Château Lafite-Rothschild

Dossier : Arts, Lettres et SciencesMagazine N°548Rédacteur : Laurens DELPECH

Lafite appartient au club très fermé des premiers crus classés de Bordeaux et son histoire est aussi digne d’intérêt que les vins produits par cette superbe propriété. L’existence de Lafite en tant que seigneurie est attestée dès le quatorzième siècle. Il y avait probablement déjà des vignes sur la propriété, mais la réputation de Lafite n’a commencé à s’établir que quatre siècles plus tard, avec les Ségur.

Le premier des Ségur propriétaires de Lafite était Jacques de Ségur, qui possédait également Calon (maintenant Calon-Ségur, un deuxième cru classé de Pauillac). Son fils, Alexandre, épousa en 1695 Marie-Thérèse de Clausel, héritière de Château Latour.

C’est leur fils, Nicolas-Alexandre, surnommé “ le prince des vignes ”, qui a vraiment lancé Lafite au XVIIIe siècle. C’est en effet au début de ce siècle après la fin de la guerre de succession d’Espagne, que les grands crus de Bordeaux ont pris leur essor, notamment sur le marché anglais. Dans les années 1730, Robert Walpole, le Premier ministre anglais, achetait une barrique de Lafite tous les trois mois.

Au XIXe siècle, en 1868, Lafite fut acheté par le baron James de Rothschild, de la branche française des Rothschild, après que Nathaniel de Rothschild, de la branche anglaise de la famille, eut acheté Mouton quinze ans auparavant. Le baron James, qui souffrait déjà de la maladie qui devait l’emporter trois mois après l’achat de Lafite, écrivait à ses fils : “ Souvenez-vous que nous sommes banquiers, pas agriculteurs. ”

De fait, pendant près d’un siècle, Lafite sera géré à distance. Lafite a été pour le baron James un excellent investissement : au prix de 4 millions de francs-or, le prix d’achat de la propriété ne représentait jamais que la contre-valeur de huit millésimes.

Mais dès 1880 le Médoc fut sévèrement touché par le phylloxéra et commençait seulement à s’en remettre quand débuta une période de mévente des vins fins qui devait durer près de trente ans (de la crise de 29 à la fin des années cinquante). Il faut avoir de la fortune pour bien gérer un premier cru classé. À cet égard, les Rothschild ont fait beaucoup de bien à Lafite : ils ont su donner à leurs régisseurs les moyens de maintenir toujours ce vin parmi les premiers, sans trop s’en occuper directement.

Lafite est le plus grand des premiers crus avec une superficie de 92 hectares. C’est un vignoble graveleux, avec un sous-sol calcaire. L’encépagement se répartit entre 70 % de cabernetsauvignon, 20 % de merlot, 5 % de cabernet franc et 5 % de petit verdot. Les chais viennent d’être refaits et sont très impressionnants, tant par leur architecture que par leur taille.

Naturellement, tous les moyens techniques sont à la disposition du vinificateur, et l’actuel propriétaire, le baron Éric de Rothschild, participe activement aux assemblages. Comme les autres crus de ce niveau, Lafite est élevé dans 100 % de fûts neufs. La propriété produit également un second vin “ Les Carruades de Lafite ”. Elle fait partie du groupe “ Domaines Barons de Rothschild ” qui rassemble également les Châteaux Duhart-Milon (cinquième cru classé de Pauillac), L’Évangile (Pomerol) et Rieussec (premier cru classé de Sauternes) ainsi qu’une propriété au Chili “ Los Vascos ” et une autre au Portugal “ Quinta do Carmo ”.

Le Château Lafite-Rothschild est un vin qui se caractérise par sa finesse et son élégance. Le nez est subtil et complexe avec des arômes riches et concentrés parmi lesquels on distingue souvent une note de violette. En bouche, il est harmonieux et présente un bel équilibre entre des tannins bien mûrs, le fruit et l’acidité. La persistance est toujours étonnante. Ce grand vin de haute gastronomie accompagne de multiples préparations mais il est remarquablement mis en valeur par un agneau de Pauillac rôti.

Voici nos commentaires sur quelques millésimes de Carruades, Lafite et Rieussec.

  • Carruades de Lafite 1998
    Robe rouge sombre avec des reflets violets. Au nez, il est très “ fruits rouges ” (cerise, framboise) ; on perçoit également la vanille du fût (il s’agit d’un vin en cours d’élevage, qui sera mis en bouteilles l’an prochain). L’attaque est douce, la bouche ronde et chaleureuse. Persistance moyenne.
  • Château Lafite-Rothschild 1995
    Très belle robe d’un rouge profond. Nez intense et complexe de fruits noirs, de cèdre et d’épices avec une pointe d’arômes de torréfaction. En bouche, le vin est très suave, d’un contact très doux tout en étant intense. Remarquable élégance des tannins. Incroyable persistance. Force, finesse et élégance : un très grand Lafite.
  • Château Lafite-Rothschild 1987
    Robe rouge avec des reflets tuilés. Le nez est marqué par l’apparition d’arômes d’évolution (cuir, champignons…) : il y a beaucoup de merlot dans ce 87. Le vin est assez fluide, d’une texture souple, avec une acidité assez marquée. Un vin qui ne manque pas d’agrément, mais qui doit mieux s’exprimer à table qu’en dégustation pure.
  • Château Lafite-Rothschild 1983
    Belle robe rubis sans aucun signe d’évolution. Nez complexe et fin de violette, de réglisse avec une note de mine de crayon (signature d’un grand pauillac). Bouche ronde, sensuelle, très savoureuse. Superbe finale avec une note de fraîcheur mentholée. Un Lafite d’anthologie.
  • Château Rieussec 1996
    Jaune soutenu. Nez d’abricot très mûr, de mangue, d’épices. Attaque douce. Vin fruité et doux, un peu crémeux. Finale fruitée et persistance moyenne. Un vin encore un peu unilatéral qui va gagner en complexité en prenant de l’âge.
  • Château Rieussec 1989
    Jaune clair. Nez d’ananas, de miel et d’amande grillée. En bouche, il est riche et compact. Un sauternes onctueux, d’une belle persistance.
  • Château Rieussec 1978
    Or foncé. Nez complexe d’amande grillée, de caramel, de miel, de confiture d’abricots. En bouche il est sensuel, onctueux, intense et ne montre aucune trace d’oxydation. Un très beau vin à la fois massif et élégant. Très belle persistance sur des notes raffinées de confiture d’agrumes.

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Château Lafite-Rothschild, 33250 Pauillac, tél. : 05.56.73.18.18.
Domaines Barons de Rothschild, 33, rue de la Baume, 75008 Paris, tél. : 01.53.89.78.01.

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