Chemin de fer transindochinois

Le legs français à l’Indochine

Dossier : VIÊT-NAMMagazine N°525 Mai 1997
Par Pierre BROCHEUX

Lorsque les Fran­çais prirent pied dans le sud de la pénin­sule indo­chi­noise, ils venaient d’une Europe en plein essor indus­triel, com­mer­cial et finan­cier et ils étaient ani­més par l’es­prit d’une mis­sion civi­li­sa­trice qu’ils devaient accom­plir. Ils arri­vaient dans un envi­ron­ne­ment asia­tique qui était lui-même en plein essor agri­cole et com­mer­cial. Ils étaient sti­mu­lés par les Hol­lan­dais, les Espa­gnols et les Anglais qui les avaient pré­cé­dés en Insu­linde et aux Phi­lip­pines ; la for­tune de Sin­ga­pour était déjà assise et le Siam avait ouvert ses portes aux Européens.

Les Fran­çais ten­dirent deux cordes à leur arc : celle de l’ex­ploi­ta­tion des res­sources éco­no­miques et celle de la civi­li­sa­tion des hommes.

« Mettre en valeur les richesses »

L’ex­ploi­ta­tion des res­sources du sol et du sous-sol débu­ta dès la conquête sans attendre la « paci­fi­ca­tion », mais après que la « Grande Guerre » eut démon­tré l’im­por­tance de la mobi­li­sa­tion de l’empire colo­nial pour l’ef­fort de guerre de la métro­pole, Albert Sar­raut se fit le héraut de la mise en valeur des colo­nies, notam­ment de l’In­do­chine. La fer­me­ture des empires russe et otto­man au pla­ce­ment de capi­taux, la dépré­cia­tion du franc comptent par­mi les rai­sons de l’en­goue­ment pour les pla­ce­ments indochinois.

L’É­tat joua un rôle pri­mor­dial dans cette œuvre d’ex­ploi­ta­tion éco­no­mique, il le fit en syner­gie ou en alter­nance avec les socié­tés capi­ta­listes métro­po­li­taines. Lorsque les capi­ta­listes pri­vés furent réti­cents ou défaillants, l’É­tat se sub­sti­tua à eux. La puis­sante Banque de l’In­do­chine (BIC) fon­dée en 1875 devint l’in­ter­lo­cu­trice obli­gée du gou­ver­ne­ment géné­ral ; tout à la fois pour­voyeuse et ins­tru­ment, elle contrô­la en fait l’é­co­no­mie indo­chi­noise. De grandes firmes finan­cières et indus­trielles métro­po­li­taines, du groupe Rivaud à la socié­té Miche­lin, inves­tirent en Indo­chine. De toutes les colo­nies, et après l’Al­gé­rie, ce fut l’In­do­chine qui reçut le plus d’in­ves­tis­se­ments : ceux-ci sont éva­lués à 6,7 mil­liards de francs-or en 1940.

La BIC béné­fi­ciait d’un sta­tut unique par­mi les banques pri­vées fran­çaises parce qu’elle était dotée du pri­vi­lège d’é­mis­sion de la piastre indo­chi­noise. Elle était en même temps une banque com­mer­ciale, une banque d’af­faires et une socié­té finan­cière. Son enver­gure lui don­na une aire d’ac­tion qui cou­vrait l’A­sie et s’é­ten­dait juqu’à la Côte des Soma­lis et à l’Océanie.

En 1937, la BIC était par­tie pre­nante dans presque toutes les entre­prises éco­no­miques indochinoises.

Le flux des inves­tis­se­ments métro­po­li­tains a conver­gé vers les mines, les plan­ta­tions d’hé­véas, de thé et de café ain­si que vers cer­taines indus­tries de trans­for­ma­tion : les tex­tiles, les bras­se­ries, les ciga­rettes, les dis­til­le­ries, le ciment. En revanche l’or­ga­ni­sa­tion du cré­dit agri­cole à des­ti­na­tion du sec­teur domi­nant de la rizi­cul­ture fut tar­dive et seconde dans la poli­tique de la BIC.

