A propos de moyens de paiement

Dossier : ExpressionsMagazine N°724
Par Pierre AVENAS (65)

Connaissez-vous les surprenantes origines des mots payer et monnaie ? Si l’argent est le nerf de la guerre, il est aussi porteur de la paix, qu’il permet d’acheter, la moneta romaine est proche de la déesse Junon. Et pour terminer utiliser une monnaie digitale consiste toujours à compter… sur ses doigts.

Le verbe payer a une étymologie surprenante : il remonte au latin classique pacare « faire la paix », dérivé de pax, pacis « paix », qui a pris en bas latin le sens moral de « satisfaire, apaiser », puis dans les langues romanes le sens plus concret de « donner de l’argent, pour satisfaire ou apaiser ».On sait bien que les bons comptes font les bons amis !

“ Payer, c’est acheter la paix ”

Cette même origine latine se voit mieux dans l’italien pagare ou l’espagnol pagar « payer », alors que l’anglais to pay vient de l’ancien français. Mais en allemand, (be) zahlen « payer » est d’une autre origine et se relie à Zahl « nombre ». Payer en allemand, c’est étymologiquement compter l’argent qu’on donne.

Comment disait-on, alors, « payer » en latin classique ? On employait le verbe solvere, qui signifiait aussi « délier » : lorsqu’on a payé, on est délié de sa dette. Sur ce latin solvere, devenu en ancien français soudre, très tôt remplacé par payer, on a formé plus tard l’adjectif solvable, c’est-à-dire « qui a les moyens de payer ».

LA MONNAIE : UN MOYEN DE PAIEMENT

Sauf à faire du troc, on paye au moyen d’une monnaie, en latin moneta, lui-même relié au verbe monere « avertir ». Pourquoi cela ? Parce que toute monnaie s’assortit d’un avertissement, voire d’une admonestation, contre le faux monnayage ? Pas du tout : on pense plutôt que les pièces de monnaie étaient fabriquées à Rome non loin d’un temple consacré à Junon, surnommée Junon Moneta, c’est-à-dire la déesse qui avertit.

MONETA SONORE, AVANT D’ÊTRE SONNANTE ET TRÉBUCHANTE

On attribue à Junon le salut de Rome en 390 avant J.-C., car c’est de l’enceinte de son temple que les fameuses oies du Capitole ont averti de l’arrivée des Gaulois.

Comme pour « payer », l’origine latine est plus visible en italien, moneta, et en espagnol, moneda, et l’anglais money vient de l’ancien français. Mais cette fois, on a en allemand Münze « monnaie », venant aussi du latin moneta.

Une convergence de bon augure pour une union monétaire ? Illusoire en fait, car l’usage courant varie beaucoup d’une langue à l’autre.

Ainsi en anglais : la monnaie (étalon) se dit currency, la monnaie (la pièce) se dit coin, la monnaie (pour l’appoint) se dit change, et de l’argent se dit money.

Donc beaucoup de faux amis entre le français et l’anglais, et il y en a autant entre la plupart des langues d’Europe, avec par exemple en allemand Währung « monnaie étalon » et Geld « de l’argent » à côté de Münze « pièce de monnaie ».

ÉPILOGUE

À l’origine, la principale richesse était le bétail, en latin pecus, d’où pecunia « fortune », pecuniarius « pécuniaire » et peculium « pécule ». Ce qui comptait, c’était le nombre de têtes du cheptel, d’où la notion de capital, du latin caput, capitis « tête ». Pline l’Ancien rapporte que les amendes se payaient en moutons ou en boeufs, donc en nature.

La monnaie fiduciaire, du latin fiducia « confiance », de fides « foi », est apparue avec le métal et la pièce métallique. À ce propos, Servius, roi de Rome au VIe siècle avant J.-C., fut selon Pline le premier à battre « monnaie d’airain à l’effigie d’un mouton ou d’un boeuf », comme pour acter le passage du bétail à la monnaie métallique.

Puis la monnaie scripturale, du latin scribere « écrire », a pris de l’importance, et c’est maintenant la monnaie électronique qui s’installe grâce à Internet, mais on emploie toujours un vocabulaire dont l’origine latine rappelle des croyances et des pratiques de l’Antiquité.

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