L’industrie aéronautique israélienne

Dossier : IsraëlMagazine N°537 Septembre 1998Par : Itzhac BEN-ZWI, ancien vice-président de Israël Aircraft Industries (IAI)

Par­mi les « miracles » liés à la créa­tion, à l’exis­tence et au déve­lop­pe­ment de l’É­tat d’Is­raël, IAI, l’In­dus­trie aéro­nau­tique israé­lienne, occupe une place assez spéciale.
L’his­toire d’IAI, cadette de cinq ans de l’É­tat, va de pair avec les évé­ne­ments poli­tiques, mili­taires, éco­no­miques et sociaux qui ont mar­qué l’é­vo­lu­tion d’Is­raël dans sa forme moderne et pro­fon­dé­ment dynamique.

Itz­hac BEN-ZWI a été chef de la Mis­sion euro­péenne d’IAI à Paris (1978−1981 et 1987–1993).

Césarée
Césa­rée © AMBASSADE D’ISRAËL

Le pro­fil d’IAI se dis­tingue dans l’en­semble du pay­sage indus­triel du pays par trois carac­té­ris­tiques qui sont à la base de sa ligne de conduite : l’au­dace, l’o­ri­gi­na­li­té et la vision de l’a­ve­nir. Tout en vivant dans la réa­li­té, hélas tou­jours mena­çante, et tout en fai­sant preuve de réa­lisme, IAI n’a jamais ces­sé de rêver, et a par­fois eu la chance de voir ses rêves s’en­vo­ler avec succès !

Créée en 1953 par le gou­ver­ne­ment israé­lien1 comme sta­tion d’en­tre­tien et de répa­ra­tion de maté­riel aéro­nau­tique, IAI est rapi­de­ment deve­nue le sup­port indus­triel et tech­no­lo­gique des acti­vi­tés de Tsa­hal2 en géné­ral, de l’ar­mée de l’air3 en par­ti­cu­lier, dont on connaît l’im­por­tance et le niveau pro­fes­sion­nel. IAI a consti­tué un appui de grande valeur dans l’ef­fort natio­nal visant à don­ner à l’ar­mée de l’air une haute qua­li­té et une grande puissance.

Par­ti avec un équi­pe­ment, un per­son­nel tech­nique et une expé­rience pro­fes­sion­nelle qua­si nuls, Bedek4 a réus­si à s’or­ga­ni­ser assez rapi­de­ment pour sup­pléer aux besoins urgents de la jeune et débu­tante armée de l’air.

L’aide fran­çaise de la « Belle Époque » des rela­tions fran­co-israé­liennes5 a été d’une impor­tance capi­tale. La pre­mière géné­ra­tion d’IAI a été for­te­ment mar­quée et doit énor­mé­ment à la coopé­ra­tion avec l’in­dus­trie aéro­nau­tique fran­çaise. Les géné­ra­tions plus jeunes, celles qui ont gran­di avec l’embargo décré­té après la guerre des Six jours, connaissent sen­si­ble­ment moins bien, de façon plu­tôt frag­men­taire, les pro­duits, les tech­no­lo­gies et les com­pé­tences aéro­spa­tiaux de la France. Elles connaissent mieux les pro­duits et les tech­no­lo­gies amé­ri­cains, et ont acquis une for­ma­tion et une expé­rience pro­fes­sion­nelle à l’américaine.

UNE POLITIQUE INDUSTRIELLE À PLUSIEURS NIVEAUX

1• Aéro­nau­tique : IAI a mené, d’une part des tra­vaux cou­rants d’en­tre­tien et de répa­ra­tion d’a­vions, de moteurs et d’ac­ces­soires, d’autre part les acti­vi­tés de fabri­ca­tion suivantes :
– avion d’en­traî­ne­ment (Fou­ga),
– avions de com­bat (Mirage 5 et Kfir),
– avion civil de trans­port (Ara­va),
– avion civil d’af­faires (West­wind).

2• Sys­tèmes d’ar­me­ment (par exemple les mis­siles mer-mer de type Gabriel).

3• Sys­tèmes d’armes élec­tro­niques très diver­si­fiés : IAI a créé des sites indus­triels dotés de tech­no­lo­gies de pointe comme Elta, Tamam, Mabat, Malam.

4• Modi­fi­ca­tion et moder­ni­sa­tion des avions civils et mili­taires : IAI a été un des pion­niers dans le monde aéronautique.

5• Uti­li­sa­tion des tech­no­lo­gies déve­lop­pées à IAI pour d’autres pro­duits : bateaux patrouilleurs, chars de com­bat, canons, etc.