Che­min de fer tran­sin­do­chi­nois, Centre Viêt-nam.
© PHAM NGOC TOI

Pour faci­li­ter l’ex­pan­sion de l’é­co­no­mie colo­niale, l’É­tat mit en place une infra­struc­ture por­tuaire et de voies de com­mu­ni­ca­tion. Le Tran­sin­do­chi­nois, dont le chan­tier final fut diri­gé par un X, l’in­gé­nieur Lefèvre, fut ache­vé en 1936. Il rou­lait sur 1 748 km de Hanoi à Sai­gon ; en lui ajou­tant le che­min de fer du Yun­nan et des voies secon­daires, le réseau fer­ro­viaire tota­li­sait 3 019 km en 1938. En 1943, 18 000 véhi­cules à moteur cir­cu­laient sur 32 000 km de routes maca­da­mi­sées et 5 700 km de routes empier­rées et de nom­breuses pistes pra­ti­cables en sai­son sèche. Sai­gon devint un grand port d’Ex­trême-Orient qui prit place au 6e rang des ports fran­çais en 1937 (2 140 000 tonnes de mar­chan­dises). En 1939, Sai­gon n’é­tait plus qu’à trente jours de bateau de Mar­seille, à cinq jours d’a­vion de Paris et le télé­graphe sans fil, plus com­mode d’u­sage, pour les Fran­çais, que les télé­com­mu­ni­ca­tions par câbles sous-marins (domi­nées à l’é­poque par les com­pa­gnies bri­tan­niques et amé­ri­caines), fonc­tion­na à par­tir de 1921.

L’In­do­chine devint ain­si un ter­rain de créa­ti­vi­té pour les ingé­nieurs des Ponts et Chaus­sées et ceux des Mines. Par­mi ceux-ci, c’est un X, Pierre Guillau­mat, qui diri­gea l’Ins­pec­tion des Mines et Indus­tries. L’oc­ca­sion de réa­li­ser de grandes œuvres fut don­née aus­si aux archi­tectes, comme le Grand Prix de Rome, Ernest Hébrard, dont le centre de Hanoi conserve aujourd’­hui quelques-unes des plus belles constructions.

L’É­tat fran­çais pro­mul­gua une légis­la­tion concer­nant le sous-sol, le sol et les forêts ; il mit en œuvre le cadas­trage pour faci­li­ter les tran­sac­tions com­mer­ciales et les conces­sions fon­cières. Il inves­tit dans l’in­fra­struc­ture rou­tière et les réseaux de canaux (4 000 km en 1939 des­ti­nés au drai­nage et à la cir­cu­la­tion). L’hy­drau­lique agri­cole pro­pre­ment dite fut l’ob­jet d’une moindre atten­tion et d’un effort finan­cier infé­rieur, cepen­dant les tra­vaux d’en­di­gue­ment mirent le del­ta du fleuve Rouge com­plè­te­ment à l’a­bri des inon­da­tions entre 1915 à 1945 et 340 000 hec­tares furent gagnés aux cultures de 1905 à 1937 dans le Nord et le Centre Viêt-nam. Il pro­mul­gua une régle­men­ta­tion du tra­vail des­ti­née à faci­li­ter le recru­te­ment de la main d’œuvre et la répres­sion des rup­tures de contrats de la part des travailleurs.

Dès le début du siècle, pour pal­lier les insuf­fi­sances et évi­ter de nom­breux échecs de colons et de pros­pec­teurs-exploi­tants miniers fran­çais, le gou­ver­ne­ment créa les condi­tions et les ins­tru­ments d’une « ges­tion scien­ti­fique de l’empire ». Ce fut Dou­mer qui créa le cadre ins­ti­tu­tion­nel afin d’or­ga­ni­ser une pro­duc­tion plus inten­sive et ration­nelle en s’ins­pi­rant lar­ge­ment des expé­riences et réa­li­sa­tions hol­lan­daises à Java. Tan­dis que la guerre tou­chait à sa fin (1917−1918), Albert Sar­raut, d’a­bord gou­ver­neur géné­ral de l’In­do­chine puis ministre des Colo­nies, envoya en mis­sion le bota­niste Auguste Che­va­lier, membre de l’Ins­ti­tut, qui mit en place l’en­sei­gne­ment agri­cole ain­si que des sta­tions d’es­sais spé­cia­li­sées pour le riz, l’hé­véa, le théier et le caféier. Le gou­ver­ne­ment fit ins­tal­ler 490 sta­tions d’ob­ser­va­tion cli­ma­to­lo­giques et météorologiques.

« Il est natu­rel que les pro­fits de l’In­do­chine reviennent aux Fran­çais » disait le gou­ver­neur géné­ral Pas­quier. L’in­ter­ven­tion fran­çaise ouvrit de nou­veaux sec­teurs éco­no­miques ou elle por­ta ceux qui exis­taient à une grande échelle. La rizi­cul­ture du del­ta du Mekong fut sti­mu­lée par la demande sur les mar­chés asia­tiques, sa super­fi­cie pas­sa de 250 000 hec­tares en 1868 à 2 303 000 en 1943. Sa pro­duc­tion et les expor­ta­tions crois­saient consi­dé­ra­ble­ment : celles-ci, de 130 000 tonnes en 1870 à 1 mil­lion en 1933, pla­çaient l’In­do­chine au 2e rang des expor­ta­teurs mon­diaux et repré­sen­taient 60 % du reve­nu des exportations.

