Einstein et Poincaré

Dossier : Arts, Lettres et SciencesMagazine N°568Par : Jean-Paul AUFFRAYRédacteur : Pierre NASLIN (39) et Christian MARCHAL (58)

La science enseignée d’une manière dogmatique : “ c’est comme cela et pas autrement ! ” ne satisfait ni les élèves, ni les étudiants, ni bien sûr les professeurs. Cette méthode a de plus l’inconvénient de bloquer les esprits au lieu de les préparer aux progrès futurs.

Heureusement il y a une méthode beaucoup plus efficace et attractive : enseigner la science d’une manière vivante, par l’intermédiaire de son développement historique. C’est là la véritable éducation de l’esprit scientifique : à chaque époque, y compris la nôtre, beaucoup de savants ont cru, de bonne foi, sinon détenir la vérité absolue du moins s’en approcher de fort près.

L’histoire de leurs recherches, de leur démarche de pensée, de tel ou tel de leur faux pas, de leurs traits de génie et de leurs désillusions est à la fois savoureuse et très instructive. Il s’y ajoute l’histoire des relations entre scientifiques, ceux-ci sont des hommes et non des saints laïcs… ils ont même parfois des blocages psychologiques vis-à-vis des novateurs, tout ceci ne manque pas d’humaniser et d’enrichir l’histoire officielle souvent particulièrement hagiographique.

Dans ces conditions le livre riche et documenté de Jean- Paul Auffray est très bienvenu. Les anecdotes hautes en couleurs n’empêchent ni la rigueur scientifique, ni la rigueur historique. Les difficultés mathématiques des physiciens, Einstein, Lorentz, Eddington balancent la moindre intuition physique des mathématiciens, Hilbert, Grossmann, Minkowski, Emmy Nöther.

La haute figure de Henri Poincaré domine : il est à la fois physicien et mathématicien et c’est très naturellement qu’on le voit s’interroger, bouleverser les notions d’espace et de temps, formuler en 1904 le principe de relativité et développer le premier la relativité restreinte dans toutes ses conséquences jusqu’aux ondes gravitationnelles se déplaçant à la vitesse de la lumière…

Il n’y a qu’un regret : que ce livre ait été écrit avant la récente traduction en français du travail de l’académicien russe Anatoly Logunov : “ Sur les articles de Henri Poincaré Sur la dynamique de l’électron ”(publication ONERA 2000-1), il devient dès lors évident que Poincaré, avec son vocabulaire scientifique de 1900 mais qui n’est guère lu avant 1930, était parfaitement clair et avait très bien compris ce qu’il faisait.

Mais la maîtrise scientifique et historique de Jean-Paul Auffray est telle qu’il n’a pas besoin de cet argument supplémentaire pour nous convaincre…

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