La solution innovante

Dossier : Arts, lettres et sciencesMagazine N°743

Le titre de ce deuxième roman d’Anatole Tokofaï est ambigu. Il s’en explique dans une vidéo. On pourrait après coup en suggérer bien d’autres : Emanenki, du nom de son héros, ou De Sandougou à Sandougou, pour souligner un périple – commencé et fini à Sandougou – qui se referme sur lui-même, ou… Nous sommes en Afrique de l’Ouest, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Les Simba, implantés dans le bassin du Yoro, sont décidés à y régner seuls en maîtres, et la meilleure façon d’y parvenir est d’éliminer jusqu’au dernier ceux qui s’obstinent à y demeurer, leurs ennemis les Lembés. Sous la conduite de leur cabocir, le chef Omokoé, ils règlent rapidement l’affaire, et Anatole Tokofaï également, en quelques pages. Le roman peut commencer, placé sous le patronage d’un aphorisme (n° 531) de Friedrich Nietzsche dans Humain, trop humain : « Qui vit de combattre un ennemi a intérêt à ce qu’il reste en vie. » Dans la vidéo ci-dessus référencée, l’auteur redit son ambition d’éclairer, à travers La solution innovante, cette pétition de principe.

Ce n’est pourtant pas seulement ce qu’on découvre en le lisant, car au-delà de cette ambition affirmée, c’est dans une sorte de document anthropologique et sociologique que l’on se retrouve immergé. Ce qui se met en place sous nos yeux, et qui frappe avant tout, c’est la vie quotidienne, ce sont les coutumes, les mœurs d’un petit groupe ethnique, d’une tribu essentiellement guerrière qui prolonge cette activité comme partie prenante aux derniers avatars du commerce triangulaire, vendant aux trafiquants européens les esclaves que ses campagnes militaires lui ont acquis. La barbarie sanglante et arbitraire qui règne chez les Simba sidère. Emanenki, rescapé incertain du dernier massacre et fil conducteur du roman, cahote, au fil de multiples épisodes qui le conduiront en Amérique et en Europe, vers une tentative plus optimiste de morale humaniste.

 

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