En 1908, l’hé­véa cou­vrait 200 hec­tares, en 1940, les plan­ta­tions s’é­ten­daient sur 120 000. L’ex­trac­tion du char­bon ain­si que des métaux non fer­reux connut la même rapide ascen­sion. En Asie, l’In­do­chine fut le deuxième expor­ta­teur de char­bon après la Mand­chou­rie en 1939 : 1 716 000 tonnes sur 2 615 000 pro­duites. Cepen­dant, et bien qu’elle eût de chauds par­ti­sans chez les Fran­çais, l’in­dus­tria­li­sa­tion ne fut pas réalisée.

L’é­co­no­mie indo­chi­noise était colo­niale au sens où elle pro­dui­sait des matières pre­mières et des den­rées agri­coles pour l’ex­por­ta­tion, mais ces pro­duc­tions n’é­taient pas tou­jours ni exclu­si­ve­ment réser­vées à la métro­pole. La France n’a pas arra­ché l’In­do­chine à sa matrice extrême-orien­tale : le Japon et la Chine demeu­rèrent les prin­ci­paux ache­teurs de char­bon et la plu­part du temps le plus gros ton­nage de riz expor­té prit le che­min de Hong-Kong et de la Chine. Le caou­tchouc était écou­lé aux États-Unis, tan­dis que le pétrole et ses déri­vés pro­ve­naient prin­ci­pa­le­ment des Indes néerlandaises.

L’in­ser­tion de l’In­do­chine dans « l’é­co­no­mie monde » asia­tique fut main­te­nue sans être néces­sai­re­ment affai­blie ; ses acteurs éco­no­miques étaient les Chi­nois d’outre-mer, désor­mais pla­cés en posi­tion seconde par les Fran­çais, mais tou­jours indis­pen­sables et en posi­tion de rem­pla­çants vir­tuels. Ils réa­li­saient ce qu’un négo­ciant anglais de Sai­gon avait appe­lé une « sym­biose antagonistique ».

Ni les indus­tries élé­men­taires ni les impor­ta­tions de pro­duits semi-ouvrés ou finis de la métro­pole n’ont tué l’ar­ti­sa­nat local ni tari les échanges régio­naux. L’ar­ti­sa­nat indo­chi­nois et les pro­duits d’ex­por­ta­tion du Centre Viêt-nam notam­ment : sucre de canne, can­nelle, coprah, thé et soie conti­nuèrent d’a­li­men­ter les cir­cuits par jonques. « La loco­mo­tive n’a­vait pas tué la brouette ».

Les tarifs Méline (1897) et Kir­cher (1927) n’eurent pas rai­son de ce com­merce asia­tique mul­ti­sé­cu­laire et ils durent être amen­dés ou cor­ri­gés par des accords com­mer­ciaux bila­té­raux avec la Chine et le Japon. Il fal­lut attendre la Grande Dépres­sion mon­diale de 1929 pour que les liens impé­riaux fussent res­ser­rés : les échanges com­mer­ciaux avec la métro­pole prirent le des­sus sur ceux avec la région et ils per­mirent de com­pen­ser la perte des débou­chés asia­tiques habi­tuels. Dans le même temps, la piastre était rat­ta­chée au gold exchange stan­dard (1931), en fait au franc (tout en fixant un taux de change stable entre les deux mon­naies) au lieu de l’é­ta­lon-argent. L’o­pé­ra­tion, des­ti­née à garan­tir les inves­tis­se­ments métro­po­li­tains contre la dépré­cia­tion conti­nue du métal argent, arri­mait la piastre au franc métro­po­li­tain et conso­li­dait ain­si la « pré­fé­rence impériale ».

Les voies de communication en Indochine
Les voies de com­mu­ni­ca­tion en Indochine

« Civiliser les peuples »

Ce qui pré­cède entrait dans la vision du pré­sident de la Chambre de com­merce de Lyon en 1901 : « civi­li­ser les peuples aujourd’­hui signi­fie leur ensei­gner com­ment tra­vailler pour gagner et dépen­ser de l’argent, pour échan­ger ». Ce volet-ci dou­blait le pro­sé­ly­tisme chré­tien qui conti­nuait d’être exer­cé pen­dant la période colo­niale. L’es­prit de « mis­sion laïque » rejoi­gnit les deux des­seins pré­cé­dents. De 1880 à 1900, deux pré­dé­ces­seurs de Paul Dou­mer, le méde­cin de Lanes­san et le phy­sio­lo­giste Paul Bert, tous deux scien­ti­fiques, répu­bli­cains, laïcs et l’un d’eux franc-maçon, conçurent une poli­tique de colo­ni­sa­tion huma­niste qui sera reprise par­tiel­le­ment dans le « réfor­misme colo­nial » des années vingt avec Albert Sar­raut et Alexandre Varenne. Ces hommes se vou­laient res­pec­tueux de la per­son­na­li­té des peuples indo­chi­nois et dési­reux d’as­so­cier ceux-ci à la mise en valeur de leur pays.

