Carte du Guatemala

Microcrédit : des X s’engagent

Dossier : ExpressionsMagazine N°697 Septembre 2014
Par Cédric BOURDAIS (11)
Par Marie DOURIEZ (12)

Les débuts

X-MicroFinance (X-MF) a été fondé en 2006 sous le statut d’association de loi 1901 par des polytechniciens de la promotion 2005, dont l’un disposait d’un contact privilégié au Guatemala (voir La Jaune et la Rouge, n° 646, juin-juillet 2009, et n° 674, avril 2012).

“ Depuis 2006, l’association a connu une forte croissance ”

L’objectif de X-MF est double : d’une part, venir en aide aux populations défavorisées du Guatemala, et en particulier aux populations d’origine maya de la région du Quiché, en leur permettant de réaliser des projets professionnels destinés à améliorer leur niveau de vie grâce à l’octroi de microcrédits (voir encadré).

D’autre part, permettre à des étudiants de s’investir dans un projet qui associe action sociale, découverte du monde, richesse des contacts humains et mobilise des qualités aussi diverses que l’écoute des autres, la pratique d’une langue étrangère, l’organisation et la gestion des imprévus en terrain inconnu.

La première campagne au Guatemala a eu lieu en 2007. 4 500 euros avaient alors été prêtés à 64 bénéficiaires. L’association a connu, depuis, une forte croissance puisque, durant l’été 2013, nous avons prêté une somme de 74 000 euros à 462 bénéficiaires.

Cela fait de X-MF la plus grosse association étudiante française de microcrédit en termes de fonds propres. Le capital initial (3 000 euros) a été obtenu en 2006 en présentant le projet au concours Bearing Point qui récompensait les initiatives étudiantes.

Depuis, l’augmentation de nos fonds se fait grâce à des subventions d’associations de l’École (X-Forum, Kès, X-Passion), ainsi que de sponsors extérieurs tels que la Société générale, à qui nous offrons de se présenter aux élèves de l’École lors d’une conférence dédiée à l’entreprise.


Guatemala Ciudad, capitale. Tikal, principaux temples Mayas. Les trois zones d’action de X-MF.

LE GUATEMALA EN BREF

15 millions d’habitants. 100 000 km². 120e indice de développement humain de la planète. 3 200 dollars de PIB par habitant (110e place).
On y parle 22 dialectes mayas régionaux ainsi que l’espagnol.
  • Depuis 1996, le Guatemala tente de se reconstruire et de combler la fracture entre les Amérindiens et les Hispaniques.
  • 2013 : le dictateur Montt est jugé coupable de crime contre l’humanité avant d’être acquitté en appel.
  • 1960-1996 : guérilla civile.
  • 1982 : le général Efrain Rios Montt prend le pouvoir par coup d’État. Sur trois ans de règne : environ 200 000 personnes assassinées et 150 000 réfugiés au Mexique, principalement des Mayas.

Comment travaille-t-on ?

Là-bas

Au mois d’avril, tout juste après le stage de formation humaine (civil ou militaire), une vingtaine d’élèves de première année est recrutée et formée pour partir trois semaines l’été suivant.

LE MICROCRÉDIT ET X-MICROFINANCE

Le microcrédit a été développé dès 1976 au Bangladesh auprès de groupes de femmes par Mohamed Yunus qui fut récompensé par le prix Nobel de la paix en 2006.
Il consiste en l’attribution de prêts d’un faible montant (au Guatemala, nous prêtons entre 50 et 400 euros) à des personnes n’ayant pas accès aux prêts bancaires classiques et souhaitant monter un projet.
En 2011, il y avait plus de 150 millions de micro-emprunteurs à travers le monde. Si la moyenne des taux d’intérêt des instituts de microfinance dans le monde se situe autour de 35 %, X-MF pratique un taux de 10 % qui lui suffit pratiquement à recouvrir les sommes prêtées.
En 2013, les prêts accordés par X-MF concernent quatre secteurs principaux : élevage (45 % : achat, engraissage puis revente de poules, de porcs ou de vaches), artisanat (18 % : confection de tissus et vêtements traditionnels), commerce (20 % : tenue d’une petite épicerie dans le village) et agriculture (17 %).
Environ 80 % de nos bénéficiaires sont des femmes, leur mari exerçant généralement déjà une activité professionnelle.

C’est une période cruciale car les contraintes de coûts et de calendrier rendent le recrutement difficile. On s’y prend donc le plus tôt possible : par courriel avant l’arrivée sur le campus et grâce à un amphi de présentation de X-MF.

Des groupes de trois ou quatre personnes sont ensuite constitués avec chacun la responsabilité d’attribuer 10 000 euros de prêts. Pour nombre d’entre eux, ce sont les premiers budgets de cette taille à gérer. Les groupes doivent faire les bons choix parmi les projets présentés pour éviter les défauts de paiement.

Heureusement, pour les accompagner sur le terrain, l’association emploie trois personnes sur place, issues de la population locale, et reçoit l’aide de deux présidents d’associations oeuvrant pour le développement maya. Sans eux, rien ne serait possible. Ils parlent le quiché ou le mam (dialectes locaux), savent où nous conduire et connaissent personnellement les familles.

L’accueil est toujours très chaleureux. Nos bénéficiaires sont reconnaissants de notre investissement sur le long terme depuis six ans que nous allons à leur rencontre.