6• Entrée sur les mar­chés inter­na­tio­naux, aus­si bien dans le domaine civil que mili­taire : une péné­tra­tion mas­sive et prestigieuse.

7• For­ma­tion du per­son­nel tech­nique et scien­ti­fique, en coopé­ra­tion avec d’autres ins­ti­tu­tions israéliennes :
a. les écoles pro­fes­sion­nelles, comme celles du réseau de l’ORT, qui forment des ouvriers qua­li­fiés et des tech­ni­ciens de très bon niveau ;
b. les uni­ver­si­tés : IAI est liée tout spé­cia­le­ment au Tech­nion de Haï­fa (facul­tés d’aé­ro­nau­tique, d’élec­tro­nique, d’in­for­ma­tique, etc.), qui a for­mé plus de 2 200 ingé­nieurs de l’aé­ro­nau­tique entre 1960 et 1997.

Dans les années 70 et 80, Israël a élar­gi la base de cette poli­tique de formation.

8• Déve­lop­pe­ment des avions sans pilote (RPV) et fabri­ca­tion de sys­tèmes d’armes pour avions sans pilote : IAI est un pion­nier et a créé des nou­veaux mar­chés dans ce domaine.

9• Acti­vi­té spa­tiale : satel­lites de télécommunications.

10• Déve­lop­pe­ment de sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tions aériennes et spatiales.

11• Coopé­ra­tion avec d’autres indus­tries, en Israël et à l’é­tran­ger, y com­pris l’é­ta­blis­se­ment de filiales et les inves­tis­se­ments dans des pro­jets multinationaux.

Un peu d’histoire

En 1959, IAI a ache­té la licence de fabri­ca­tion des avions Fou­ga Magis­ter CM 170. En 1960, décolle le pre­mier avion fabri­qué en Terre Sainte, un Fou­ga de pro­duc­tion israélienne.

Encore plus auda­cieuse a été, en son temps, la déci­sion de déve­lop­per un avion ori­gi­nal de concep­tion israé­lienne. L’in­gé­nieur en chef d’IAI était à cette époque Moshe Arens6 et le PDG Al Schim­mer, deux per­son­na­li­tés dotées d’une capa­ci­té vision­naire. IAI a ain­si opté pour un avion civil petit trans­por­teur (« commuter »).

Ce pro­jet a débu­té dans les années 60. Le pre­mier Ara­va, dûment cer­ti­fié par la Fede­ral Avia­tion Admi­nis­tra­tion (FAA) des États-Unis et par d’autres orga­ni­sa­tions de l’a­via­tion civile, a été ven­du à par­tir de 1972. L’A­ra­va fut un pas très impor­tant du point de vue de l’in­gé­nie­rie. Il a beau­coup comp­té dans le déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique d’IAI et last but not least a été un de ses suc­cès com­mer­ciaux : IAI a fabri­qué plus de 100 appa­reils, ven­dus à l’étranger.

En fait, dans les années 607, IAI a vécu une période d’un dyna­misme for­mi­dable, d’en­thou­siasme, d’é­mu­la­tion, de créa­ti­vi­té, ain­si qu’un essor tech­no­lo­gique et éco­no­mique lequel, regar­dé avec le recul d’au­jourd’­hui, est par­ti­cu­liè­re­ment impressionnant.

IAI a mené une poli­tique indus­trielle à plu­sieurs niveaux (voir enca­dré) et a simul­ta­né­ment intro­duit et assi­mi­lé les moyens modernes d’une indus­trie de haute tech­no­lo­gie, en adop­tant des sys­tèmes infor­ma­tiques et des sys­tèmes de pla­ni­fi­ca­tion à court et long terme. Ces der­niers ont consti­tué le cadre et les ins­tru­ments per­met­tant de défi­nir chaque année en détail les pré­vi­sions et le contrôle des acti­vi­tés de l’an­née à venir.

Ressources humaines

Pen­dant ses qua­rante-cinq ans d’exis­tence, IAI a employé près de 200 000 per­sonnes, avec un pour­cen­tage impor­tant d’in­gé­nieurs, scien­ti­fiques, infor­ma­ti­ciens, ain­si qu’un per­son­nel tech­nique qualifié.

Dans les années 1985–1987, IAI comp­tait au total plus de 22 500 per­sonnes. Actuel­le­ment, elle emploie envi­ron 13 500 per­sonnes dans les quatre groupes de la socié­té (voir enca­dré ci-après).

Résultats financiers

Depuis 1993, IAI, comme l’en­semble de l’aé­ro­nau­tique mon­diale, a connu une période de crise. Selon les don­nées les plus récentes, cette crise est en train d’être réso­lue, comme l’ont été en leur temps les graves pro­blèmes qu’a­vait connus IAI en 1965–1967, en 1974 et en 1987. Ain­si, IAI a eu en 1997 un béné­fice de 22 mil­lions de dol­lars, ce qui repré­sente 1,5 % de son chiffre d’affaires.