L’œuvre sani­taire débu­ta dès 1878 par des cam­pagnes de vac­ci­na­tion qui devinrent mas­sives et sys­té­ma­tiques, mais il était enten­du que « la vac­ci­na­tion n’est pas seule­ment une œuvre essen­tiel­le­ment phi­lan­thro­pique, c’est sur­tout et avant tout une œuvre de haute éco­no­mie poli­tique et sociale » (Dr Van­ta­lon). Les pas­to­riens enga­gèrent des cam­pagnes anti­pa­lu­déennes sys­té­ma­tiques notam­ment sur les plan­ta­tions d’hé­véas afin que celles-ci pussent dis­po­ser d’une main-d’œuvre saine et robuste.

La fon­da­tion, en 1891, de l’Ins­ti­tut Pas­teur de Sai­gon fut sui­vie par celle de Nha Trang, Hanoi et Phnom Penh. Le Dr Yer­sin décou­vrit le bacille de la peste et mit au point le vac­cin anti­pes­teux. La variole et la cho­lé­ra recu­lèrent bien que de vio­lentes récur­rences eurent lieu ; des pan­dé­mies furent enrayées, mais des mala­dies res­tèrent invain­cues comme la mala­ria, la tuber­cu­lose et le tra­chome. L’É­cole (plus tard facul­té) de méde­cine et phar­ma­cie de Hanoi ouvrit ses portes en 1902 et pro­gres­si­ve­ment le réseau sani­taire s’é­ten­dit : en 1930 il y avait 10 000 lits d’hô­pi­taux gra­tuits et des cen­taines de dis­pen­saires ruraux. En 1939, 367 méde­cins et 3 623 infir­mières et sages-femmes, 760 accou­cheuses rurales for­mées aux règles d’hy­giène moderne offi­ciaient en Indochine.

En 1939, l’ac­tion sani­taire était sys­té­ma­tique en Cochin­chine et dans les zones urbaines et péri­ur­baines des autres « pays », mais ailleurs la situa­tion était celle du retard et du dénue­ment ; en 1915 : « Pour ce qui est de l’hy­giène dans les cam­pagnes on peut dire qu’elle est chose tota­le­ment incon­nue de la plu­part des ruraux même aisés ou riches sans par­ler des mil­liers de misé­reux du Ton­kin et du Nord Annam. Il fau­drait avant toute chose don­ner la pos­si­bi­li­té à ces hommes de ne pas mou­rir de faim ou de froid… ». En 1935, « la mor­ta­li­té infan­tile est tou­jours très éle­vée en Annam » (Dr Pel­tier). Au Ton­kin, « 50 % des enfants mou­raient de misère » (Dr Le Roy des Barres).

L’ac­tion sani­taire contri­bua cer­tai­ne­ment à la crois­sance démo­gra­phique en abais­sant le taux de mor­ta­li­té sans mou­ve­ment cor­res­pon­dant des taux de nata­li­té et de fécon­di­té, avec certes de notables dif­fé­rences selon les « pays » envi­sa­gés. Dans le del­ta ton­ki­nois et le Nord Annam, cette crois­sance aggra­va le sur­peu­ple­ment rela­tif. Les migra­tions de main-d’œuvre vers les villes et sur­tout vers les plan­ta­tions du sud et jus­qu’en Nou­velle-Calé­do­nie et Nou­velles-Hébrides ain­si que vers les chan­tiers fores­tiers et les mines du Laos ne purent jamais résor­ber le trop plein de popu­la­tion du Viêt-nam sep­ten­trio­nal. À la veille du Deuxième conflit mon­dial, un gou­ver­neur envi­sa­geait l’i­né­luc­ta­bi­li­té d’une trans­mi­gra­tion for­cée du nord vers le sud.

Plantation d’hévéas.
Plan­ta­tion d’hévéas. © PHAM NGOC TOI

Le pro­blème démo­gra­phique deve­nait par­ti­cu­liè­re­ment aigu et appe­lait des réponses urgentes. Le gou­ver­ne­ment de Vichy avait fait éla­bo­rer un pro­jet d’in­dus­tria­li­sa­tion ambi­tieux qui, repris à la libé­ra­tion de la France, devint un pro­gramme dont l’un des prin­ci­paux pro­mo­teurs fut l’homme d’af­faires Paul Ber­nard, encore un X. Diri­geant de socié­tés, Paul Ber­nard fai­sait par­tie d’un groupe d’hommes d’af­faires colo­niaux qui étaient par­ti­sans d’in­dus­tria­li­ser l’In­do­chine. Ils avaient déve­lop­pé leur point de vue dans les années trente sans par­ve­nir à le faire triom­pher. À leurs yeux, l’in­dus­tria­li­sa­tion aurait per­mis de rémé­dier à la sur­po­pu­la­tion, elle aurait éle­vé le niveau de vie de la popu­la­tion, elle aurait conduit à asso­cier pro­gres­si­ve­ment les élites indo­chi­noises à la vie éco­no­mique puis, à terme, à la vie politique.

