L’essor mondial de la grande vitesse et les atouts de l’industrie française

Dossier : LES TRENTE ANS DU TGVMagazine N°671 Janvier 2012
Par Pierre-Louis ROCHET (65)

REPÈRES

REPÈRES
Les condi­tions de suc­cès de la grande vitesse fer­ro­viaire n’ont pas chan­gé depuis trente ans : dis­tance opti­male de 300 à 1 000 km ; popu­la­tion forte, agglo­mé­ra­tions impor­tantes ; pou­voir d’achat et niveau de vie adap­tés aux coûts d’accession à un tel sys­tème ; niveau tech­no­lo­gique du pays per­met­tant d’assurer la maî­trise du sys­tème ; centres urbains bien iden­ti­fiés où la péné­tra­tion fer­ro­viaire est un avan­tage fort par rap­port à des aéro­ports excen­trés ; volon­té poli­tique forte et durable sur au moins une décennie.

Depuis les années 1980, où seuls le Japon et la France pra­ti­quaient la grande vitesse, le pay­sage a bien évo­lué. Sur l’ensemble des cor­ri­dors en exploi­ta­tion, on peut consi­dé­rer que le sys­tème a ren­con­tré un grand suc­cès, même s’il ne faut pas mas­quer le fait que, sur cer­taines lignes, la réa­li­té du tra­fic n’est pas à la hau­teur des espérances.

France et Japon
Le Tokaï­do fut ouvert en 1964 à 210 km/h et le TGV Paris-Lyon en 1981 à 260 km/h. Aujourd’hui, on dénombre dans le monde 17 000 km envi­ron de lignes par­cou­rues à 250 km/h ou plus, avec 2 000 rames en exploi­ta­tion. Les vitesses com­mer­ciales de gare à gare sont supé­rieures à 250 km/h : 313 km/h de Wuhan à Guangz­hou Nord sur 922 km (avant l’été 2011) ; 256 km/h d’Hiroshima à Koku­ra ; 253 km/h de Paris à Aix-en-Pro­vence sur 730 km.
Plus de 7 mil­liards de voya­geurs ont été trans­por­tés au Japon et 1,8 mil­liard en France. On compte 360000 pas­sa­gers par jour entre Tokyo et Osa­ka sur la célèbre ligne du Tokaï­do, et envi­ron 100 00 sur Paris-Lyon.

Le suc­cès du TGV Paris-Lyon a pu ame­ner dans les années 1990 à faire ensuite des pré­vi­sions de tra­fic très opti­mistes. On constate par exemple, dans le cas de Taï­wan, un tra­fic nota­ble­ment infé­rieur aux pré­vi­sions : 80 000 voya­geurs par jour au lieu du double espé­ré. Cela ne per­met pas de faire face aux rem­bour­se­ments de l’investissement de construc­tion. Sur Paris-Londres la réa­li­té n’est pas à la hau­teur de la pré­vi­sion, qui avait sous-esti­mé en par­ti­cu­lier la réponse des fer­ries comme celle des low-cost.

Un transport de masse

Mais la grande vitesse a prou­vé qu’elle était un trans­port de masse avec, en France, un total de plus de 100 mil­lions de voya­geurs en 2010 (dont 31 sur l’axe Sud-Est et 27 sur l’axe Atlan­tique), au Japon, 120 mil­lions sur le seul Tokaï­do, et plus de 40 mil­lions en Corée du Sud sur Séoul-Pusan.

En Chine, le coût de construc­tion des lignes est de 15% de celui des LGV françaises

En géné­ral, les temps de tra­jet de gare à gare étant infé­rieurs à quatre heures sur la plu­part des cor­ri­dors, les reports de tra­fic de la route et du mode aérien sont signi­fi­ca­tifs. En France, envi­ron 25 % d’augmentation par rap­port au tra­fic de réfé­rence vient du mode rou­tier. Quand le temps de tra­jet de gare à gare est infé­rieur à trois heures trente, le train dépasse 50% du mar­ché « fer et aérien ». En des­sous de deux heures, il y a domi­na­tion qua­si totale. Avec l’allongement des for­ma­li­tés dans les aéro­ports et les dif­fi­cul­tés gran­dis­santes d’accès, le choix s’est dépla­cé en faveur du rail depuis les années 1980.

Gagner des minutes

Se connec­ter aux extrémités
Les inves­tis­se­ments énormes néces­si­tés par le sys­tème fer­ro­viaire à grande vitesse, qui per­mettent des gains de temps consé­quents, doivent impé­ra­ti­ve­ment s’accompagner aux extré­mi­tés d’une opti­mi­sa­tion des « inter­mo­da­li­tés » avec les trans­ports amont et aval : connexions avec des lignes fer­ro­viaires régio­nales amé­lio­rées et per­for­mantes, avec les réseaux urbains de métro, tram­way ou bus, avec les taxis ou les moyens de mobi­li­té partagés.

