Les machines, les débuts de l’École polytechnique

Dossier : Arts, Lettres et SciencesMagazine N°577Par : Jean-Yves DUPONT, agrégé de mécanique.Rédacteur : Jean-Paul DEVILLIERS (57)

Entre 1750 et 1850, l’invention pratique serait première et anglaise, l’explication théorique seconde et française : par cette phrase un peu provocatrice mais stimulante Bruno Belhoste introduit son éditorial dans le bulletin n° 25 de la Sabix. Dans le sens de cette hypothèse il cite l’historien David Landes : … Polytechnique consacra délibérément ses efforts à réduire la technique à une généralisation mathématique. Ce qui n’empêcha pas l’Angleterre de montrer la voie au monde, comme devant, en pratique comme en invention mécanique. Cependant pour Bruno Belhoste, spécialiste reconnu de l’histoire de l’X, la thèse paraît trop simple pour être tout à fait exacte et cette formulation donne de l’enseignement polytechnicien au début du XIXe siècle une vision trop unilatérale et simpliste. Et pour en mieux juger il nous invite à prendre connaissance de l’étude approfondie réalisée par Jean- Yves Dupont sur le cours de machines de l’École polytechnique, de sa création jusqu’en 1850.

Cette étude donne un prolongement à un article paru dans le bulletin Sabix n° 21, où Emmanuel Grison analysait les circonstances dans lesquelles les responsables de l’enseignement à l’École ont peu à peu abandonné le projet éducatif initial qui alliait les apprentissages de la théorie et de la pratique, pour orienter préférentiellement les élèves vers l’étude des sciences fondamentales. Pourtant Polytechnique ne s’est pas complètement désintéressée des techniques industrielles et elle a maintenu un cours de machines dans ses programmes. Il est toutefois permis de s’interroger sur la réalité de ce cours, sur son contenu relativement aux progrès des techniques, sur les méthodes suivies par les professeurs, sur les conditions dans lesquelles il était reçu par les élèves. Jean-Yves Dupont apporte une contribution essentielle à cette réflexion en reconstituant avec minutie les péripéties de l’histoire de cet enseignement, à partir d’une recherche érudite dans les archives conservées à la bibliothèque de l’École.

À côté de l’historique des décisions de la direction concernant les programmes et le choix des professeurs, qui retiendra surtout l’attention de ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’X, son étude apporte de nombreuses informations sur l’histoire de la mécanique industrielle. Elle met nettement en lumière les points de vue et les rôles des principaux professeurs qui furent responsables de cet enseignement, Monge, Hachette, Arago, Prony… Un chapitre qu’on peut lire indépendamment des autres regroupe une série d’illustrations, épures exécutées par des élèves et dessins de machines, remarquables tant par leur qualité esthétique due au soin méticuleux des dessinateurs de ce temps, que par la clarté des commentaires explicatifs de l’auteur.

Mais le choix même des dessins proposés aux élèves montre un certain retard de cet enseignement par rapport aux machines que les fabriques utilisaient à l’époque. Certes les écoles d’application comblaient en partie ces lacunes, mais elles ne couvraient pas toutes les disciplines de l’activité industrielle.

Aujourd’hui les locomotives à vapeur, exemples achevés de la capacité de l’homme à concevoir et perfectionner des ensembles complexes, disparaissent progressivement de notre mémoire. Cependant les machines mécaniques tiennent encore une place importante dans la production industrielle, une place qui est d’ailleurs bien mise en lumière par les auteurs du numéro d’avril de La Jaune et la Rouge.

La question demeure donc d’actualité, de savoir comment organiser les conditions les plus propres à stimuler l’imagination créatrice indispensable au progrès des systèmes mécaniques. Quels sont les concours respectifs de la théorie, de l’observation, des manipulations ?

L’étude de Jean-Yves Dupont, qui touche à la fois à l’histoire des techniques et à l’histoire de l’X, apporte aussi des éléments pertinents au débat sur la formation des ingénieurs. Les lecteurs intéressés par ce bulletin (remarquablement illustré) peuvent le recevoir en s’adressant à Madame Anne Eyral, à la Bibliothèque de l’École (tél. : 01.69.33.40.42

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