Marcel FROISSART (53), un physicien dans son siècle

Une grande figure de la physique contemporaine, impliqué dans l’évolution du nucléaire civil en France.
Marcel Froissart, professeur de physique corpusculaire au Collège de France, est né en décembre 1934. J’ai fait sa connaissance à la rentrée de 1952 chez le Fred (Pons, prof de maths en taupe au baz Grand).
La réputation tant du Fred que du Froiss m’avait attiré pour faire une 5/2, n’ayant pu entrer à l’X en 3/2 chez le Jar (Jardillier, professeur de maths en taupe à Henri-IV) faute d’avoir l’âge minimum.
J’ai compris tout de suite à qui j’avais affaire quand, à la fin d’un exo d’ana, il m’a péremptoirement dit que j’avais faux car il avait trouvé autre chose. Je l’ai néanmoins doublé au poteau en entrant major (et p’tit nange) avec 15,5 points d’avance sur lui (sur plus de 2 000), l’épaisseur du trait, moins que le repêchage d’un X au fond de la piscine, matière qu’il avait négligée.
Bien que major à Gnouf où nos rangs étaient inversés, il a choisi l’X comme ses frères aînés Daniel (41), père de Patrice (73) et Charles (51, mort en 1993) et il a pris rapidement le dessus, étant major tant à la fin de la première année qu’à la sortie.
De là le surnom de « p’tit maj » dont mes cocons m’ont gentiment affublé. Une question me taraude depuis lors : n’aurait-il pas mieux valu pour nous – et pour la France – que nous entrions à Gnouf où nous avions devancé Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel de physique 1997, qui avait été reçu à l’X en 52 et avait préféré faire 5/2 pour pouvoir intégrer Gnouf ?
Après que notre service militaire eut été prolongé de quelques mois pour cause de guerre d’Algérie, nous nous sommes retrouvés un semestre à l’École des mines de Paris avant d’être envoyés en Algérie à titre civil dans le cadre du plan de Constantine.
Nos chemins se sont alors séparés car j’ai choisi l’économie alors qu’il choisissait la recherche, ce qui n’était pas très facile au corps des Mines à cette époque malgré un décret d’août 1939 dit « décret Suquet », et je ne l’ai plus beaucoup revu, même à nos réunions de promo auxquelles il n’avait pas le temps – ou le goût ? – de participer.
LA BORNE DE FROISSART
Détaché au CEA, il va successivement au CERN à Genève où il travaille avec Glaser et Pauli, à Berkeley où il explore les résultats que l’on peut tirer des propriétés analytiques de la matrice S et à Princeton où son sens critique acéré lui vaut le surnom de « Mr Guillotine ».
“ J’ai compris à qui j’avais affaire quand il m’a dit que j’avais faux car il avait trouvé autre chose ”
La Société française de physique lui décerne le prix Paul-Langevin en 1964 pour sa démonstration présentée à la conférence de La Jolla en 1961, que la section efficace (c’est-à-dire la probabilité d’interaction) totale de collision de deux particules à haute énergie ne peut pas augmenter plus vite que le carré du logarithme de l’énergie de la collision.