On com­prend donc les débats sur les vitesses com­mer­ciales maxi­males, quand, pour cer­tains cor­ri­dors à l’étranger où les dis­tances sont longues (920 km pour Syd­ney-Mel­bourne), rou­ler à 350 km/h sera néces­saire pour offrir un temps de tra­jet suf­fi­sam­ment attrac­tif. Les minutes gagnées peuvent peser lourd en termes de gain de tra­fic et de recettes. Elles sont à mettre, bien enten­du, en face des sur­coûts d’exploitation et d’entretien liés à une telle vitesse.

Moins d’énergie, moins de CO2

La grande vitesse fer­ro­viaire pos­sède des atouts très forts dans le domaine du déve­lop­pe­ment durable. Un train à grande vitesse consomme, par pas­sa­ger-kilo­mètre, cinq fois moins d’énergie qu’un avion. Son émis­sion de CO2 se situe entre 15 % et 25 % de celle du trans­port rou­tier, et entre 5 % et 20 % de celle du trans­port aérien. Il faut, bien sûr, prendre en compte l’origine de l’électricité consommée.

La ligne Valence- Mar­seille a éco­no­mi­sé, en huit ans, 400 000 tonnes de CO2 par an

Le bilan est très favo­rable en France, il peut l’être beau­coup moins dans cer­tains pays où l’électricité pro­vient de cen­trales à char­bon. De plus, il faut com­pen­ser l’émission de car­bone pen­dant la construc­tion par les éco­no­mies venant des seuls trans­ferts de la route et de l’avion, sur un délai rai­son­nable, en pre­nant en compte l’effet néga­tif du tra­fic induit (voya­geurs qui, sans l’existence du TGV, auraient réglé leurs besoins de com­mu­ni­ca­tion par télé­phone ou Inter­net). Pour la ligne Valence- Mar­seille, ouverte en 2001, l’émission ini­tiale a été com­pen­sée au bout de huit ans, avec 400 000 tonnes de CO2 éco­no­mi­sées par an.

Cette approche, nou­velle, peut mon­trer que cer­taines lignes, envi­sa­gées plu­tôt « poli­ti­que­ment » en France, ne sont pas sou­hai­tables selon ce critère.

Un développement mondial

AGV Alstom ©Alstom

Le déve­lop­pe­ment à l’échelle mon­diale se pour­suit à un rythme sou­te­nu, avec un peu plus de 17 000 km en exploi­ta­tion et 9 000 en construc­tion. En dehors de l’Europe et de la Chine, peu de pro­jets émer­ge­ront dans les années à venir, essen­tiel­le­ment en rai­son des coûts éle­vés de ces pro­jets, ain­si que du besoin de par­ti­ci­pa­tions publiques et de fortes volon­tés poli­tiques sur du long terme. Les mon­tages finan­ciers sont variés, depuis les finan­ce­ments entiè­re­ment publics jusqu’aux approches mixtes mêlant des contri­bu­tions pri­vées (PPP, par­te­na­riats public-pri­vé) avec des durées de conces­sion ou de délé­ga­tion variant de dix à cin­quante ou soixante ans, selon les cas.

Un réseau européen

L’Espagne a main­te­nant le réseau euro­péen le plus long, de l’ordre de 2 400 km, avec une varié­té impres­sion­nante de rames, dont cer­taines roulent à 330 km/h entre Madrid et Bar­ce­lone. La pour­suite de son plan très ambi­tieux se ralen­tit néanmoins.

Des chan­tiers en attente
Les volon­tés poli­tiques sont plus dif­fi­ciles à obte­nir dans des États fédé­raux où un consen­sus entre fédé­ral et local est rare­ment atteint pen­dant une durée suf­fi­sam­ment longue. Cela explique en grande par­tie que les États- Unis, le Cana­da et l’Australie n’aient tou­jours pas mis en chan­tier des pro­jets étu­diés depuis les années 1980.

La Bel­gique a ter­mi­né son pro­gramme avec la liai­son vers le Nord, com­plé­tée côté hol­lan­dais jusqu’à Amsterdam.

L’Italie a réa­li­sé l’essentiel de son réseau avec la dor­sale Turin-Naples de 1000 km. L’Allemagne intègre des sec­tions de lignes à grande vitesse dans son réseau maillé.

Le Por­tu­gal avait démar­ré sa liai­son avec l’Es­pagne, mais ce pro­jet est actuel­le­ment au point mort.

