Crus bourgeois de Saint-Estèphe

Dossier : Arts, Lettres et SciencesMagazine N°579Rédacteur : Laurens DELPECH

Appelation communale la plus septentrionale du Médoc, Saint-Estèphe compte assez peu de crus classés en 1855 (peut-être à cause du relatif éloignement de Bordeaux). En revanche, les crus bourgeois y sont fort nombreux : ils représentent 50% de l’appellation contre 20 % aux crus classés.

Le terroir de l’appellation est assez varié. À côté des traditionnels sols de graves, on trouve de l’argile qui convient bien au merlot. Un cépage, qui donne des vins fruités et généreux. Les vins de Saint-Estèphe ont une réputation de force et de puissance, ce sont des vins denses et séveux, à la structure tannique affirmée. Mais la présence du merlot et les progrès réalisés dans la culture de la vigne comme dans la vinification permettent aujourd’hui de commencer à boire la plupart de ces crus quelques années après la récolte.

À tout seigneur tout honneur, il faut commencer par le Château Phélan-Ségur. Avec ses 70 hectares de vignes et son château imposant, c’est un des plus beaux domaines du Médoc et un des plus beaux terroirs de Saint-Estèphe. Château Phélan-Ségur a été racheté en 1985 par Xavier Gardinier, qui le dirige aujourd’hui, avec son fils Thierry. Les Gardinier ont complètement rénové l’ensemble de la propriété et le vin de Phélan-Ségur est maintenant tout à fait au sommet de l’appellation. Il a la puissance des meilleurs saint-estèphe avec en même temps des arômes subtils et une trame soyeuse et raffinée.

Le Château de Pez le talonne, depuis qu’il a été racheté par Jean-Claude Rouzaud, du champagne Roederer. C’est un vin charnu et élégant avec une jolie trame tannique, beaucoup de gras, un fruit bien mûr et un boisé bien fondu dans une matière dense et riche.

On change de style avec le Château Haut-Marbuzet : Henri Duboscq veille à produire un vin riche en merlot, issu de vendanges très mûres et élevé dans 100 % de bois neuf. Un vin plaisir “ à la jupe fendue ”, délicieux à boire jeune et qui vieillit admirablement.

Plus classique, le Château de Marbuzet se situe plutôt dans le registre de l’élégance. La propriété appartient au second cru classé Château Cos d’Estournel, la structure du vin est plus légère que celle de son aîné, mais l’air de famille est incontestable. Un vin savoureux et fin.

Le Château Lilian-Ladouys a eu son heure de gloire au début des années quatre-vingt-dix, quand son prix a flambé. Il est revenu maintenant à des niveaux plus raisonnables. Une des caractéristiques de ce château est de posséder des parcelles dans tous les différents terroirs de Saint-Estèphe. Il en résulte un vin complexe, charnu et structuré, taillé pour la garde.

Il n’y a plus d’ormes au Château Les Ormes de Pez, mais le château est toujours là et produit, sous la direction de Jean-Michel Cazes (le propriétaire de Château Lynch- Bages) un vin dense et tannique, au fruité bien mûr, où prédomine le cabernet sauvignon.

Le Château Meyney, enfin, a toujours été une des grandes valeurs sûres de l’appellation. Il possède un des vignobles les plus proches de la Gironde, ce qui est un signe de qualité dans le Médoc et permet d’échapper au gel : Meyney a été un des rares châteaux (avec Château Latour…) à ne pas geler en 1991. C’est un saint-estèphe de garde, majoritairement composé de cabernet sauvignon, avec une très belle puissance aromatique qui s’exprime magnifiquement après quelques années de vieillissement.

On ne saurait conclure cette évocation des meilleurs crus bourgeois de Saint-Estèphe sans citer le Château Capbern-Gasqueton, enclavé au milieu des vignes de Calon-Ségur, un des plus grands crus classés de Saint- Estèphe, également propriété de la famille Capbern- Gasqueton. Élevés un an en barriques de chêne de trois ans provenant de Calon-Ségur, les vins de Capbern- Gasqueton ont beaucoup de finesse et de légèreté. Ils se gardent bien mais peuvent être bus assez vite, quatre ou cinq ans après la vendange.

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