Répar­ti­tion des ventes d’IAI en 1997
Élec­tro­nique
Avions militaires
BEDEK
Avions civils
Autres
600 M US $
370 M US $
380 M US $
300 M US $
45 M US $
36%
22%
23%
18%
1%

En 1997, les ventes d’IAI ont dépas­sé le 1,6 mil­liard de dol­lars (voir la répar­ti­tion en enca­dré). Leur niveau est à peu près constant depuis 1989 (varia­tions de 1,45 à 1,6), avec une part des expor­ta­tions de près de 80 %, soit envi­ron 1,3 mil­liard de dol­lars en 1997. Il est impor­tant de consta­ter que, de nos jours, près du tiers des ventes8 sont civiles.

Le car­net de com­mandes a été à peu près constant entre 1989 et 1996 (entre 2,5 et 2,6 mil­liards de dol­lars), c’est-à-dire que IAI a signé chaque année de cette période de nou­veaux contrats à l’ex­por­ta­tion pour plus de 1 mil­liard de dol­lars (entre 1 et 1,25), qui s’a­joutent à un mon­tant de 250 à 350 mil­lions de dol­lars sur le mar­ché inté­rieur, prin­ci­pa­le­ment mili­taire. En 1997, le mon­tant des nou­veaux contrats à l’ex­por­ta­tion a été de plus de 2 mil­liards de dol­lars et le car­net de com­mandes a dépas­sé 3,5 mil­liards de dollars.

Les ventes par employé sont d’en­vi­ron 125 000 dol­lars, ce qui pour Israël est un chiffre modeste, mais rai­son­nable (il faut plus de 150 000 dol­lars pour une bonne rentabilité).

Il convient d’ob­ser­ver que, durant l’an­née 1997, IAI a inves­ti 34 mil­lions de dol­lars en R&D, ce qui repré­sente de l’ordre de 2 % de son chiffre d’af­faires. L’in­dus­trie aéro­nau­tique ne peut renon­cer ni à la recherche ni au déve­lop­pe­ment, même en période dif­fi­cile. Mais une socié­té comme IAI a cer­tai­ne­ment besoin d’un volume de R&D plus important.

Activité aéronautique industrielle en Israël

LES 4 GROUPES D’IAI

1• Groupe Bedek aviation :
– entre­tien, répa­ra­tions et révi­sions d’a­vions, de moteurs et d’accessoires,
– modi­fi­ca­tions d’a­vions civils (B747),
– modi­fi­ca­tions d’a­vions de combat,
– ali­men­ta­tion en vol en combustibles ,
– Ram­ta : patrouilleurs (Dvo­ra) et maté­riaux composites.

2• Groupe des avions civils :
– construc­tions de jets d’af­faires : Astra, Galaxy,
– ingénierie,
– fabrication,
– entrée d’air (« Air Intake »),
– sous-traitance.

3• Groupe des avions militaires :
– Lahav : modi­fi­ca­tion d’a­vions mili­taires (Kfir, Mig 21, Mig 23, F‑4),
– Mata : moder­ni­sa­tion et entre­tien d’hélicoptères,
– Malat : déve­lop­pe­ment, fabri­ca­tion et mar­ke­ting des RPV.

4• Groupe électronique :
– Mabat : sys­tèmes pour satel­lites, bombes intel­li­gentes, mis­siles tac­tiques, simulateurs,
– Tamam : optro­nique, sys­tèmes de vision jour et nuit,
– Malam : sys­tèmes stra­té­giques, lan­ceurs, télé­com­mu­ni­ca­tions terrestres,
– Elta : radars, ordi­na­teurs mili­taires, sys­tèmes de télé­com­mu­ni­ca­tions aériennes, sys­tèmes infra­rouges, etc.

L’ac­ti­vi­té aéro­nau­tique indus­trielle a com­men­cé en Israël avec IAI. Depuis ses débuts et jus­qu’à aujourd’­hui, IAI est le noyau cen­tral de cette acti­vi­té. En se déve­lop­pant, celle-ci est deve­nue de plus en plus com­plexe. Pour ses pro­duits, IAI a eu besoin d’un large sup­port indus­triel : des entre­prises métal­lur­giques (forge, fon­de­rie), méca­niques (fabri­ca­tion de pièces, trai­te­ments, etc.), élec­tro­niques, des bureaux d’é­tude, etc., ont été créés. Durant les der­niers dix à quinze ans, IAI a pas­sé com­mande aux autres entre­prises israé­liennes pour un mon­tant annuel de 250 à 350 mil­lions de dol­lars. Beau­coup de ces entre­prises indus­trielles ont déve­lop­pé leurs propres pro­duits et tech­no­lo­gies, et sont actives de manière indé­pen­dante sur les mar­chés internationaux.

