Tests d'émission avec un véhicule fonctionnant au gaz

Le gaz : un vecteur d’accélération de la transition énergétique

Dossier : Dossier FFEMagazine N°733 Mars 2018
Par Joël PEDESSAC

Dans le cadre de la Transition Énergétique, le gaz sous toutes ses formes présente de nombreux avantages. Pouvez-vous nous en dire plus ?

La Tran­si­tion Ener­gé­tique est avant tout une loi, dont l’objectif prin­ci­pal est d’essayer, sur une échelle de temps allant de 2030 à 2050, d’organiser la socié­té pour qu’elle consomme moins d’énergies fos­siles et émette moins de CO2.

Dans ce contexte, la prin­ci­pale pro­blé­ma­tique est de savoir com­ment le gaz peut se posi­tion­ner dans l’accompagnement de cette poli­tique fran­çaise, qui est éga­le­ment une décli­nai­son des accords de Kyo­to et des diverses COP. 

Le gaz peut être du pro­pane, du butane ou du méthane (appe­lé aus­si « gaz natu­rel »). Suite à son extrac­tion du sol, le gaz n’est pas du méthane pur. Il s’agit d’un mélange de pro­pane, de butane, de méthane, d’éthane et d’autres produits. 

En 2018, les gaz butane et pro­pane (les « GPL ») sont des gaz d’origine natu­relle qui pro­viennent majo­ri­tai­re­ment de l’extraction du méthane : 70 % des GPL ven­dus en France, en Europe et dans le monde sont copro­duits avec le gaz natu­rel. Ces gaz sont ensuite sépa­rés en fonc­tion des carac­té­ris­tiques des dif­fé­rentes molécules. 

Le GNL va être liqué­fié à ‑160° et le GPL va se liqué­fier à des tem­pé­ra­tures qui sont proches de la tem­pé­ra­ture ambiante, entre ‑30 et +30°, ce qui le rend donc plus facile à transporter. 

Le gaz peut aus­si être renou­ve­lable grâce à des pro­cé­dés comme la fer­men­ta­tion de la bio­masse qui per­met de pro­duire du gaz (biobutane/biopropane/ bio­mé­thane) à par­tir des matières et déchets orga­niques pro­ve­nant de l’agriculture ou de l’alimentation humaine et animale. 

En pra­tique, le gaz est uti­li­sé en fonc­tion de son mode de dis­tri­bu­tion. En France, 25 % des com­munes seule­ment ont une dis­tri­bu­tion de gaz natu­rel (méthane), 75 % n’y ont pas accès car le coût de dis­tri­bu­tion serait plus éle­vé que ce que les clients sont prêts à payer. 

Le butane et le pro­pane sont alors com­plé­men­taires et per­mettent de four­nir une solu­tion gaz aux 27 000 com­munes sans accès au réseau de gaz natu­rel, y com­pris dans les régions les plus recu­lées comme la mon­tagne ou les îles. 

Le gaz est moins émet­teur de CO2 que le fioul (-25 %) ou les pro­duits pétro­liers conven­tion­nels (entre 15 et 20 % de moins que les car­bu­rants fos­siles) et n’émet pra­ti­que­ment pas de pol­luants atmo­sphé­riques. Dans le domaine de la mobi­li­té, la mobi­li­té gaz (GPL ou GNV) ne pro­duit qua­si­ment pas de par­ti­cules et de dioxyde d’azote.

Dans le cadre de la tran­si­tion éner­gé­tique, l’intérêt est de pou­voir sub­sti­tuer le fioul par du gaz, une éner­gie moins émis­sive de CO2 et de pol­luants, et à terme, le gaz fos­sile par du gaz renou­ve­lable, dont le bilan CO2 est bien meilleur que celui du gaz fossile. 

Le gaz a sans aucun doute un poten­tiel impor­tant en termes de réduc­tion des émis­sions, d’impact sur l’environnement et d’accompagnement des autres ENR (solaire et éolien), qui d’ici une cin­quan­taine d’années, seront la base de notre consom­ma­tion énergétique. 

Plus qu’une énergie, le gaz est aussi un carburant…

Faire tour­ner un moteur au gaz est par­ti­cu­liè­re­ment simple. Le véri­table chal­lenge est que le stock d’énergie néces­saire au fonc­tion­ne­ment du véhi­cule puisse se dépla­cer avec le véhi­cule. Il est donc plus facile de trans­por­ter du gaz liquide proche de l’essence et du gazole, que du gaz sous sa forme gazeuse. 

Dans ce cadre, le GPL offre des pers­pec­tives très inté­res­santes : il est liqué­fiable à tem­pé­ra­ture ambiante, peut être trans­por­té dans un réser­voir avec une capa­ci­té iden­tique à celle des véhi­cules fonc­tion­nant à l’essence et au gasoil, et à un coût très raisonnable. 

Le pas­sage du tout pétrole à un mix moins car­bo­né com­po­sé de dif­fé­rentes solu­tions alter­na­tives dont le gaz, qui peut être par ailleurs renou­ve­lable, va per­mettre de réduire consi­dé­ra­ble­ment les émis­sions de CO2 et de pol­luants. Il faut donc com­men­cer à pré­pa­rer la socié­té à les adopter. 

