Chine et environnement (2/2)

Dossier : Chine et environnementMagazine N°744
Par Pierre AVENAS (65)

Le dernier ÉtymologiX portait sur le nom de la Chine, celui-ci en vient au mot environnement, qui se construit comme des tables gigognes : environnement inclut environ, et environ inclut l’ancien français viron, lui-même de la famille de virer, un avatar du verbe vibrer, un peu inattendu ici.

Vibrer, virer… (en)viron

Tout en amont, partons en effet du verbe latin vibrare, transitif ou intransitif selon les cas : transitif dans le sens « agiter, secouer, lancer », et intransitif dans le sens « être en vibration, en tremblements », sens qui s’est conservé en français dans le verbe vibrer, qui n’est presque jamais transitif (quelques exceptions comme l’action de vibrer le béton). Parallèlement est apparu en bas latin le verbe *virare, où le [b] a disparu car la présence dans vibrare de deux consonnes labiales rapprochées, [v] et [b], a entraîné la disparition de la seconde. Ce verbe *virare se continue en français, virer, qui est surtout transitif dans le sens « faire tourner, déplacer, expulser » et parfois intransitif, si l’on vire de bord, ou si le temps vire à l’orage.

C’est en tout cas de *virare que vient, en ancien français, viron, désignant un rond, un cercle, le tour de quelque chose, d’où aussi le pays d’alentour. Et finalement, l’ancien français viron a disparu au profit d’une forme préfixée, environ, souvent au pluriel : les environs. Notons incidemment l’existence d’une autre forme préfixée, aviron, qui désigne une rame animée d’un mouvement tournant.

Mais revenons à environ, d’où vient naturellement le verbe environner, moins employé d’ailleurs que son dérivé, l’adjectif environnant.

Environ, environner… environnement

Les noms en -ment dérivent souvent d’un verbe, et désignent alors l’action correspondant à ce verbe, ou le résultat de cette action : par exemple développement dérive ainsi du verbe développer. Moins souvent, ces noms en -ment dérivent d’un autre nom, et désignent alors une extension de la réalité exprimée par ce dernier nom : par exemple le terme filament est un élargissement du mot fil (déjà en latin, filamentum dérivé de filum avec le suffixe –mentum).

Le mot environnement pourrait certes se comprendre comme l’action d’environner, mais en général, et en tout cas ici, il se comprend comme l’extension de l’environ : l’ensemble des éléments environnants, du niveau le plus local jusqu’au plus large, le niveau global au sens anglais, celui de la Terre, y compris sa couche d’ozone, son climat ou sa biodiversité.

Environnement ou milieu ?

Certains philosophes des sciences font remarquer que le mot environnement désigne une réalité extérieure à l’objet environné. À cause de cela, ils préfèrent employer le terme milieu, considérant que l’être humain, par exemple, n’est pas seulement environné par le milieu dans lequel il vit, mais qu’il en fait partie (milieu biologique, naturel, social…). En effet, le milieu (de mi-lieu), c’est au premier sens le centre d’un lieu, puis par extension à partir du XVIIe siècle, c’est aussi ce centre et tout son environnement. Et donc l’être humain est plus intégré (encore plus responsable peut-être ?) dans son milieu que dans son environnement…

Épilogue chinois

Qu’en est-il dans la langue de l’empire du Milieu ? L’environnement se dit en chinois 环境, prononcé huánjìng, formé des idéogrammes 环 « boucle » et 境 « frontière ». Ce mot correspond bien au concept des environs, et pas à celui de milieu, qui, il est vrai, est déjà pris en compte dans le nom du pays !

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