NEOPAR reprend des entreprises en difficulté aux côtés des managers historiques !

Dossier : Vie des entreprisesMagazine N°770 Décembre 2021
Par François-Denis POITRINAL

Spécialiste de la reprise d’entreprises en difficulté, NEOPAR a fait le choix atypique d’investir aux côtés des managers historiques de ces mêmes entreprises pour leur permettre de renouer avec la croissance et la création de valeur. François-Denis Poitrinal, fondateur de NEOPAR, nous explique les raisons de ce positionnement et nous livre sa vision du métier d’investisseur en retournement.    

 

NEOPAR reprend des entreprises en difficulté aux côtés des managers historiques. Qu’est-ce que ce positionnement implique ?

Ce positionnement original nous distingue sur le marché. Généralement, les sociétés ou les fonds d’investissement qui opèrent dans ce secteur détachent des dirigeants de crise ou des experts spécialisés dans la gestion de ce type de situation.

Chez NEOPAR, nous préférons collaborer avec le management historique, qui connaît l’ADN et le métier de l’entreprise.

En effet, le management de ces entreprises est conscient des difficultés et est prêt à tirer les leçons du passé pour réinvestir et s’impliquer à nos côtés.

D’ailleurs, c’est un critère décisif, car nous ne nous intéressons qu’à des dossiers dans lequel le management est susceptible, prêt et volontaire pour travailler avec nous.

Ce positionnement implique également un diagnostic partagé de la situation et la lucidité du management historique sur l’état de l’entreprise, mais aussi un consensus autour de la stratégie de retournement et de la mise de fonds, qui est généralement comprise entre 1 et 5 millions. Enfin, il demande aussi une confiance mutuelle et un engagement de toutes les parties prenantes, y compris les équipes sur le terrain.

Pourquoi l’implication du management historique est-elle essentielle ?

Sur un plan opérationnel, il nous a toujours semblé plus pertinent d’échanger avec une équipe qui était à bord du navire lors de la tempête. Toutefois, il est aussi important que ces personnes ne soient pas en situation d’échec personnel ou dans le déni pour pouvoir s’engager et contribuer efficacement à la renaissance de l’entreprise.

Enfin, d’un point de vue éthique, il s’agit de pouvoir donner une seconde chance aux managers historiques de l’entreprise. La reprise d’une entreprise constitue à la fois une rupture sur tout ce qui pèse et entrave, et une continuation par la poursuite de l’activité et de l’aventure entrepreneuriale.

Dans quelles entreprises NEOPAR investit-elle ? Sur quels dossiers êtes-vous intervenus ?

NEOPAR est une entreprise à taille humaine qui s’engage véritablement aux côtés du management. À partir de là, nous ne réalisons qu’une à deux opérations chaque année. Nous nous intéressons à des entreprises dont nous appréhendons clairement les causes des difficultés et qui opèrent sur des marchés porteurs, que nous comprenons et qui nous plaisent. Au surplus, nous sommes vigilants à ce qu’au-delà des aspects financiers, l’activité et l’entreprise démontrent un impact environnemental, social ou sociétal positif et tangible. Il s’agit généralement de PME/ETI qui réalisent un chiffre d’affaires compris entre 10 et 250 millions d’euros.

Nous avons repris en 2014 le groupe PARISOT pour lequel nous avons reçu le prix Ulysse de l’Association pour le Retournement des Entreprises en 2018. En 2017, nous avons aussi repris la société d’ingénierie routière Vectra que nous avons développée, d’abord au moyen d’une augmentation du capital, puis par l’acquisition d’autres entreprises (build-up). Aujourd’hui, l’entreprise, renommée NextRoad, réalise un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros et a de très belles perspectives de développement. En 2018, nous avons repris l’Étude Généalogique Guénifey, dont le cœur de métier est la recherche d’héritier. La société est aujourd’hui le 3e acteur de ce secteur en France.

Mais au-delà des opérations de reprise, nous assumons pour l’ensemble de nos participations une gouvernance active aux côtés des managers en place afin de contrôler et d’assurer le suivi de bon retournement.

Au-delà, votre activité d’investisseur en retournement contribue à la redynamisation du tissu industriel national…

À travers notre investissement et notre engagement, nous donnons à des entreprises les moyens de rebondir et cela plus particulièrement en cette période difficile.

Nous prenons en compte la dimension financière et humaine de l’entreprise pour permettre à son management et à ses équipes de franchir un cap. Il s’agit aussi de renouer avec la croissance, la création de valeur et le développement et de sortir de la spirale des pertes et des situations de trésorerie ingérables. C’est notamment ce que nous continuons de faire avec la société NextRoad que j’ai précédemment mentionnée. Nous poursuivons son développement via l’acquisition d’entreprises, qui ne sont pas forcément en difficulté.

Dans le contexte actuel, à mon sens, il est important de promouvoir cette activité d’investissement en retournement afin d’en faire un outil vertueux et efficace au service de la reprise économique et de la création de valeur de manière générale. Cela demande des efforts communs en termes de transparence et d’éthique pour que l’utilité de ce métier sur le plan économique et social soit reconnue.

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

Les dispositifs gouvernementaux déployés massivement dès le début de la crise sanitaire ont placé l’économie et les entreprises sous perfusion. Cette situation explique la baisse significative du nombre d’ouvertures de procédures en 2020 et en 2021.

Aujourd’hui, les fondamentaux sont plutôt bons. Sur la plupart des marchés, nous assistons même à une reprise assez significative de l’activité. Toutefois, toutes les entreprises ne traverseront pas la crise. En effet, les dispositifs de soutien déployés par le gouvernement ont vocation à prendre fin et nous nous dirigeons vers une année 2022 et 2023 qui seront plus difficiles. Pour un acteur comme NEOPAR, cela laisse aussi présager des opportunités intéressantes de reprise.

L’actualité a aussi été marquée par l’entrée en vigueur de la directive européenne « Restructuration et Insolvabilité ».  Concrètement, cette directive apporte une évolution, mais ne remet pas en cause les fondamentaux et le fonctionnement du secteur du redressement et du retournement d’entreprise en France. Elle vient améliorer les procédures en rendant les étapes traversées par une entreprise en difficulté plus lisibles et fluides. À mon sens, cette directive est une bonne chose et elle répond notamment aux vœux de l’Association pour le Retournement des Entreprises, de l’Association des Investisseurs en Retournement et de l’ensemble des professionnels mobilisés en faveur de l’évolution de la règlementation régissant les entreprises en difficulté.

Et pour conclure ?

Si la France dispose d’outils très efficaces pour prévenir les difficultés, je déplore que les dirigeants ne soient plus et mieux formés à la gestion des difficultés et des crises lors de leur cursus, notamment en école de commerce ou à l’université.

Une crise est une situation à laquelle tous les dirigeants et entrepreneurs devront faire face au cours de leur carrière. Il conviendrait de « normaliser l’exceptionnel » et que les dirigeants d’entreprise connaissent et utilisent plus facilement l’ensemble des dispositifs concernant les préventions des difficultés des entreprises dont nous disposons en France.

Je consacre, par ailleurs, un chapitre à ce sujet dans mon livre (Le Capital Investissement – Guide Juridique et Fiscal, 6e édition 2020 – Édition Revue Banque).

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