Les « indus­tria­listes » avaient envi­sa­gé d’as­so­cier à l’in­dus­tria­li­sa­tion une réforme agraire qui sup­pri­me­rait les lati­fun­dia et conso­li­de­rait une pay­san­ne­rie de petits pro­prié­taires-exploi­tants. Mais la guerre cou­pa court à ce des­sein. Tou­te­fois, cer­tains pro­jets du pro­gramme de 1946 comme l’é­qui­pe­ment hydro­élec­trique du bas­sin de Dan­him, la remise en marche du com­plexe char­bon­nier de Bong Son furent réa­li­sés par le gou­ver­ne­ment sud-vietnamien.

L’en­sei­gne­ment fut l’autre ins­tru­ment essen­tiel de la « conquête des cœurs et des esprits ». Au départ, les Fran­çais eurent, à n’en pas dou­ter, une ten­ta­tion si ce n’est une visée assi­mi­la­tion­niste tout à la fois naïve et arro­gante. Mais ils se ren­dirent compte que la tâche était impos­sible et même pas sou­hai­table parce que la résis­tance que leur oppo­saient des peuples de cultures anciennes fut ren­for­cée par les per­tur­ba­tions cau­sées par l’ir­rup­tion d’i­dées et de valeurs étran­gères qui sub­ver­tis­saient l’ordre tra­di­tion­nel et l’ordre tout court. Au « tout fran­çais » dans l’ins­truc­tion prô­né par les pre­miers ami­raux-gou­ver­neurs suc­cé­da, dans les années vingt et sur­tout trente, les égards vis-à-vis de l’An­cien en le moder­ni­sant avec prudence.

En 1930, le gou­ver­neur géné­ral Pas­quier était assailli par des doutes qu’il tra­dui­sait en ces termes : « Depuis des mil­liers d’an­nées, l’A­sie pos­sède son éthique per­son­nelle, son art, sa méta­phy­sique, ses rêves. Assi­mi­le­ra-t-elle jamais notre pen­sée grecque et romaine ? Est-ce pos­sible ? Est-ce dési­rable ? (…) Nous, Gau­lois, nous étions des bar­bares. Et à défaut de lumières propres, nous nous sommes éclai­rés, après quelques résis­tances, à celles qui venaient de Rome. Le liant du Chris­tia­nisme ache­va la fusion. Mais en Asie, sans par­ler des éloi­gne­ments de race, nous trou­vons des âmes et des esprits pétris par la plus vieille civi­li­sa­tion du globe ». Le pro­lon­ge­ment logique de cette réflexion se trouve dans la recom­man­da­tion de Varenne aux ensei­gnants : « Ne leur ensei­gnez pas que la France c’est leur patrie… Veillez qu’ils aient un ensei­gne­ment asia­tique qui leur soit utile dans leur pays ».

Il en résul­ta un com­pro­mis sous la forme de l’En­sei­gne­ment fran­co-indi­gène. Au Cam­bodge, l’ins­ti­tu­teur fran­çais Louis Mani­poud réfor­ma avec suc­cès les écoles de pagodes (boud­dhiques) en intro­dui­sant des matières modernes dans le cur­sus tra­di­tion­nel. L’en­sei­gne­ment indo­chi­nois fut doté des trois degrés : pri­maire, secon­daire et supé­rieur dont les effec­tifs ne ces­sèrent de pro­gres­ser sans comp­ter que les écoles publiques étaient dou­blées d’é­ta­blis­se­ments pri­vés confes­sion­nels et laïques.

1 – Nombre d’é­lèves de l’en­sei­gne­ment public au Viêt-nam années 1920 1929 1938–39 1940–41 1943–44 pri­maire pri­maire supé­rieur secon­daire 2 – Nombre d’é­lèves au Cam­bodge années 1930 1939 1945 pri­maire public écoles de pagode rénovées

1 – Nombre d’é­lèves de l’en­sei­gne­ment public au Viêt-nam
années 1920 1929 1938–39 1940–41 1943–44
pri­maire
pri­maire supérieur
secondaire
126 000  2 430
121
287 500
4 552
465
518 0005 637 707 2856 550
2 – Nombre d’é­lèves au Cambodge
années 1930 1939 1945
pri­maire public
écoles de pagode rénovées
15 7​00 38 000 32 000
53 000

Tou­te­fois et sauf en Cochin­chine, les cam­pagnes ne furent pas dotées d’un réseau sco­laire ser­ré et en 1944, 1 mil­lion d’en­fants en âge d’être sco­la­ri­sés ne fré­quen­taient pas l’é­cole. Au Viêt-nam, l’en­sei­gne­ment du quoc ngu et du fran­çais fut géné­ra­li­sé. La sup­pres­sion des concours tra­di­tion­nels pour recru­ter des man­da­rins (qui reçurent jus­qu’en 1919 une for­ma­tion en carac­tères chi­nois) contri­bua de façon déter­mi­nante à sépa­rer les let­trés de l’u­ni­vers intel­lec­tuel et moral sino-viet­na­mien empreint de valeurs que l’on qua­li­fie habi­tuel­le­ment de confucéennes.

