Xavier Debonneuil (68), 1948-2002

Dossier : ExpressionsMagazine N°587
Par Jacques BONGRAND (68)

Le 26 décembre 2002, Xavier Debonneuil, X 68, économiste renommé et directeur adjoint de la Société Générale, se tuait avec sa fille Anne dans un accident de la route. Je remercie La Jaune et la Rouge de me permettre d’évoquer ici la carrière et la vie, à la fois brillantes et simples, de celui qui fut pour moi un camarade et un ami d’une qualité rare. Sa réussite professionnelle et humaine mérite d’inspirer nos pensées et de rester dans nos mémoires.

À la sortie de l’École, Xavier Debonneuil a choisi l’INSEE. Il faut rappeler qu’à l’époque, encore toute imprégnée des idées de Mai 1968, la voie de l’économie apparaissait à beaucoup un moyen privilégié pour s’intéresser à l’homme et construire un monde plus juste.

C’est alors qu’il était élève à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique que Xavier épousa Michèle qui suivait les mêmes études. Leur première affectation fut à Reims où il prit la tête du Service des études de la région Champagne-Ardennes de l’INSEE. Malgré son classement, il avait opté pour ce poste en province, alors peu demandé, afin de rendre possible une répartition à l’amiable pour sa promotion.

Cette première expérience sur le terrain lui a apporté une compréhension concrète des mécanismes économiques qui j’en suis certain – et la suite ne contredit pas cette impression – donnait à sa réflexion une richesse et une solidité qu’il n’aurait pu acquérir dans un bureau d’administration centrale.

Cinq ans plus tard, en 1979, Xavier Debonneuil revient à Paris pour se consacrer à la recherche macroéconomique, plus précisément à la mise au point et à l’exploitation du modèle DMS (dynamique multisectoriel). Il s’agissait de mettre à la disposition du gouvernement un outil de prévision destiné à le guider dans l’élaboration de sa politique économique. L’innovation principale qu’apportait DMS par rapport aux modèles antérieurs était une prise en compte des investissements physiques, au-delà des masses financières globales.

En 1981, l’administrateur de l’INSEE décide de donner à sa carrière une orientation plus opérationnelle. Il rejoint alors la Banque de France pour y développer l’activité d’analyse scientifique en tant que directeur du service des études économiques et conseiller du gouverneur.

Il aborde en 1985 le monde de l’entreprise au département des changes et marchés monétaires de la Société Générale, dont il devient directeur général adjoint en 1999. Dans ce domaine nouveau pour lui, il prouve sa compétence et son ingéniosité en développant des instruments financiers qui connaissent un grand succès, permettant à sa société d’atteindre un niveau d’excellence mondiale. Il se montre aussi un chef soucieux de traiter justement ses collaborateurs et de leur marquer sa considération y compris quand l’intérêt général impose des mesures rigoureuses. Je me souviens encore de confidences qu’il m’a faites sur ce sujet, il y a quelques années, et qui témoignaient de ses scrupules.

Parallèlement à cette remarquable carrière, sa vie personnelle présente au moins deux traits qui méritent d’être soulignés. Le premier est sa simplicité. Jeune étudiant, il était naturellement sensible à l’idéal chrétien comme à la générosité d’idées sociales en vogue. Il a su exprimer ses convictions par des actes simples, par sa manière d’être, plutôt que par un militantisme exubérant.

Par la suite, il a conservé cette modestie et cette droiture alors même que ses qualités et son travail l’élevaient à une situation dont il n’avait sans doute pas rêvé. Le deuxième trait est la part qu’il a toujours consacrée à sa famille, en particulier son épouse et ses enfants Christophe et Anne dont les qualités d’ouverture et la réussite scolaire manifestent la valeur de l’éducation reçue.

Comme ami, j’ai parfois regretté la difficulté qu’il y avait à arracher sa présence pour une soirée. Mais je crois qu’il avait raison, quand les contraintes professionnelles lui imposaient comme à beaucoup d’entre nous une gestion particulièrement rigoureuse de son temps, de donner une haute priorité à ses devoirs familiaux les plus proches.

En conclusion, Xavier Debonneuil fait honneur à notre communauté polytechnicienne – et en particulier à la promotion 1968 – parce qu’il a été l’homme d’une triple fidélité, à la science d’abord, en contribuant au développement des théories économiques et au succès de leurs applications pratiques, à ses proches ensuite, qu’il n’a jamais sacrifiés aux exigences de son métier, à lui-même enfin, en gardant tout au long de sa vie l’esprit de sa jeunesse.

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