Dans ce domaine, les entre­prises les plus connues sont Rafael, Taas, Elbit, Tadi­ran, Elis­ra, El-Op, Tat, Car­mel Forge, Cyclon.

Le chiffre d’af­faires de l’in­té­gra­li­té des acti­vi­tés aéro­spa­tiales israé­liennes9 est de l’ordre de 2,5 à 3 mil­liards de dol­lars par an. Leur effec­tif total est de l’ordre de 25 000 employés. À titre de com­pa­rai­son, la tota­li­té des acti­vi­tés indus­trielles en Israël cor­res­pond à un chiffre d’af­faires de l’ordre de 15 à 20 mil­liards de dol­lars par an, pour un effec­tif de l’ordre de 250 000 employés.

Ces chiffres montrent clai­re­ment que, dans l’en­semble des acti­vi­tés indus­trielles d’Is­raël, la part de l’ac­ti­vi­té aéro­spa­tiale approche les 15 %. IAI contri­bue à approxi­ma­ti­ve­ment 60 % de ces 15 %, d’où l’im­pact d’IAI sur l’en­semble de l’é­co­no­mie israélienne.

À titre de com­pa­rai­son, l’in­dus­trie dia­man­taire a un chiffre d’af­faires annuel de 1,5 à 2 mil­liards de dol­lars, tan­dis que l’in­dus­trie agri­cole se situe à envi­ron 700 mil­lions de dollars.

Il convient enfin d’ap­pe­ler l’at­ten­tion sur l’im­por­tance – en pers­pec­tive – de l’in­tro­duc­tion et du déve­lop­pe­ment des tech­no­lo­gies de pointe pour le pro­fil géné­ral du pays, ain­si que leur incal­cu­lable por­tée pour son économie.

Grands programmes d’IAI

Les grands pro­grammes d’IAI (voir enca­dré) concernent aujourd’­hui des acti­vi­tés com­plexes et sont consti­tués de sys­tèmes aéro­spa­tiaux, et non seule­ment de pro­duits aéro­spa­tiaux. IAI est deve­nue depuis long­temps un « Sys­tem House » pos­sé­dant une com­pé­tence en matière de « mana­ge­ment », des moyens tech­no­lo­giques, ain­si qu’une orga­ni­sa­tion de « mar­ke­ting » pour ini­tier, exé­cu­ter, finan­cer et ren­ta­bi­li­ser de tels pro­grammes à l’é­chelle inter­na­tio­nale. Bien enten­du, ceci se déroule dans des pro­por­tions israéliennes !

La prio­ri­té dans les pro­grammes d’IAI a été, et reste cer­tai­ne­ment, le déve­lop­pe­ment, la fabri­ca­tion et la modi­fi­ca­tion d’a­vions, civils et mili­taires ; mais aus­si, une grande par­tie de l’ac­ti­vi­té d’IAI est consti­tuée des pro­grammes dans le domaine de l’électronique.

LES GRANDS PROGRAMMES D’IAI

1• Fabrication d’avions

IAI a pro­duit les quatre caté­go­ries d’a­vions, évo­quées plus haut : for­ma­tion de pilotes (Fou­ga) ; com­bat (M‑5, Kfir, Lavi) ; trans­port civil, « com­mu­ter » (Ara­va) ; voyages d’af­faires (West­wind, Astra et Galaxy). Durant ses trente-sept ans d’ac­ti­vi­té dans ce domaine indus­triel (1960−1997), IAI a fabri­qué, sous licence ou par déve­lop­pe­ment propre, plus de 1 000 avions (soit une moyenne de 27–28 avions par an), dont plus de 60 % d’a­vions civils.

Certes, IAI n’est ni Boeing ni Das­sault, mais ces chiffres sont impor­tants pour un petit pays comme Israël. Le pays a en effet démar­ré sans infra­struc­ture, ni tra­di­tion indus­trielle, et sans capi­taux. Il vit en état de guerre pra­ti­que­ment conti­nuel et uti­lise un per­son­nel ayant, à tous les niveaux, des for­ma­tions hété­ro­gènes, voire hété­ro­clites, pro­ve­nant d’é­coles aus­si dif­fé­rentes que pos­sible, avec des habi­tudes de tra­vail et des modes de vie dis­sem­blables, par­lant toutes les langues de la Terre, qui s’u­ni­fient avec l’hé­breu ! Ceci ne l’empêche pas de fabri­quer des avions !