Varenne ne pré­voyait sans doute pas que l’é­vo­lu­tion de la culture viet­na­mienne, qui pré­cé­da les voi­sines dans la moder­ni­sa­tion, s’ef­fec­tue­rait dans le sens qu’il indi­quait. Les Viet­na­miens sur­ent inté­grer à leur culture ce que les Fran­çais leur incul­quaient, l’ap­port fran­çais offrait une plu­ra­li­té de réfé­rences idéelles et poli­tiques de sorte que s’a­gis­sant de sciences, de sports ou d’arts plas­tiques, les Viet­na­miens furent les propres créa­teurs de leur culture moderne.

Une société transformée

Une classe « d’é­vo­lués » en majo­ri­té viet­na­miens et cita­dins émer­gea ; en 1940 le groupe des diplô­més de l’en­sei­gne­ment supé­rieur ou spé­cia­li­sé était éva­lué à 5 000 per­sonnes. L’u­ni­ver­si­té indo­chi­noise connut elle aus­si un accrois­se­ment d’ef­fec­tifs bien que le nume­rus fixus pré­si­dât au recrutement :

1938–1939​
1941–1942
1942–1943
1943–1944
457
834
1050
1575

On peut mul­ti­plier par dix le nombre en y incluant les fonc­tion­naires (26 941 en 1941–42), les ensei­gnants (16 000 en 1941–42), tous issus de l’en­sei­gne­ment pri­maire supé­rieur ou secon­daire ou encore de l’U­ni­ver­si­té indo­chi­noise. Bien que mino­ri­taire, le groupe for­mait ce « Tiers-état » auquel le gou­ver­neur Varenne recom­man­da que l’on fît une place et à l’é­gard duquel on fît preuve d’égards.

Mines de charbon à ciel ouvert de Deo Nai, à Quang Ninh.
Mines de char­bon à ciel ouvert de Deo Nai, à Quang Ninh.
© PHAM NGOC TOI

Mais les enfants de l’œuvre civi­li­sa­trice fran­çaise, de for­ma­tion équi­va­lente ou à diplômes iden­tiques, se voyaient refu­ser l’é­ga­li­té de sta­tut et de trai­te­ment avec les Euro­péens ; par exemple les cadres indo­chi­nois des tra­vaux publics per­ce­vaient une solde égale aux 1017 de celle de leurs homo­logues euro­péens. Varenne, encore, disait en sub­stance : si nous ne don­nons pas ses droits au tiers-état, il nous les récla­me­ra. Une anec­dote signi­fi­ca­tive m’a été contée par un X viet­na­mien, Hoang Xuan Han. Une fois sor­ti de Poly­tech­nique, ce der­nier se ren­dit sur le chan­tier du Tran­sin­do­chi­nois où son aîné Lefèvre lui dit : « Bizuth, retourne en France pour t’y faire une place, ici tu n’ob­tien­dras pas l’emploi et le sta­tut qui cor­res­pondent à tes compétences ».

Asso­cia­tion ou confron­ta­tion et rejet furent les options-clés de l’é­vo­lu­tion colo­niale et de l’a­ve­nir. Cer­tains Fran­çais lucides, du géné­ral Pen­ne­quin à André Fon­taine, direc­teur des puis­santes Dis­til­le­ries de l’In­do­chine en convinrent. D’a­près ce der­nier il fal­lait réfor­mer les ins­ti­tu­tions de la colo­nie, en finir avec le pacte colo­nial afin de se pré­pa­rer à entrer dans l’ère de l’é­co­no­mie mon­diale qui suc­cé­de­rait à celle des empires colo­niaux. Domi­nion et Com­mon­wealth bri­tan­nique ne ces­sèrent de séduire et d’ins­pi­rer cer­tains colo­niaux français.

Si on laisse de côté les fac­teurs conjonc­tu­rels et acci­den­tels, la poli­tique fran­çaise achop­pa sur ce point fon­da­men­tal parce qu’elle oppo­sa une fin de non-rece­voir aux Indo­chi­nois modé­rés comme aux radi­caux. Faute de voir abou­tir les reven­di­ca­tions d’é­ga­li­té et de liber­té, une par­tie de cette intel­li­gent­sia fut séduite par le marxisme.

Les aléas cli­ma­tiques n’a­vaient jamais ces­sé de mena­cer l’a­gri­cul­ture indo­chi­noise, en revanche les sur­plus expor­tables furent désor­mais sou­mis aux fluc­tua­tions des prix sur les mar­chés régio­naux et mon­diaux. L’en­det­te­ment et l’ab­sence de titres de pro­prié­té favo­ri­sèrent l’ac­ca­pa­re­ment des terres et le nombre des pay­sans sans terre alla en crois­sant pen­dant la période coloniale.

