Magazine N°574 Avril 2002 - Mécanique
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L'histoire des industries mécaniques

“ L’histoire des industries mécaniques ! ”
Sous ce titre, on peut en fait aborder deux sujets assez différents, même s’ils ne sont pas indépendants :
  • d’une part l’histoire proprement dite des industries mécaniques, c’est-à-dire l’histoire des techniques, des entreprises, des hommes qui ont fait ces entreprises,
  • d’autre part l’histoire et les industries mécaniques, car celles-ci ont contribué de façon significative à écrire l’Histoire de ces deux derniers siècles.

Il est bien évident que le cadre de cet article ne peut permettre de traiter ces deux sujets, aussi vaste l’un que l’autre.
Aussi nous contenterons-nous d’apporter sur chacun d’eux quelques éléments d’information et de réflexion, espérant ainsi provoquer la curiosité du lecteur, à charge pour lui de poursuivre dans les quelques directions qui sont suggérées ici, ou d’autres.

Les industries mécaniques et l'Histoire

Pour illustrer cette interaction profonde entre l'histoire en général et celle des industries mécaniques, nous prendrons l'exemple des usines du Creusot qui, au cours de leurs deux siècles d'histoire, ont pris quelques grandes options qui ont été dictées par une perception anticipée des grandes évolutions (influence de l'histoire sur l'industrie) et qui à leur tour ont permis aux gouvernants de faire certains choix économiques ou politiques (influence de l'industrie sur l'histoire). Cette situation n'est bien sûr pas spécifique du Creusot, mais celui-ci en constitue une illustration particulièrement éclatante.

Au cours de ses deux siècles d'histoire industrielle, Le Creusot s'est particulièrement consacré à trois grands secteurs d'activité : les arts militaires, les chemins de fer et l'énergie.

La fonderie royale, créée en 1782, a eu pour première vocation la création de " hauts fourneaux et autres usines à la manière anglaise " pour le service de la marine. Les guerres de la Révolution et de l'Empire en ont fait un établissement de défense nationale jusqu'en 1815. C'est d'ailleurs le Comité de Salut public qui réquisitionne, en 1794, Le Creusot au service de la " Patrie en danger ".

De 1815 à 1870, l'artillerie disparaît pratiquement des fabrications, et c'est à partir de 1837, un an après le rachat des usines par les frères Schneider, que commence l'aventure des chemins de fer, à une époque où les Anglais sont les maîtres encore incontestés du marché européen. Dès 1838, la première locomotive à vapeur française sort des ateliers du Creusot. Deux ans plus tard, c'est la première livraison à l'exportation, et en 1865, les responsables politiques de France et d'Angleterre apprennent avec stupéfaction qu'une compagnie anglaise vient de passer commande au Creusot de quinze locomotives.

En 1870, à l'ouverture des hostilités, c'est de nouveau au Creusot que la France fait appel : l'usine va livrer, en cinq mois, deux cent cinquante bouches à feu.

Les travaux de recherche et d'équipement menés de façon continue à partir de cette date permettent au Creusot de fabriquer toutes les variétés de matériel (depuis le canon de campagne de 100 kg jusqu'aux canons de bord et de côte des plus gros calibres) et de faire jeu égal à l'exportation avec Krupp en Allemagne et Armstrong en Angleterre.

En 1914, le gouvernement français demande au Creusot d'assurer la coordination de l'ensemble des industries d'armement.

Sans ralentir cet effort, Le Creusot se préoccupe de préparer le retour à des productions à vocation civile.

Ce sera bien sûr la poursuite des activités ferroviaires (l'usine " sortira " 28 locomotives en septembre et en octobre 1921, 31 en mars 1922...) mais aussi le développement de fabrications dans le domaine de l'énergie : turbines à vapeur, turbines hydrauliques et tous appareils de mécanique générale pour la production d'énergie électrique. L'activité dans ce domaine se poursuivra après la Seconde Guerre mondiale avec, dès 1957, l'entrée dans l'industrie nucléaire, et la création, en 1958, de Framatome.

Ce raccourci, qui ferait sans doute " bondir " un historien de métier, montre bien comment l'industrie, et singulièrement l'industrie mécanique, tout en sachant tirer parti des situations économiques et internationales, a su aussi donner aux gouvernements les moyens de leur politique, notamment en contribuant de façon plus qu'importante à l'indépendance nationale. Puisse-t-elle continuer à jouer ce rôle au niveau qui est le seul pertinent aujourd'hui, le niveau européen !