2. Développement et fabrication de systèmes d’avions sans pilote (RPV)

IAI a beau­coup tra­vaillé sur ces sys­tèmes d’armes et s’est trou­vé dans la situa­tion d’ex­pli­quer et de convaincre qu’il ne s’a­gis­sait pas de jouets, mais de sys­tèmes mili­taires sophis­ti­qués. IAI a non seule­ment conçu, déve­lop­pé et fabri­qué les sys­tèmes RPV, mais aus­si créé le mar­ché des RPV. Dans ce domaine, IAI n’a pas péné­tré dans un mar­ché déjà exis­tant, mais a dû convaincre et démon­trer à l’ar­mée – orga­nisme très conser­va­teur et dont on ne change pas faci­le­ment les méthodes de tra­vail – que le RPV est un sys­tème d’arme effi­cace et puis­sant, qui trans­forme les règles de la guerre. Ain­si, les RPV ont été intro­duits dans le domaine mili­taire, d’a­bord à Tsa­hal puis dans d’autres armées, avec une uti­li­sa­tion et une effi­ca­ci­té remarquables.

Il existe aujourd’­hui plus de sept sys­tèmes dif­fé­rents, conçus et pro­duits par IAI : des sys­tèmes de com­bat pas­sif, mais aus­si des sys­tèmes agres­sifs munis d’é­qui­pe­ments qui sont par­fois l’ex­pres­sion des tech­no­lo­gies de pointe les plus avan­cées au monde. IAI reste aujourd’­hui le numé­ro 1 mon­dial dans ce domaine.

3. Modification et modernisation d’avions civils et militaires

Pour les avions civils, cette acti­vi­té a débu­té en 1970, avec la remise en état de Boeing 707 qui, en ce temps là, avaient ter­mi­né leur vie fonc­tion­nelle. Comme le B‑707 est un bon avion, IAI a remis en état et a don­né une nou­velle vie fonc­tion­nelle à plus de 100 appa­reils. Ces appa­reils ont repris l’air, cer­tains avec leur fonc­tion ori­gi­nelle (trans­port de per­sonnes ou de maté­riel-car­go), d’autres ont été modi­fiés com­plè­te­ment et sont deve­nus, dans le domaine mili­taire, des citernes volantes, des appa­reils d’a­li­men­ta­tion en vol pour les avions de com­bat, ou encore des avions de com­bat électronique.

La moder­ni­sa­tion d’a­vions mili­taires a com­men­cé par l’é­qui­pe­ment des Fou­ga Magis­ter, avec des modi­fi­ca­tions impor­tantes, pour leur uti­li­sa­tion comme avions d’at­taque au sol pen­dant la guerre des Six jours. Puis, en 1968, IAI a modi­fié le Super Mys­tère, en en rem­pla­çant le moteur par un moteur amé­ri­cain. En 1980, IAI a à nou­veau moder­ni­sé les Fou­ga. Dans les années 70 et 80, IAI a adap­té aux besoins de ses pilotes, ain­si que pour l’ex­por­ta­tion, des Mirage 3, des Mirage 5, des F‑4 Phan­tom, des Sky­hawk, des F‑15 et des F‑16, ain­si que des héli­co­ptères. Ces der­nières années, IAI a com­men­cé à moder­ni­ser les avions de com­bat russes Mig 21, Mig 23, Mig 29. Le « lan­ce­ment » au début de l’é­té 1995 du Mig 21 modi­fié par les soins d’IAI a été un véri­table évé­ne­ment car c’é­tait le pre­mier vol d’un avion russe moder­ni­sé en Occident !

IAI est deve­nue une des com­pa­gnies connues dans ce domaine, pour lequel il existe assez peu de vrais spé­cia­listes dans l’in­dus­trie aéro­nau­tique mon­diale. Peu d’in­dus­tries aéro­nau­tiques sont de par le monde en mesure de conver­tir un Boeing 747 de confi­gu­ra­tion pas­sa­gers en confi­gu­ra­tion car­go en obte­nant la cer­ti­fi­ca­tion de la FAA américaine.

4. Satellites de télécommunications

Entre 1988 et 1993, IAI a lan­cé avec suc­cès, au moyen de son propre lan­ceur, trois satel­lites expé­ri­men­taux Ofeq. En coopé­ra­tion avec une socié­té fran­çaise et une socié­té alle­mande, IAI a déve­lop­pé le satel­lite de télé­com­mu­ni­ca­tions civiles Amos, qui a été lan­cé en 1996 par une fusée Ariane. Espé­rons que cette nou­velle coopé­ra­tion avec l’Eu­rope sera cou­ron­née de suc­cès et que, en s’en­vo­lant ensemble, Amos et Ariane ont ouvert de nou­veaux hori­zons pour une relance des bonnes rela­tions entre IAI et les divers pays d’Eu­rope concer­nés, en par­ti­cu­lier la France.