Ceux-ci étaient contraints tan­tôt à émi­grer tan­tôt à entrer dans la dépen­dance des lati­fun­diaires dans le sud, des riches dans le centre et le nord, ou encore des mar­chands par­tout où sévis­sait le sys­tème de la traite. Paral­lè­le­ment, l’ins­ti­tu­tion mul­ti­sé­cu­laire des rizières com­mu­nales que les com­mu­nau­tés avaient créée pour cor­ri­ger les dis­pa­ri­tés éco­no­miques fut sou­vent détour­née au pro­fit des notables ou des riches ; elle connut une forte éro­sion au point d’a­voir pra­ti­que­ment dis­pa­ru en Cochin­chine à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

La pay­san­ne­rie mani­fes­ta ses frus­tra­tions de façon bruyante, voire vio­lente, en 1930–31 en Cochin­chine et dans le Nord Annam. Elle recom­men­ça en 1936−37−38, par­ti­cu­liè­re­ment en Cochin­chine où les acca­pa­re­ments de terre étaient les plus fla­grants et les plus pro­vo­cants. Dans cette période les pay­sans furent rejoints par les ouvriers. Faute de s’at­ta­quer à la racine des maux dont souf­fraient les ruraux, l’ad­mi­nis­tra­tion colo­niale était pri­son­nière de contra­dic­tions appa­rem­ment inso­lubles. C’est ce qu’ex­pri­mait le gou­ver­neur géné­ral Bré­vié à pro­pos de l’oc­cu­pa­tion de conces­sions par des pay­sans sans terre en 1938 : « Lorsque nous pro­té­geons les droits des uns, nous com­met­tons une injus­tice et por­tons atteinte à l’é­qui­té à l’é­gard des autres. Lorsque nous négli­geons ces droits, nous vio­lons la loi et condam­nons nos méthodes ».

La main-d’œuvre des plan­ta­tions, des usines et des mines était un pro­lé­ta­riat com­po­site avec, sou­vent, un pied dans la rizière et l’autre dans l’en­tre­prise colo­niale. Il était sou­mis à un régime de tra­vail sévère : rete­nues sur salaire et châ­ti­ments cor­po­rels étaient rela­ti­ve­ment fré­quents. Si l’op­pres­sion patro­nale ou de l’en­ca­dre­ment immé­diat ne dif­fé­rait pas de celle d’autres pays, en Indo­chine elle fut iden­ti­fiée à l’op­pres­sion étrangère.

La grande dépres­sion éco­no­mique attei­gnit l’In­do­chine pro­gres­si­ve­ment, s’y ins­tal­la en 1930 et s’en reti­ra à par­tir de 1934. Elle illus­tra sur­tout la crise du régime capi­ta­liste tout en contri­buant à démon­trer la toute-puis­sance de la BIC à laquelle le gou­ver­ne­ment confia l’as­sai­nis­se­ment de l’é­co­no­mie et qui fut le prin­ci­pal béné­fi­ciaire des faillites, des expro­pria­tions et de la concen­tra­tion des entreprises.

La Seconde Guerre mon­diale fut plus déter­mi­nante, et c’est pen­dant cette période que la domi­na­tion fran­çaise s’a­che­mi­na vers sa fin en même temps que s’a­che­vait l’im­pe­rium occi­den­tal sur l’A­sie. La France bat­tue et occu­pée par les Alle­mands de 1940 à 1945, le gou­ver­ne­ment de l’In­do­chine dut pra­ti­quer une col­la­bo­ra­tion d’É­tat avec les Japo­nais. En fai­sant la guerre aux Fran­çais de 1940 à 1941, les Thaï­lan­dais s’emparèrent de 65 000 km2 de ter­ri­toire au Cam­bodge et au Laos, démon­trant ain­si l’im­puis­sance du Pro­tec­to­rat français.

Quel bilan ?

L’his­toire de l’In­do­chine fran­çaise fut celle d’une moder­ni­sa­tion à l’eu­ro­péenne impo­sée aux peuples indo­chi­nois, les Fran­çais ne sur­ent ou ne vou­lurent pas prendre la mesure des chan­ge­ments qu’ils avaient eux-mêmes intro­duits ni en tirer des consé­quences évo­lu­tives. Ain­si, faute d’a­voir diri­gé l’é­vo­lu­tion ou de l’a­voir devan­cée, ils furent entraî­nés et écra­sés par elle.

