’avait été blessé, cela n’avait été qu’une peur rétrospective. Cette peur m’a saisi ou plutôt son idée que j’ai rejetée avant que la peur elle-même m’envahisse, la peur, la grande peur que je tiens à bout de bras. »

Une personnalité aux multiples facettes

Quelques mots enfin sur l’artiste qui témoignent sans doute plus encore de sa personnalité.

Écrivain, il aimait parler de son métier depuis ses débuts jusqu’à ses réalisations les plus marquantes, mais en y mêlant les aspects techniques, artistiques et humains.

Son œuvre littéraire a commencé avec un récit poétique, L’Archipel de la mémoire. La maison, déjà cité, est son premier roman, paru en 2009. Encouragé par ses amis, il publie en 2013 Archi-mémoires, entre l’art et la science, la création. Dans cet ouvrage il nous avoue : « C’est arrivé d’un seul coup, j’ai décidé de devenir architecte : la science et l’art, les deux m’attiraient ; pourquoi pas l’un et l’autre ? »

Dessinateur, il n’arrêtait pas de crayonner sur ses notes ; son livre Archi-mémoires en témoigne. En fait, ses projets étaient pour lui l’occasion de faire des esquisses de telle ou telle partie de l’œuvre qu’il avait à construire. Pendant la conception de l’Opéra de Pékin, il a rempli des cahiers entiers de dessins.

C’est pourquoi il avait été fait académicien par l’Académie des beaux-arts, section Architecture après avoir été Grand Prix national d’architecture 1977 et Grand Prix du Globe de cristal en 2006.

« J’ai beaucoup parcouru le monde, dessiné, construit, écrit ; le désir ne m’a pas quitté. Il me faudrait deux ou trois vies de plus ! »

Le passage devant ou dans l’une de ses réalisations en France ou dans le monde sera toujours, pour ceux qui l’ont connu, un motif pour penser à lui et en être fier.

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