Musique et cinéma

Musique classique et Cinéma

Dossier : Arts, lettres et sciencesMagazine N°790 Décembre 2023Par Laurent DARMON
Par Marc DARMON (83)

L’Assassinat du duc de GuiseLa musique clas­sique s’est liée assez tôt au ciné­ma. Il faut com­prendre qu’à ses débuts le ciné­ma est en mal de recon­nais­sance, car consi­dé­ré comme une dis­trac­tion foraine. En 1908, afin d’attirer le public du théâtre et de l’opéra, la socié­té du Film d’Art com­mande à Camille Saint-Saëns une des pre­mières musiques ori­gi­nales, pour L’Assassinat du duc de Guise. Si le film devient un grand suc­cès inter­na­tio­nal, une telle pra­tique ne se géné­ra­li­sa qu’à par­tir du milieu des années 20. 

En atten­dant, les musi­ciens de salle pui­saient très cou­ram­ment dans l’œuvre de Bach, Bee­tho­ven et Debus­sy. Cha­plin, qui com­po­sait ses musiques lui-même, pro­po­sa même aux salles la 6e Sym­pho­nie de Tchaï­kovs­ki pour Le Kid.

L’émergence de la musique de film

L’arrivée du ciné­ma par­lant voit émer­ger la musique de film créée pour sou­te­nir l’image. Pour autant la musique clas­sique va sub­sis­ter à l’écran. Déjà Chos­ta­ko­vitch et Pro­ko­fiev (Alexandre Nevs­ki, Ivan le Ter­rible, Kijé…) com­posent dans les années 30 spé­cia­le­ment pour le ciné­ma. Ensuite, les réa­li­sa­teurs vont régu­liè­re­ment recou­rir au réper­toire classique.

C’est logique pour accom­pa­gner la vie por­tée à l’écran des grands com­po­si­teurs comme Schu­mann (Song of love), Liszt (Lisz­to­ma­nia), Mah­ler (Mort à Venise), Bee­tho­ven (Lud­wig van B.) et bien sûr Mozart (Ama­deus – 8 Oscars). De même, Dis­ney orga­ni­sa Fan­ta­sia autour de huit mor­ceaux clas­siques célèbres.

La musique diégétique

Logique éga­le­ment quand la musique s’avère dié­gé­tique (inté­grée à la nar­ra­tion), comme dans L’Homme qui en savait trop d’Hitchcock (8 minutes de concert sans dia­logue), Les éva­dés (Les Noces de Figa­ro dif­fu­sées aux pri­son­niers) et Le Par­rain (la san­glante scène finale du bap­tême avec la Pas­sa­caille de Bach).

Ainsi parlait ZarathoustraEn revanche, c’est plus éton­nant pour accom­pa­gner le pilo­tage d’une machine à pré­dire le futur (Schu­bert dans Mino­ri­ty Report), la mort d’un GI au Viêt­nam (Bar­ber dans Pla­toon) ou encore une course d’aviron (Grieg dans Social Net­work). Cer­taines musiques sont désor­mais étroi­te­ment liées à une scène : La che­vau­chée des Wal­ky­ries ne se conçoit plus sans les héli­co­ptères d’Apo­ca­lypse Now. De même Ain­si par­lait Zara­thous­tra de Strauss avec le lever de soleil du géné­rique de 2001, l’Odyssée de l’espace (alors que ce ne devait être ini­tia­le­ment qu’une musique de tra­vail pour le mon­tage !), d’ailleurs réuti­li­sé en hom­mage dans le récent Bar­bie. 

Barry LindonKubrick se fit d’ailleurs une spé­cia­li­té de recou­rir aux com­po­si­teurs clas­siques pour ses films : Orange méca­nique, Bar­ry Lyn­don, Eyes Wide Shut et même Shi­ning. 

Des tubes de cinéma

Cer­tains mor­ceaux sont deve­nus de véri­tables tubes de ciné­ma. On ne compte plus les uti­li­sa­tions de la Toc­ca­ta et fugue en ré mineur de Bach, du Doc­teur Jekyll de 1931 au récent Doc­teur Strange 2 en pas­sant par Le sens de la vie des Mon­ty Python. L’Ada­gio de Bar­ber peut illus­trer aus­si bien Ele­phant Man et Pla­toon que Rol­ler­ball et le des­sin ani­mé Mira­cu­lous. Et nous avons déjà décrit dans cette rubrique (octobre 2017) com­ment cer­tains com­po­si­teurs les plus célèbres de musique de film (John Williams, Howard Shore…) se sont ins­pi­rés des orches­tra­tions et tech­niques de Wag­ner et de Dvořák notamment.

PresslerNotre moment mélo­mane pré­fé­ré au ciné­ma ? Lorsque sur­gissent les notes de l’adagio du 23e Concer­to de Mozart dans L’Incompris de Comen­ci­ni. Dif­fi­cile alors de rete­nir les larmes. Essayez pour cet ada­gio, si ce n’est pas déjà fait, le concert fil­mé d’un Mena­hem Press­ler de 92 ans com­men­té ici en décembre 2015. 


Retrou­vez d’autres ana­lyses de Laurent Dar­mon sur le ciné­ma sur www.zecinema.net

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