5. Missiles antimissiles

IAI et Rafael ont déve­lop­pé ensemble le sys­tème Barak pour la marine mili­taire. IAI est actuel­le­ment dans une phase avan­cée du déve­lop­pe­ment du mis­sile anti­mis­sile Flèche (« Hetz » en hébreu et « Arrow » en anglais) dans un pro­gramme qui béné­fi­cie du sup­port américain.

6. Systèmes électroniques

Dans le domaine de l’élec­tro­nique, IAI tra­vaille à des pro­grammes par­ti­cu­liè­re­ment impor­tants. Il s’a­git de radars, de sys­tèmes de télé­com­mu­ni­ca­tions (Sigint, Comint), de sys­tèmes de vision de tir jour et nuit, d’é­qui­pe­ments de com­bat avec une intel­li­gence propre, etc. Ces équi­pe­ments sont en géné­ral ins­tal­lés sur des « pla­te­formes » diverses : avions, navires ou véhi­cules terrestres.

Adaptation et souplesse : le Lavi

L’o­ri­gi­na­li­té, le prag­ma­tisme10 et le réa­lisme qui carac­té­risent l’or­ga­ni­sa­tion d’IAI lui per­mettent de tra­ver­ser avec une cer­taine habi­le­té des périodes de ten­sion et de sur­charge de tra­vail, ain­si que des périodes de crise.

Pro­duits et ser­vices d’IAI 
(liste non exhaustive)

Électronique

  • Com­mu­ni­ca­tion par satellite
  • Sys­tème de défense contre les mis­siles sol-sol (pro­gramme Arrow/Hetz)
  • Sys­tème de défense contre les mis­siles (pro­gramme Barak pour la marine)
  • Radars
  • EW
  • Ordi­na­teurs militaires
  • Mis­siles tactiques
  • Élec­tro-optique
  • C3I
  • Navi­ga­tion

Aviation militaire

  • Kfir
  • Phal­con AEW A/C
  • Sys­tèmes UAV
  • Moder­ni­sa­tion du F‑16
  • Moder­ni­sa­tion du F‑15 Eagle
  • Moder­ni­sa­tion du F‑4 Phan­tom 2000
  • Moder­ni­sa­tion du F‑5E
  • Moder­ni­sa­tion du Mig 21
  • Moder­ni­sa­tion de l’hé­li­co­ptère CH-53D
  • Sièges résis­tant aux crashes

Aviation civile

  • Jet d’af­faires Galaxy
  • Jet d’af­faires Astra
  • Sous-trai­tance du MD-11
  • Sous-trai­tance du Boeing 777
  • Nacelles
  • Ingé­nie­rie aéronautique
  • Com­po­sants de sys­tèmes hydrauliques
  • Trains d’at­ter­ris­sage
  • Sys­tèmes de contrôle du vol

Aviation Bedek

  • Conver­sion du B‑747
  • Conver­sion du C‑130
  • Main­te­nance de pla­te­forme, révi­sion et moder­ni­sa­tion d’a­vions Boeing, Dou­glas et Lookheed
  • Répa­ra­tion, révi­sion et retro­fit de 30 types de moteurs
  • Répa­ra­tion et révi­sion de 6 000 acces­soires et ins­tru­ments aéronautiques
  • Maté­riaux com­po­sites avancés

En termes plus choi­sis, la sou­plesse de son orga­ni­sa­tion lui crée un cer­tain avan­tage par rap­port aux entre­prises de ce genre et de ce gaba­rit, plus tra­di­tio­na­listes et plus conser­va­trices dans leur organisation.

C’est ce qui s’est pas­sé avec le tris­te­ment célèbre pro­gramme Lavi…

Avec le pro­gramme Lavi, je pense avec regret que cha­cun en Israël a fait des erreurs : les hommes poli­tiques, les mili­taires, les éco­no­mistes, les jour­na­listes, les ingénieurs.

Le pro­gramme ini­tial a été conçu comme un petit avion de com­bat, un avion de petite taille qu’Is­raël était en mesure de conce­voir, de déve­lop­per, de construire et de finan­cer. Il devait équi­per l’ar­mée de l’air comme un avion de masse. Ce pro­jet avait été approu­vé par le gou­ver­ne­ment d’Is­raël en 1980.