En conqué­rant et en domi­nant l’In­do­chine, les Fran­çais avaient la convic­tion d’y appor­ter une façon neuve d’or­ga­ni­ser le monde et les socié­tés. Les sciences expé­ri­men­tales et les mesures mathé­ma­tiques assu­re­raient la maî­trise de la nature. Le pro­grès maté­riel et moral en résul­te­rait pour l’hu­ma­ni­té tout entière. Mais ces géné­reuses inten­tions ont été mises en pra­tique dans le cadre de la domi­na­tion colo­niale, res­sen­tie avant toute chose comme une oppres­sion, tant il est vrai que la poli­tique est tou­jours pre­mière et englobe toutes nos activités.

Ceci n’ôte en rien la valeur intrin­sèque à la moder­ni­sa­tion. Les colo­ni­sés eux-mêmes ont su en sai­sir l’es­sen­tiel en repre­nant à leur compte les idées et méthodes scien­ti­fiques ain­si que les valeurs huma­nistes sou­vent proches ou sem­blables à celles des cultures orien­tales. C’est pour­quoi il faut, dans un bilan, dis­tin­guer les réa­li­sa­tions maté­rielles (sou­vent rui­nées après des années de guerre) et les influences pro­fondes et durables, celles qui changent le rap­port des hommes à la nature et aux autres hommes.

Ain­si, le pont Dou­mer a tenu bon jus­qu’à main­te­nant mais nous devons nous résoudre à ce qu’il dis­pa­raisse un jour (à moins que les Viet­na­miens ne décident de le trans­for­mer en éco­mu­sée du patri­moine natio­nal…) tan­dis que la science des ingé­nieurs conti­nue­ra d’être trans­mise et améliorée.

Les idées que Paul Ber­nard défen­dit en matière de déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social trouvent leur che­min dans le Viêt-nam d’au­jourd’­hui. La science médi­cale fran­çaise a été pra­ti­quée et ensei­gnée dans les maquis de la résis­tance viet­na­mienne sans que les méde­cins aient eu à leur dis­po­si­tion l’é­qui­pe­ment hos­pi­ta­lier avec lequel ils avaient été for­més. C’est l’in­fluence intel­lec­tuelle de longue durée qui a per­mis aux Viet­na­miens de déjouer l’in­ten­tion du géné­ral amé­ri­cain Cur­tis Le May de « rame­ner les Viet­na­miens à l’âge de la pierre ».

Auteur de nom­breux tra­vaux sur l’In­do­chine, Pierre BROCHEUX a publié récemment :

  • The Mekong Del­ta : Eco­lo­gy, Eco­no­my, and Revo­lu­tion, 1860–1960, Uni­ver­si­ty of Wis­con­sin-Madi­son, Cen­ter for Sou­theast Asian Stu­dies, Mono­graph Num­ber 12, USA, 1995 ;
  • et avec D. Héme­ry  Indo­chine, la colo­ni­sa­tion ambi­guë 1858–1954, La Décou­verte, Paris, 1995.
  • Il a ache­vé Une his­toire éco­no­mique du Viet­nam moderne, 1850–1996.

2 Commentaires

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Louisrépondre
16 août 2013 à 19 h 01 min

Ce bref article est un
Ce bref article est un hyper-conden­sé du remar­quable livre de Pierre Bro­cheux et Daniel Heme­ry, “Indo­chine, la colo­ni­sa­tion ambi­guë 1858–1954 » (La Décou­verte, Paris, 1995, ré-édi­té ensuite, y com­pris aux Etats Unis).

Il expose très bien, et avec toutes les nuances néces­saires, les struc­tures poli­tiques et éco­no­miques de la colo­ni­sa­tion fran­çaise de l’Indochine, les réa­li­sa­tions et les lacunes poli­tiques, éco­no­miques et sociales, et l’incapacité de la majo­ri­té des élites fran­çaises (poli­tiques, mili­taires, éco­no­miques) à com­prendre qu’une reprise pro­gres­sive de leurs indé­pen­dances par les pays indo­chi­nois était néces­saire dès les années 1930, alors qu’en 1936, les Etats Unis avaient annon­cé leur déci­sion de lais­ser un pays proche, les Phi­lip­pines, reprendre son inde­pen­dance, et que les pre­miers mili­tants indé­pen­dan­tistes indo­chi­nois, dont Ho Chi Minh, étaient encore ouverts à une coopé­ra­tion avec la France et n’étaient pas encore alliés a la Chine et l’URSS com­mu­nistes et pris dans l’étau de la « guerre froide » comme ils le furent ensuite.

Gui­do Cagnanrépondre
9 mai 2016 à 7 h 58 min

Pierre Bro­cheux je l’ai connu
Pierre Bro­cheux je l’ai connu en lisant ses oeuvres et j’ai tou­jours appre­cié en lui la mesure sur en sujet qui fait cou­ler beau­coup d’encre, sou­vent fac­tieux. À lui tous mes remer­cie­ments parce-que chaque fois il m’aide a connaitre quelque chose de plus.
Gui­do Cagnan, Milan, 9 may 2016 

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