Le nucléaire, avenir de l’écologie

Dossier : Arts, Lettres et SciencesMagazine N°563Par : Bruno COMBY (80), préface de James LovelockRédacteur : Jacques BOURDILLON (45)

Comme on le sait, James Lovelock est docteur honoris causa de nombreuses universités de réputation mondiale, il est l’inventeur d’un détecteur à capture d’électrons, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’écologie, parmi lesquels on peut citer La théorie de Gaïa, Les âges de Gaïa, Hommage à Gaïa. Nous avons affaire à l’un des “ chefs de file de l’écologie moderne ”, sa prise de position récente et ferme en faveur du nucléaire doit être considérée comme un événement majeur.

L’ouvrage a déjà été présenté à nos lecteurs, il est simple et riche, il contient des développements intéressants sur de nombreux sujets : la question des déchets, les accidents, les énergies alternatives, les doses de radioactivités couramment reçues (admissibles et létales), l’accident de Tchernobyl, il permet de mieux comprendre la réalité objective et de rétablir la vérité face à l’irrationnel, à une désinformation antinucléaire devenue courante… J’ai cru utile de présenter ici quelques éléments intéressants.

Extraits de la préface de James Lovelock

“ La peur du nucléaire est si répandue que les scientifiques eux-mêmes semblent avoir oublié l’histoire de la radioactivité de notre planète : il est pratiquement certain qu’une supernova s’est produite à proximité à la fois dans le temps et dans l’espace de l’origine de notre système solaire… La Terre s’est formée à partir des scories de la gigantesque explosion nucléaire d’une étoile plus grande que notre Soleil d’aujourd’hui… À l’intérieur même de notre propre corps, environ un demi-million d’atomes rendus instables lors de cette explosion initiale continue à se désintégrer à chaque minute…

La vie a commencé à se développer il y a environ quatre milliards d’années dans des conditions de radioactivité bien plus intenses que celles qui troublent les esprits de certains écologistes aujourd’hui, de plus, il n’y avait alors ni oxygène ni ozone dans l’air si bien que les intenses rayons ultraviolets non filtrés émis par le Soleil irradiaient la surface de la Terre. Nous devons garder à l’esprit que ces énergies violentes et ces radiations intenses ont fait partie des conditions qui régnaient lors de la naissance même de la vie sur Terre. ”

“ J’espère qu’il n’est pas trop tard pour que le monde suive la France, et fasse de l’énergie nucléaire notre principale source d’énergie. Il n’y a pas d’autre alternative viable, propre, écologique et économiquement acceptable à la dangereuse habitude que nous avons prise qui consiste à brûler des combustibles fossiles. ”

Tchernobyl

C’est une condamnation sans appel du système soviétique : la centrale était dangereuse par sa conception (absence d’enceinte de confinement, coefficient de vide positif, graphite inflammable au coeur du réacteur, etc.), elle était mal entretenue, les systèmes de sécurité étaient débranchés au moment de l’accident… Bruno Comby y voit la preuve de l’incompétence d’un pouvoir politique qui a tenu pendant trois quarts de siècle un discours populiste en piétinant la vie et la santé des hommes. Il suggère l’arrêt des 18 tranches RBMK (type Tchernobyl) et des 10 tranches WER encore en fonctionnement.

Mais il attaque avec la même vigueur la récupération, la manipulation politique et l’utilisation de l’écologie et de la peur de Tchernobyl pour condamner injustement le nucléaire en France et en Europe.

Il rétablit la vérité sur les dégâts de la catastrophe : sur les 75 millions de Russes et d’Ukrainiens concernés par Tchernobyl, 15 à 18 millions mourront d’un cancer “naturel ”, alors que les cancers induits par la catastrophe seront de l’ordre de 15 000.

Il rappelle qu’une grande partie du césium trouvé dans les champignons radioactifs provient des explosions atomiques militaires atmosphériques effectuées dans les années soixante (Le Cri du rad n° 5, 1987). L’accident malgré sa gravité pour les populations russes et ukrainiennes contaminées n’aura pas affecté notablement les populations lointaines : la dose de radioactivité supplémentaire reçue en Europe de l’Ouest est de 0,4 mSv en Allemagne et de 0,1 mSv en France (soit le 1/10 de la radioactivité naturelle à laquelle nous sommes soumis).

Sachant que le niveau non admissible d’ingestion pour le césium est de 300000 becquerels, et qu’un champignon contient 99% d’eau et 1% de matières sèches, pour parvenir à ce niveau, il faudrait ingérer 16 tonnes de champignons radioactifs frais dans l’année, soit 44 kg par jour tous les jours.

En revanche, il déplore les 100 000 avortements, victimes innocentes sacrifiées pour rien à cause de la panique déclenchée en Europe alors que le risque réel pour une femme enceinte était nul.

La radioactivité naturelle

Les deux tiers de l’irradiation reçue par l’homme sont naturels et proviennent soit de l’extérieur (rayons cosmiques et radiation tellurique), soit de l’homme lui-même (8 000 désintégrations radioactives par seconde au sein de notre corps : essentiellement dues au potassium 40, au carbone 14, au césium 137). Mais la radioactivité tellurique peut varier de 1 à 1 000 selon les régions (de 0,5 mSv à 17 au Kerala en Inde, 17 au Brésil et à 400 dans certaines régions d’Iran). S’y ajoute la radioactivité artificielle qui provient essentiellement d’examens médicaux et de traitements radiothérapiques.

Les déchets

Les déchets ménagers agricoles et industriels se mesurent en tonnes par an et par habitant, 10% ne sont pas biodégradables, certains peuvent être toxiques pendant des millions d’années, les déchets radioactifs ne dépassent pas le kilo par an et par habitant.

– En kg par jour et par habitant, on a les chiffres suivants : ménages 1 kg, industrie 10, agriculture 20, soit par jour et par habitant 31 kg, soit au total pour la France et par an 720 millions de tonnes.

– La France produit 1 000 tonnes de combustible irradié par an, soit 960 d’uranium, 30 d’actinides retraités, 10 de plutonium (que l’on pourrait retraiter par des réacteurs à neutrons rapides).

Après retraitement en l’an 2000, il reste 3 % de transuraniens accumulés. Depuis l’origine, cela représente 3 000 m3 de déchets vitrifiés soit 3 cubes de 10 mètres de côté.

Ces déchets peuvent être stockés sans aucun danger pour personne sous quelques centaines de mètres de terre dans des sites géologiques appropriés et convenablement choisis.

Les perspectives des réacteurs à neutrons rapides et de la fusion

Avec les réacteurs actuels REP, 10 grammes d’uranium produisent déjà autant qu’une tonne de charbon. Les RNR (réacteurs à neutrons rapides) permettront un jour de produire avec la même quantité d’uranium 50 fois plus d’électricité que ne le font les centrales actuelles, ils peuvent également fonctionner comme incinérateurs de plutonium, et possèdent de ce fait un intérêt écologique évident… et il y aura un jour à résorber la totalité du plutonium militaire à faire disparaître plutôt qu’à stocker.

Mais la source d’énergie idéale inépuisable et non polluante existe déjà sur le papier même si elle n’est pas encore au point technologiquement, ni rentable économiquement : c’est l’énergie de la fusion.

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