Le gou­ver­ne­ment de l’é­poque a approu­vé ce pro­jet, tout en men­tion­nant que le pro­gramme était par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant pour l’in­dus­trie et l’é­co­no­mie du pays. Il était clair que l’ar­mée de l’air pour­rait tou­jours s’é­qui­per avec des avions étran­gers, notam­ment amé­ri­cains comme le F‑15 ou le F‑16.

Trois pro­to­types du Lavi ont été fabri­qués. Tous les tests et essais ont démon­tré un suc­cès tech­no­lo­gique indis­cu­table, voire total. Les trois avions Lavi ont effec­tué plus de 100 vols, tous réus­sis avec de très bonnes per­for­mances. Le direc­teur du pro­gramme a reçu en mai 1987 la plus pres­ti­gieuse dis­tinc­tion natio­nale, le prix d’Israël.

Mais, un aspect avait été négli­gé, à savoir les coûts : l’a­van­tage de construire un avion israé­lien concur­ren­çant le F‑16 devait se trou­ver, outre dans ses bonnes per­for­mances, dans un prix incom­pa­ra­ble­ment plus bas. Or, il s’est avé­ré que le Lavi, déve­lop­pé et fabri­qué avec des finan­ce­ments amé­ri­cains, n’é­tait pas sen­si­ble­ment moins cher que le F‑16. Aus­si, IAI ne pou­vant pas être com­pé­ti­tif face aux Amé­ri­cains, le pro­gramme a‑t-il été arrê­té le 30 août 1987.

Cet arrêt a été un coup très dur pour IAI, à beau­coup de points de vue. Il a tou­ché l’en­semble du groupe d’une manière qui aurait pu lui être fatale. Mais, devant le désastre, il fal­lait réagir. Prag­ma­tisme, inven­ti­vi­té et com­ba­ti­vi­té réunis, IAI a décou­vert que le Lavi était une occa­sion excep­tion­nelle, voire unique, de déve­lop­per des pro­duits et tech­no­lo­gies de pointe pou­vant être uti­li­sés indé­pen­dam­ment. Ain­si, après 1987, la vente sur les mar­chés mon­diaux de pro­duits et tech­no­lo­gies de pointe a per­mis à IAI de réa­li­ser des gains très impor­tants, qui ont faci­li­té le redres­se­ment – en moins de trois ans – de la société.

Conclusion et perspectives

Avant de bros­ser les pers­pec­tives d’a­ve­nir, je sou­hai­te­rais pré­sen­ter quelques consi­dé­ra­tions per­son­nelles. Dans le pas­sé, et sur­tout pen­dant les années où j’ai été chef de la Mis­sion d’IAI à Paris, j’ai beau­coup tra­vaillé pour l’a­mé­lio­ra­tion des rap­ports avec les socié­tés fran­çaises, que ce soit l’Aé­ro­spa­tiale, Das­sault, Das­sault Élec­tro­nique, la Snec­ma, Thom­son CSF, et beau­coup d’autres.

Les résul­tats ont été remar­quables mais, il faut l’a­vouer, bien en deçà des pos­si­bi­li­tés voire plu­tôt modestes. Cepen­dant, j’ai eu le sen­ti­ment que mes inter­lo­cu­teurs, col­lègues et par­te­naires fran­çais, tenaient à ce que, quoi qu’il en soit, nous main­te­nions des liens, fussent-ils momen­ta­né­ment déli­cats ou fragiles.

Dans la conjonc­ture actuelle, l’in­té­rêt de relan­cer les rela­tions d’af­faires bila­té­rales est évi­de­ment pro­fi­table aux deux par­ties. Bien que limi­té, le mar­ché israé­lien est, sur le plan tech­no­lo­gique et opé­ra­tion­nel, d’une impor­tance majeure au plan mon­dial. D’autre part, les Israé­liens sont très actifs sur les mar­chés inter­na­tio­naux11, où l’on trouve leurs pro­duits et tech­no­lo­gies, civils et militaires.

Je pense qu’une coopé­ra­tion entre les socié­tés aéro­spa­tiales des deux pays, sous la forme d’une col­la­bo­ra­tion intel­li­gente et pro­fes­sion­nel­le­ment com­pé­tente dou­blée d’une poli­tique éco­no­mi­co-finan­cière de pers­pec­tive, peut don­ner une impul­sion d’en­ver­gure, ain­si qu’une syner­gie pour mener les par­te­naires vers un nou­vel essor. Comme les Israé­liens vendent aujourd’­hui aux États-Unis pour près de 750 mil­lions de dol­lars par an, une telle coopé­ra­tion fran­co-israé­lienne, bien menée, pour­rait aug­men­ter de beau­coup la péné­tra­tion fran­çaise et israé­lienne sur les mar­chés amé­ri­cains, et pas seule­ment américains !

