Portrait de Gilles DOWEK (85) par Michel Simon

La passion de l’enseignement

Dossier : TrajectoiresMagazine N°711
Par Pierre LASZLO

Le portrait d'un enseignant-chercheur passionné par les deux aspects de la fonction, enseignant voulant développer les points forts des élèves en demandant une participation active aux cours, chercheur équilibriste partagé entre les quatre concepts qui structurent l'informatique. Cela ne l’empêche pas d'être également musicien et philosophe.

 

Cet enseignant-chercheur brille, outre la vivacité de son intelligence et l’étendue de son registre, englobant mathématiques, logique et informatique, par la générosité de sa bienveillance.

C’est, de plus, un homme de convictions. Sa famille, originaire d’Alexandrie, eut des gènes scientifiques en partage puisque sa sœur Danielle, agrégée de physique, enseigne, elle aussi, à l’université d’Orsay.

“ Substituer une position active à la passivité dans l’apprentissage ”

Elle travaille, entre autres, sur la photo-ionisation de petites molécules. Son frère Denis, dentiste, enseigna à la faculté dentaire.

Après des études secondaires à Antony, Gilles Dowek fit sa prépa au lycée Louis-le-Grand. Après l’École, il choisit une formation par la recherche et soutint en 1991 une thèse de doctorat à l’université Paris-VII sur « Démonstration automatique et calcul des constructions ».

Il enseigna à l’École, dans le département d’informatique, de 2002 à 2010 (l’École aurait gagné à se l’attacher plus durablement, soit dit en passant). Il est actuellement chercheur à l’INRIA.

Une grande université

Davantage que du goût pour l’enseignement, c’est pour lui une véritable passion, qu’il nourrit d’un grand bonheur d’expression, écrite ou orale. Sa parole, bien que rapide, peine à suivre sa pensée.

Ses auditeurs le prient parfois de répéter ce qu’il a dit, afin d’en comprendre tant la vigueur que les subtilités. Il s’investit dans le projet d’une grande université du plateau de Saclay.

Il épouse les conceptions pédagogiques de Martin Andler : démocratiser le recrutement des élèves ; face à des jeunes complexés, convaincus qu’ils vont vers un échec, leur indiquer un objectif radicalement opposé, d’excellence ; substituer une position active à la passivité dans l’apprentissage, et donc détecter puis développer les points forts de chaque élève.

Un équilibriste


Dessin : Laurent Simon

Gilles Dowek est un équilibriste : l’informatique, à l’en croire, est structurée par quatre concepts : algorithme, machine, langage et information. Pour l’inculquer au lycée, comme cela commence à se faire – il y faut des informaticiens, les professeurs de mathématiques en prépas en revendiquent le monopole –, il faut veiller au bon équilibre de ces quatre notions.

Pour bien l’enseigner, se maintenir au barycentre du tétraèdre. De plus, se posent des problèmes éthiques, sur lesquels Gilles Dowek a des principes fermes.

Grand prix de philosophie

Gilles Dowek a d’ores et déjà publié une dizaine d’ouvrages, seul ou en collaboration. Les Métamorphoses du calcul. Une étonnante histoire de mathématiques (2007), publié aussi en traduction anglaise par Cambridge University Press, fut couronné du Grand Prix de philosophie de l’Académie française.

L’auteur y réhabilite le calcul, que les raisonnements déductifs éclipsent souvent, à tort.

En quête d'harmonie

Pour son plaisir, pour son désespoir parfois, Gilles Dowek joue du basson, qu’il commença à près de 40 ans. Dans un orchestre, cet instrument est polyvalent : accompagnement des cordes, des autres instruments à vent et solos – Vivaldi écrivit pour lui trente-neuf splendides concertos.

Plus récemment, les compositeurs russes y eurent grand recours.

Le barycentre du tétraèdre

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POUR EN SAVOIR PLUS

Gilles Dowek, Jean-Pierre Archambault, Emmanuel Baccelli, Claudio Cimelli, Albert Cohen, Christine Eisenbeis, Thierry Viéville et Benjamin Wack,
Informatique et sciences du numérique, Spécialité ISN en terminale S, Avec des exercices corrigés et des idées de projets,
préface de Gérard Berry (67), professeur au Collège de France, Paris, Eyrolles, 2012.

Dans sa famille d’instruments, le basson est celui où perdurent les plus vieilles méthodes de doigté – c’est l’une de ses difficultés.

Une autre est de produire un son d’une grande clarté. Quant au timbre, sa qualité récompense un travail assidu, de plusieurs heures hebdomadaires. Pour bien jouer du basson, il importe de se maintenir au barycentre d’un autre tétraèdre, dont les sommets se nomment flexion des lèvres, timbre émis, doigté, réchauffement préalable.

Je vous le disais, Gilles Dowek est un équilibriste, constamment en quête d’harmonie, au sens fort – et ça l’enchante.

 

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