La Pologne com­mence à étu­dier un pro­jet entre Var­so­vie et Poznan-Wroclaw.

La Grande-Bre­tagne a pris goût à la grande vitesse et va sans doute envi­sa­ger de réa­li­ser pro­gres­si­ve­ment une ligne High Speed 2 de Londres vers le Nord et l’É­cosse à la fin de la pro­chaine décennie.

La France joue­ra un rôle pré­pon­dé­rant sur la toile d’araignée européenne

Le réseau euro­péen com­pren­dra, en 2020, plus de 10 000 km. La France, avec ses connexions sur six pays voi­sins, aura un rôle pré­pon­dé­rant au centre de cette toile d’a­rai­gnée, ce qui devrait per­mettre à la SNCF d’être l’o­pé­ra­teur euro­péen domi­nant sur ce mar­ché de la grande vitesse, et à RFF de jouer un rôle de pre­mier plan comme ges­tion­naire de réseau à grande vitesse.

La Tur­quie a com­men­cé l’ex­ploi­ta­tion d’une ligne nou­velle à 250 km/h sur Anka­ra-Istan­bul, au moins actuel­le­ment jus­qu’à Eski­se­hir. Elle conti­nue son pro­gramme sur Anka­ra-Konya, puis l’é­ten­dra sur Izmir et sur Sivas.

Doubler le Tokaïdo

Trois lignes en construc­tion en France
La France vient de mettre en ser­vice, en sep­tembre 2011, la liai­son Rhin-Rhône Est. Elle est proche de 2000 km de ligne. Trois lignes sont en construc­tion actuel­le­ment : la phase 2 de la LGV est-euro­péenne jusqu’à Stras­bourg et deux autres lignes en PPP (Tours-Bor­deaux, Rennes-Le Mans), avec un total d’environ 700 km pour ces trois lignes.

Le Japon n’a plus que quelques sec­tions à réa­li­ser pour com­plé­ter sa dor­sale de 2 000 km. Il doit cher­cher com­ment dou­bler sa ligne his­to­rique et satu­rée du Tokaï­do entre Tokyo et Osa­ka (515 km).

La Corée du Sud a ter­mi­né la construc­tion de son axe prin­ci­pal, entre Dae­gu et Pusan, et va lan­cer le déve­lop­pe­ment de la nou­velle ligne vers Mokpo.

Taï­wan exploite sa ligne Taïpeh-Kaohsiung.

En Inde, les pro­jets sont nom­breux, mais à un stade d’é­tude actuel­le­ment peu avan­cé, la prio­ri­té étant le fret et les des­sertes de ban­lieue des mégapoles.

En Chine, diminuer les tarifs… et la vitesse

Le pro­gramme le plus impor­tant se situe en Chine. 7300 km sont déjà en exploi­ta­tion, dont 2 800 km pré­vus pour des vitesses de 300 à 350 km/h, après la mise en ser­vice, à l’é­té 2011, de la tota­li­té de Beijing-Shanghai.

Le poids de la Chine
La Chine compte 950 trains, soit en exploi­ta­tion, soit en construc­tion ou com­man­dés, qui devraient être tous réel­le­ment en ser­vice fin 2012, fon­dés pour les vitesses supé­rieures à 300 km/h, sur trois tech­no­lo­gies : Vela­ro Sie­mens, E2 japo­nais et le Zefi­ro Bom­bar­dier non encore opérationnel.

Près de 5 000 km sont en construc­tion. Sur Wuhan- Guangz­hou Nord, la vitesse com­mer­ciale de gare à gare attei­gnait, en décembre 2010, un record de 313 km/h sur 922 km, cela jus­qu’à un ter­rible acci­dent, sur­ve­nu à l’é­té 2011, en rai­son d’un pro­blème de signa­li­sa­tion, qui a mis à jour un manque de fia­bi­li­té et de rigueur dans la qua­li­té des réa­li­sa­tions : consé­quence, la vitesse de pointe est réduite à 300 km/h au lieu de 330–350, et même à 200 km/h au lieu de 250 sur cer­tains axes (les trains roulent actuel­le­ment à 305–315 km/h sur Bei­jing- Shan­ghai, au lieu des 380 pré­vus). Le minis­tère des Che­mins de fer espère ain­si réduire les coûts exor­bi­tants du sys­tème en exploi­ta­tion, moins fati­guer le maté­riel et les voies, et réduire les tarifs, très contes­tés par la majo­ri­té de la population.