Modernisation du Phantom F-4 de la Turkish Air Force, en cours à IAI
Pro­gramme de moder­ni­sa­tion du Phan­tom F‑4 de la Tur­kish Air Force, en cours à IAI/LAHAV Divi­sion. © ISRAËL AIRCRAFT INDUSTRIES

En ce qui concerne les pers­pec­tives d’IAI, il appa­raît que les don­nées qui existent déjà per­mettent d’être opti­mistes et de pré­voir du tra­vail, des déve­lop­pe­ments, des ventes. Simul­ta­né­ment, la socié­té a entre­pris une restruc­tu­ra­tion qui la mène­ra à un rap­port annuel meilleur que celui de 1997.

Pour les années 1998–2000, on envi­sage une crois­sance du chiffre d’af­faires et une ren­ta­bi­li­té accrue. Tous les domaines d’ac­ti­vi­té men­tion­nés plus haut conti­nue­ront pro­ba­ble­ment leur déve­lop­pe­ment. Il existe des pro­grammes bien défi­nis, qui consti­tue­ront le cadre tech­no­lo­gique, éco­no­mique, du déve­lop­pe­ment et du mar­ke­ting pour les cinq années à venir.

IAI ten­dra vers un chiffre d’af­faires du niveau de 2 mil­liards de dol­lars en l’an 2000, com­pre­nant 80 % d’ex­por­ta­tions (~ 1,6 mil­liard de dol­lars), de nou­veaux contrats à l’ex­por­ta­tion pour un total annuel de 2 à 2,2 mil­liards de dol­lars, ain­si que des ventes de 300 mil­lions de dol­lars sur le mar­ché intérieur.

En ce qui concerne les déve­lop­pe­ments dans le domaine des avions, seul le Galaxy sera pour­sui­vi et intro­duit sur le marché.

Une petite socié­té comme IAI doit être atten­tive à ce qui se passe dans l’aé­ro­nau­tique mon­diale, car le monde attend une nou­velle géné­ra­tion d’a­vions. Mais elle doit éga­le­ment détec­ter et trou­ver les niches qui lui per­met­tront de nou­veaux déve­lop­pe­ments et la péné­tra­tion dans des mar­chés qui seront créés de par le monde. Le poten­tiel d’IAI dans la haute tech­no­lo­gie est tel­le­ment impor­tant qu’il est à envi­sa­ger de nou­veaux pro­grammes spec­ta­cu­laires dans les pro­chaines années.

Enfin, parce que les indus­tries aéro­spa­tiales d’Is­raël sont des indus­tries modernes, avec des tech­no­lo­gies de pointe, et sur­tout parce qu’elles uti­lisent les com­pé­tences pro­fes­sion­nelles d’é­mi­nents ingé­nieurs et scien­ti­fiques – cha­cun avec ses res­sources intel­lec­tuelles et pro­fes­sion­nelles – je crois très for­te­ment que ces indus­tries ont devant elles l’a­ve­nir le plus posi­tif au plan tech­no­lo­gique, éco­no­mique et du marketing.

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1. Il détient encore aujourd’­hui la tota­li­té des actions de la société.
2. Tsa­hal : acro­nyme de Tsa­va Haga­na LeIs­rael (Armée de Défense d’Israël).
3. « Heyl Avir » en hébreu.
4. IAI a fait ses pre­miers pas sous ce nom.
5. Les années 50 et 60.
6. Qui a par la suite mené une car­rière poli­tique et fut notam­ment ministre de la Défense dans les gou­ver­ne­ments Begin et Shamir.
7. Tant avant qu’a­près la guerre des Six jours.
8. Soit 533 mil­lions de dol­lars en 1997.
9. Y com­pris l’élec­tro­nique, l’a­vio­nique et l’op­tro­nique uti­li­sées pour les acti­vi­tés aérospatiales.
10. La néces­si­té d’im­pro­vi­ser et de faire face sou­dain à des situa­tions tota­le­ment impré­vues sont des épreuves qui laissent des traces : dura lex, sed lex.
11. USA, Extrême-Orient, pays d’Eu­rope de l’Est et de l’ex-URSS, ain­si que dans plus de 100 pays.

Commentaire

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zer­bib nissimrépondre
28 juillet 2017 à 9 h 58 min

article très inté­res­sant
Article très intéressant.
On serait très heu­reux d’y voir une suite sous forme d’ac­tua­li­sa­tion plus récente d’un article qui date ! en tout cas mer­ci pour toute ces infor­ma­tions passionnantes !

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