Pour accom­pa­gner cette évo­lu­tion, il faut faire face à un enjeu de dis­tri­bu­tion et d’infrastructures. À l’heure où l’on s’interroge sur le déve­lop­pe­ment des infra­struc­tures de car­bu­rants alter­na­tifs, le réseau GPL est le seul déjà en place avec 1 750 sta­tions en France et plus de 31 000 en Europe, et il est prêt pour accueillir le BioG­PL, le GPL d’origine renouvelable. 

En France, il est pos­sible de relier Lille à Nice ou encore Stras­bourg à Brest en GPL. L’enjeu est donc de main­te­nir, déve­lop­per, mais aus­si adap­ter ce réseau aux besoins des utilisateurs. 

Pour cela, un cadre por­té par les pou­voirs publics est néces­saire. Il y a actuel­le­ment des mesures d’incitation fis­cale au niveau de la taxe inté­rieure de consom­ma­tion sur les pro­duits éner­gé­tiques (TICPE), de la TVS… Le gou­ver­ne­ment a aus­si relan­cé cette année la prime à la conver­sion pour sor­tir du parc les vieux véhi­cules essence et die­sel qui sont rela­ti­ve­ment pol­luants et orien­ter les consom­ma­teurs vers des véhi­cules moins pol­luants comme les véhi­cules gaz qui béné­fi­cient, par ailleurs, de la vignette Crit’Air 1 quelle que soit leur année d’immatriculation.

Le GPL contri­bue à appor­ter des réponses aux enjeux de la pol­lu­tion locale, mais aus­si aux pro­blé­ma­tiques sociales avec la pos­si­bi­li­té d’acheter un véhi­cule au GPL d’occasion (lui aus­si Crit’Air 1) à par­tir de 3 000 euros quand un véhi­cule élec­trique en vaut 30 000 ; ou celle de faire équi­per un véhi­cule essence au GPL pour per­mettre à ceux qui n’ont pas les moyens de chan­ger de voi­ture, de conti­nuer à rou­ler en pol­luant moins. 

Sur ce domaine de la mobilité, quelles sont les perspectives offertes par le gaz ?

Le GPL est une solu­tion alter­na­tive qui répond au double objec­tif du Plan Cli­mat du gou­ver­ne­ment : réduire les émis­sions de CO2 et pol­luants atmo­sphé­riques et rendre une mobi­li­té « plus propre » acces­sible à tous. Le gaz peut prendre une part sur un mar­ché de 30 mil­lions de véhi­cules : Aujourd’hui, cette part cor­res­pond à 0,5 % pour le dépla­ce­ment de mar­chan­dises et de personnes. 

Sur les 30 pro­chaines années, l’enjeu pour les pou­voirs publics, mais aus­si les indus­triels est de pou­voir inves­tir dans un cadre régu­la­toire et des réseaux de dis­tri­bu­tion. Si ces inves­tis­se­ments ont déjà été faits pour le GPL, il est néces­saire que le couple construc­teurs auto­mo­biles et pou­voirs publics puissent mettre en place une dyna­mique autour d’une offre véhi­cule qui per­met­tra de répondre à un besoin crois­sant pour des car­bu­rants plus propres et d’atteindre 10 % de véhi­cules gaz à hori­zon 2030. 

Ce qui est tout à fait envi­sa­geable quand on se com­pare à l’Italie qui est déjà à 10 % en 2018. À nous de rat­tra­per cet écart sur les 15 pro­chaines années à venir. 

Qu’en est-il des enjeux qui subsistent ?

L’alternative que repré­sente le gaz et GPL en par­ti­cu­lier reste mécon­nue. Il y a un enjeu de sen­si­bi­li­sa­tion des pou­voirs publics et des construc­teurs auto­mo­biles qui doivent recon­naître que le GPL offre une solu­tion inté­res­sante et éco­no­mi­que­ment viable, car peu dépen­dante des sub­ven­tions publiques contrai­re­ment à d’autres solu­tions alternatives. 

Cette idée fait petit à petit son che­min : par exemple, Renault/Dacia pro­pose actuel­le­ment une offre GPL en France. 

Un autre enjeu impor­tant est de faire de ce mar­ché embryon­naire un mar­ché qui géné­re­rait un mini­mum de 50 000 véhi­cules au GPL par an, contre un peu moins de 1000 véhi­cules l’année dernière. 

Enfin, il ne faut pas oublier qu’un véhi­cule au gaz peut aus­si être hybride avec un moteur élec­trique et ther­mique au gaz. Alors que cette option est tech­no­lo­gi­que­ment envi­sa­geable, il serait inté­res­sant de creu­ser cette piste pour faire bais­ser les émis­sions de CO2 en hybri­dant avec du gaz les véhi­cules lourds et légers. 

EN BREF

Association loi 1901, le Comité Français du Butane et du Propane (CFBP) est l’organisation professionnelle de la filière de l’énergie GPL (les gaz butane et propane). Il représente la filière auprès des différents acteurs politiques et économiques au niveau français, européen et international.
Sa mission est de mieux faire connaître l’intérêt et le potentiel de l’énergie GPL, les gaz butane et propane, dans un contexte énergétique en constante mutation. Le Comité a été rejoint en janvier 2018 par Engie.

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