Une compétition acharnée

Vitesse à la fran­çaise et sys­tème pendulaire
Le sys­tème pen­du­laire est par­fois oppo­sé au TGV à la fran­çaise. Il per­met de rou­ler plus vite dans les courbes, mais a glo­ba­le­ment peu per­cé. Il pré­sente des avan­tages comme la réduc­tion du temps de tra­jet et sur­tout en termes de confort, en rédui­sant for­te­ment l’accélération trans­ver­sale dans les courbes. En revanche, il se tra­duit par une aug­men­ta­tion des coûts d’entretien glo­baux, pour le maté­riel rou­lant comme pour la voie, ain­si que par une dimi­nu­tion de capa­ci­té de la ligne, en rai­son des dif­fé­rences de vitesse entre trains.

En dehors de la Chine et de l’Eu­rope, on voit peu de grands pro­jets à venir dans la décen­nie. Le Maroc réa­lise une liai­son sur l’axe Tan­ger- Rabat, en cours de tra­vaux, avec comme four­nis­seur Alstom pour des TGV Duplex, et un finan­ce­ment fran­çais décisif.

Le pro­jet des Lieux saints, en Ara­bie Saou­dite, était le grand pro­jet concur­ren­tiel de l’an­née, avec une com­pé­ti­tion ser­rée entre tech­no­lo­gies fran­çaise et espa­gnole, après éli­mi­na­tion des Chi­nois qui sem­blaient au départ favo­ris : mal­heu­reu­se­ment, le groupe espa­gnol, avec une offre de train Tal­go, vient d’être offi­ciel­le­ment dési­gné comme vainqueur.

Au Bré­sil, un pro­jet tou­jours envi­sa­gé, mais très coû­teux et dif­fi­cile, est le cor­ri­dor Rio- Sao Paulo.

En Rus­sie, Mos­cou-Saint-Péters­bourg démarre à 220 km/h sur ligne exis­tante (la liai­son avec Hel­sin­ki étant aus­si ouverte à cette vitesse), et la réa­li­sa­tion d’une ligne nou­velle est envi­sa­gée peut-être à la fin de la décennie.

Aux États-Unis, espoir des acteurs fran­çais depuis trente ans, l’arrivée de l’administration Oba­ma a fait croire de nou­veau à des pos­si­bi­li­tés, mais en défi­ni­tive elle n’a fait que sti­mu­ler une incre­men­tal approach (amé­lio­ra­tion pro­gres­sive de lignes exis­tantes), visant des des­sertes à 180 km/h. Elle ne va cer­tai­ne­ment pas se tra­duire par des réa­li­sa­tions de sys­tèmes proches du modèle euro­péen, avec l’arrêt pour la troi­sième fois du pro­jet en Flo­ride, et les dif­fi­cul­tés du pro­jet très coû­teux en Californie.

On pour­rait voir resur­gir à l’avenir des pro­jets qui avaient été lan­cés à la fin des années 1980 au Cana­da (Qué­bec-Mont­réal-Otta­wa-Toron­to- Wind­sor) et en Aus­tra­lie (Syd­ney-Can­ber­ra- Melbourne).

Bal­last ou dalle
Appareil de voieConstrui­sant prin­ci­pa­le­ment en via­duc et tun­nel, les Japo­nais ont sur­tout posé des voies sans bal­last (dites aus­si « sur dalle »). La France s’en est tenue à la voie bal­las­tée, que la SNCF a pous­sée à la per­fec­tion. On peut se deman­der si les vitesses supé­rieures à 330 km/h seront com­pa­tibles avec ce type de voie, et si la voie sur dalle ou sans bal­last, posée main­te­nant qua­si sys­té­ma­ti­que­ment en Alle­magne et en Chine, ne sera pas pré­fé­rable à long terme, car la voie bal­las­tée néces­si­te­rait un entre­tien très coû­teux. Mais le choix d’une voie sans bal­last exige un surin­ves­tis­se­ment immé­diat, qui n’est por­teur d’économies d’entretien qu’à long terme. La dif­fi­cul­té vient du fait que les réponses sur la fia­bi­li­té et la per­ti­nence éco­no­mique com­pa­rées ne seront connues qu’à moyen terme, et que des choix sont à faire dès à pré­sent sur cer­tains projets.
De son côté, le cœur à pointe mobile pour les appa­reils de voie (aiguillages), déve­lop­pé en France depuis les années 1980 et fleu­ron de notre expor­ta­tion indus­trielle fer­ro­viaire, est una­ni­me­ment jugé indis­pen­sable dès que l’on dépasse les 220 km/h.