L'histoire des industries mécaniques

Ce n'est que relativement récemment que l'on a accordé à l'histoire et au patrimoine industriels l'intérêt qu'ils méritent. La prise de conscience de l'importance qu'a eue, et qu'a encore aujourd'hui, l'industrie (et tout particulièrement l'industrie mécanique puisqu'elle est une composante plus ou moins importante mais toujours présente de toutes les autres) dans le développement de nos sociétés fait que l'on se préoccupe enfin de garder et de mettre en valeur les traces de notre passé industriel, comme on le fait de façon non discutée, et depuis beaucoup plus longtemps, pour ce qui touche par exemple à l'art ou à la littérature.

On peut seulement regretter (tout en appréciant à sa juste valeur la richesse de certaines collections comme celles du Conservatoire national des arts et métiers) que cette prise de conscience tardive ait entraîné la disparition de chefs-d'œuvre de l'imagination et du savoir-faire humain qui n'avaient comme défaut que d'être " utilitaires ".

L'histoire des industries mécaniques, c'est bien sûr l'histoire des techniques et des technologies, mais c'est aussi l'histoire administrative, sociale, financière des entreprises de mécanique, l'histoire de leurs créateurs, l'étude des raisons de leur naissance dans telle région plutôt que telle autre, etc., tous aspects qui s'inscrivent de façon très étroite dans l'histoire de notre civilisation.

Il y a un autre intérêt à la conservation de l'histoire des entreprises, pour les entreprises elles-mêmes. En effet, à une époque où les structures industrielles sont en perpétuelle mutation, où le périmètre des groupes évolue sans cesse, la connaissance par les salariés de l'histoire de leur entreprise est un facteur essentiel de la constitution du nécessaire sentiment d'appartenance.

Plusieurs ouvrages consacrés à l'histoire de grandes entreprises (Alsthom, Framatome, Jeumont, Schneider, Sulzer...) ont d'ailleurs été publiés ces dernières années.

Ces initiatives ponctuelles ne peuvent cependant pas remplacer une gestion organisée et professionnelle des archives sous toutes leurs formes, documents écrits bien sûr, mais aussi photos, plans, maquettes, outils, etc. C'est la vocation que s'est donnée l'Académie François Bourdon.

L'Académie François Bourdon

Qui était François Bourdon ?

Né à Seurre en 1797, il réorganise Le Creusot de Manby et Wilson1 de 1827 à 1833 avant de faire un séjour aux États-Unis.

Appelé par les frères Schneider dès leur arrivée au Creusot, il est à l'origine de nombreuses inventions, et notamment celle du marteau-pilon à vapeur de 100 tonnes dont la réputation fera le tour du monde (mais attention, le manomètre métallique, ce n'est pas lui !).

Des tensions apparues avec la famille Schneider provoqueront son départ en 1852. Il terminera sa carrière à Marseille, où il décédera en 1865.

Qu'est-ce que l'Académie François Bourdon (AFB) ?

Au moment de la liquidation de Creusot-Loire en décembre 1984, un certain nombre de cadres du Creusot se sont mobilisés autour d'une idée : sauver le patrimoine archivistique du groupe et faire connaître l'entreprise sous tous ses aspects. De là l'idée de la création de l'Académie François Bourdon (Journal Officiel du 25 juin 1985). Durant trois années, les membres de l'association (tous bénévoles) dressent un premier inventaire des archives conservées par le groupe. Ce travail met clairement en lumière le caractère historique des archives de Creusot-Loire.

L'AFB obtient alors de leurs propriétaires le dépôt de ces archives, la promesse d'une aide technique de la part du Conseil général de Saône-et-Loire, et, un peu plus tard, la reconnaissance comme association d'intérêt général.

Au-delà, mais de façon très cohérente avec le souhait initial de ses fondateurs, l'Académie a développé ses activités, conformément à ses statuts qui lui font notamment vocation de :

  • rechercher, rassembler, conserver tous documents, objets, maquettes, souvenirs de toute nature ayant un rapport avec l'histoire de l'industrie française,
  • valoriser ces documents, notamment par le classement, l'étude, la recherche, les expositions.

 
C'est ainsi qu'au cours des deux dernières années l'Académie s'est notamment vu confier en dépôt les archives historiques du siège de Schneider (qui avaient d'abord trouvé refuge aux Archives de France) et les archives de l'UIMM (Union des industries métallurgiques et minières).

Espérons que d'autres entreprises mécaniciennes, grandes ou petites, trouveront le chemin de l'Académie2 et apporteront ainsi leur contribution au travail de mémoire ainsi engagé. 

__________________________________________
1 - La société anglaise Manby et Wilson a pris le contrôle du Creusot en 1826.
2 - Académie François Bourdon, Cour du Manège, Château de la Verrerie, B.P. 31, 71201 Le Creusot Cedex. Internet : www.afbourdon.com
 

Philippe RAULIN a été pendant dix ans, de 1983 à 1993, responsable de plusieurs unités de mécanique des groupes Creusot-Loire et Framatome, et notamment directeur des usines de mécanique du Creusot de 1984 à 1987.

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