Mais, bien que la culture nord-américaine soit omniprésente (nourriture, télévision, etc.), on sent que l’on reste à leurs yeux une curiosité tant les voyageurs occidentaux sont rares dans l’arrière-pays : on entend parfois les enfants crier d’étonnement « gringos ! » (mot espagnol désignant un étranger, souvent anglophone) sur notre passage.

Et ici

Mais notre action ne s’arrête pas à la campagne d’été au Guatemala. En effet, tout au long de l’année la plupart des étudiants partis durant l’été continuent à s’investir dans l’association.

Notre action en France consiste tout d’abord en un suivi des remboursements de tous les prêts qui ont été accordés. Car tous les bénéficiaires ne remboursent pas la totalité des mensualités parfaitement : il y a des retards, voire des non-remboursements.

“ Il faut faire les bons choix parmi les projets présentés ”

Les employés locaux se révèlent alors encore une fois essentiels puisque ce sont eux qui récupèrent les chèques auprès des emprunteurs et qui nous font part des problèmes rencontrés.

Notre action en France, c’est également de la communication, soit auprès des élèves de l’École, soit à l’extérieur. Ainsi, au retour de l’été, nous vendons quelques objets achetés à certains de nos bénéficiaires sur le campus de l’École lors de la SDDX (Semaine du développement durable de l’X).

Cela permet d’informer les étudiants et personnels de l’École sur notre projet, tout en donnant un revenu conséquent aux producteurs.

Évolution du nombre de bénéficiaires depuis la création d’XMF
Croissance de X-MF : évolution du nombre de bénéficiaires et de l’encours total.

En 2009 et 2011, X-MF avait organisé les Rencontres de la microfinance, une journée placée sous le parrainage de Martin Hirsch, pendant laquelle se tenaient conférences et tables rondes pour réfléchir sur le thème de la microfinance. Nous participons de plus à de nombreux concours s’adressant à des associations étudiantes.

Après avoir remporté le Trophée grandes écoles EDF – La Tribune en 2010, nous avons été lauréats de la première édition des Trophées solidaires en mars 2013, et en 2014 nous sommes finalistes pour la deuxième fois du Prix Exton Consulting grandes écoles.

Enfin, une part importante de notre action reste bien évidemment la préparation de la campagne estivale suivante : préparation du budget, ouverture ou fermeture de certains villages, recrutement des élèves en première année.

Des outils de suivi

Notre croissance rapide nous permet de mener en parallèle des initiatives pour promouvoir la microfinance et pour améliorer notre performance sociale.

Ouverture

En 2013, Gaspard Berge, élève de l’Institut d’optique, a participé à la campagne de prêts dans le cadre d’un stage et a continué à s’investir par la suite. Bien que les contraintes de coût et d’emploi du temps soient nombreuses, nous avons la volonté de pérenniser ce type de partenariats avec les écoles du plateau de Saclay.

L'équipe X2012 de X-Micro-Finance
L’équipe X 2012 partie en 2013.

Professionnalisation

À mesure que nous grandissons, nous mettons en place des outils de suivi fiables pour suivre au plus près chaque projet, même à 15 000 km de distance. Inspirés du PAT, nous souhaiterions mesurer le niveau de vie de nos bénéficiaires et anticiper les risques de défaut ainsi que mesurer notre impact.

X-MF Au Maroc depuis deux ans

En 2012, à l’initiative de quatre élèves marocains de l’École, nous avons créé une action au Maroc en parallèle avec celle du Guatemala.

“ L’action ne s’arrête pas à la campagne d’été ”

Ces derniers sont alors partis conseiller un institut de microfinance (IMF) local : mise à jour du site Internet, amélioration de la visibilité internationale, communication sur le microcrédit auprès de la population, etc.

Puis, en 2013, comme l’IMF n’avait plus besoin de nos services, la mission a évolué. Six étudiants ont alors organisé des formations au marketing, à la comptabilité et à la bureautique pour une petite coopérative au sud du Maroc. Ce projet nouveau, encore en phase de maturation, nous permet de diversifier notre action en amont et en aval du microcrédit.

Une bénéficiaire d'un micro-crédit
Une bénéficiaire et ses plants de haricots.

En effet, ces initiatives aident à la réussite de projets bénéficiant de prêts. L’expérience a donc été renouvelée en 2014 puisque douze élèves se sont rendus au Maroc cet été.

DES HOMMES, DES COCHONS ET DES COUVÉES

« On se levait tous les jours à six heures pour faire une heure de camionetta entassés à vingt-cinq pour dix places et traverser les montagnes par des routes sinueuses en évitant de tomber dans le ravin. Une fois arrivés, comme Lucrecia – l’employée de la zone de Santa Cruz – avait tout préparé, des dizaines de personnes nous attendaient pour présenter leur projet. Souvent des habitués.
Là, c’était parti pour quatre heures à écouter les histoires de ces personnes, leurs difficultés, et surtout leur projet avec l’employée comme seule interprète. La plupart oubliaient de prévoir certains achats dans leur budget, comme de la nourriture ou des vaccins pour les poules, et on était obligé de le leur rappeler (mais ça c’est grâce aux X 2011 qui nous avaient briefés). On remet aussi en cause sa connaissance de l’espagnol, parce que quand un bénéficiaire qui n’a pas de portes à sa maison vous explique qu’il a cinco coches, il faut savoir qu’on parle de cinq cochons et non de cinq voitures ! »
 
Alexandre Krajenbrink (2012), parti au Guatemala à l’été 2013.

 

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