Des trains nouveaux et variés

Face aux pro­jets mon­diaux, les construc­teurs euro­péens et japo­nais ne sont plus seuls en com­pé­ti­tion. De nou­veaux venus appa­raissent, par­fois à par­tir de trans­ferts ini­tiaux de tech­no­lo­gie. Les appels d’offres à venir, en dehors de l’Europe et de la Chine, seront très ouverts et féro­ce­ment disputés.

TGV CHR-3 de Siemens (Chine)
CHR‑3 Sie­mens (Chine). ©Sie­mens

TGV E5 (Japon)
E5 (Japon). ©JR EAST

Alstom domine jusqu’à pré­sent le mar­ché et dis­pose de la palette la plus large et la plus variée : ver­sions suc­ces­sives des TGV à un seul niveau (y com­pris le KTX coréen et l’AVE S‑100 en Espagne); trains inter­na­tio­naux Euros­tar et Tha­lys ; Duplex et AGV (dont le pre­mier contrat a été signé avec NTV, entre­prise ita­lienne pri­vée). Alstom a éga­le­ment dans sa manche les Pen­do­li­no « pen­du­laires » (cer­tains rou­lant à 280 km/h), en Espagne les S‑104 et S‑120 construits en com­mun avec CAF, et en Chine une auto­mo­trice élec­trique déri­vée du Pendolino.

Chez Sie­mens, le Vela­ro, ver­sion plus récente de l’ICE 3 alle­mand, est décli­né en ver­sion espa­gnole (S‑103), russe (Sap­san) et chi­noise (CRH‑3).

Bom­bar­dier, qui a par­ti­ci­pé en France à la construc­tion de voi­tures TGV et en Espagne avec Tal­go au déve­lop­pe­ment de l’AVE S‑102, dit « Pato », dont il four­nit la loco­mo­tive, déve­loppe main­te­nant son nou­veau train Zefi­ro que l’on ver­ra appa­raître bien­tôt en Chine.

Le Japon, qui a mis en ser­vice en 2011 sur JR East le E5, nou­veau train capable de rou­ler à 320 km/h, cherche à expor­ter un train fon­dé sur le N 700 qui est en exploi­ta­tion sur JR West (déjà adap­té à Taïwan).

En Espagne, Tal­go pré­pare un futur train, Avril, pou­vant rou­ler à 350 km/h.

Les construc­teurs euro­péens et japo­nais ne sont plus seuls en compétition

CAF, asso­cié en Espagne à Alstom dans les S‑104 et S‑120, four­nit en Tur­quie les rames rou­lant à 250 km/h et pré­pare son propre train capable de rou­ler à 350 km/h, Oaris.

En Corée, Rotem a déve­lop­pé, suite à son expé­rience et au trans­fert de tech­no­lo­gie fait par Alstom sur le KTX, le Han­vit 350, pré­vu pour une vitesse de 350 km/h, qu’il a l’intention de promouvoir.

La Chine, enfin, a béné­fi­cié de trans­ferts de tech­no­lo­gie pour trois familles de trains pou­vant rou­ler à 300 km/h et plus : le CRH‑3 fon­dé sur le Vela­ro Sie­mens, le CRH‑2 basé sur le E2 Kawa­sa­ki japo­nais et le Zefi­ro type 380 de Bom­bar­dier avec un objec­tif de vitesse de plus de 350 km/h.

Chi­na Sou­thern a pro­duit un train pure­ment chi­nois, le CHR-380 A, qui aurait rou­lé à 486 km/h en décembre 2010 (sans pré­sence d’observateurs étrangers).

Coordonner l’approche commerciale

La grande vitesse fer­ro­viaire est entrée dans une phase de matu­ri­té sur plu­sieurs conti­nents. La réa­li­sa­tion des pro­jets se heurte aux capa­ci­tés de finan­ce­ment des États concer­nés, un apport public étant dans tous les cas nécessaire.

Orches­trer un « lob­bying » effi­cace et s’appuyer sur un finan­ce­ment attractif

Pour l’industrie fran­çaise et euro­péenne, le moment est cru­cial avec une concur­rence deve­nant très dure et élar­gie, car les indus­tries asia­tiques vont se pré­sen­ter de plus en plus avec vigueur sur les pro­jets non européens.

Une approche bien coor­don­née entre tous les acteurs inté­res­sés du sys­tème fran­çais, depuis le ges­tion­naire du réseau, l’exploitant et l’ingénierie de réfé­rence, jusqu’aux indus­triels concer­nés, orches­trant un lob­bying effi­cace et s’appuyant sur des finan­ce­ments attrac­tifs, sans oublier les indis­pen­sables fac­teurs diplo­ma­tiques, comme cela avait été bien réus­si en Corée du Sud dans les années 1990, sera peut-être une des clefs du succès.

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