Éolienne en mer vue par EDF

EDF, acteur engagé dans la transition énergétique

Dossier : Dossier FFEMagazine N°730
Par Claude NAHON (73)

Comment votre groupe appréhende-t-il la transition énergétique ?

La transition énergétique va bien au-delà des questions du carbone et du climat. C’est un mouvement de société très fort, rendu possible par les nouvelles technologies où chacun d’entre nous, à un niveau individuel ou collectif, veut devenir un acteur de sa propre énergie et de son territoire ; être acteur de sa consommation d’énergie, voire aussi de sa production d’énergie.

Dans un monde de plus en plus globalisé, émerge cette tendance à vouloir contrôler en partie soi-même les choses ! L’énergie n’échappe pas à cette envie.

La transition énergétique n’est pas seulement tournée vers les émissions de carbone…

Le bas carbone est le sujet dont on parle le plus, mais ce n’est pas le seul ! La transition énergétique renvoie d’abord à la question de la transformation du monde de l’énergie.

“ L’ÉLECTRICITÉ DE DEMAIN SERA COMPLEXE, SYSTÉMIQUE, MODULAIRE, INTERACTIVE ET DÉCENTRALISÉE ”, explique Claude NAHON.

Il est impossible d’envisager l’avenir sans le numérique, les systèmes coopératifs d’offres d’électricité, ou l’ubérisation que permet aujourd’hui la création de plateformes… Nous allons être créatifs au service de ce mouvement.

On entend beaucoup dire aussi que le développement des énergies renouvelables et des énergies décentralisées, c’est l’opposé de notre modèle centralisé et nucléaire. Non, la production centralisée va rendre possible ces évolutions, grâce à un système flexible, qui s’appuie en France sur notre parc nucléaire et notre parc hydraulique.

Venons-en aux émissions CO2.
Comment vous situez-vous ?

Pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le climat, nous avons beaucoup de chance en France : nous disposons d’une production d’électricité essentiellement d’origine nucléaire et hydraulique. C’est-à-dire presque sans CO2.

Nous sommes le groupe le moins émetteur en carbone sur le territoire métropolitain, avec 16 g de CO2 émis pour produire 1 kWh. C’est une performance quasiment unique, au regard de notre taille.


© EDF – Philippe Eranian

Avez-vous des éléments de comparaison à nous donner ?

Pensez que la moyenne européenne du secteur se situe au-dessus de 300 g/kWh et la moyenne mondiale au-dessus de 500 g. Si au lieu de 16 g, nos émissions se situaient au niveau de la moyenne européenne, elles auraient été de 160 millions de tonnes.

À mettre en perspective avec les 460 millions de tonnes émises par la France, tous secteurs confondus. Donc si j’étais dans la provocation, je dirais qu’EDF est la performance carbone de la France.

Avez-vous tout de même la volonté de « décarboner » encore plus ?

Oui, nous devons continuer à diminuer nos émissions de CO2 en France (un peu plus de 8 millions de tonnes) et à l’échelle de notre groupe dans le monde (47 millions de tonnes).

Dans les deux cas, ce sont des volumes importants même si notre performance de producteur d’électricité est assez unique.

Comment comptez-vous faire ?

À l’échelle mondiale, nous allons nous séparer d’un certain nombre d’actifs « charbons » et améliorer les performances de nos autres actifs.

Plus nos moyens de production seront performants, moins nous émettrons de CO2 pour produire de l’électricité.

Cherchez-vous à développer des énergies nouvelles ?

Personne ne le sait, mais nous sommes le premier producteur d’énergies renouvelables en Europe !

“ NOUS SOMMES TELLEMENT PRÉSENTS DANS LE NUCLÉAIRE QUE LES GENS OUBLIENT SOUVENT NOTRE ACTION DANS LE DÉVELOPPEMENT DES RENOUVELABLES ”

Nous sommes tellement présents dans le nucléaire que les gens oublient souvent notre action dans le développement des renouvelables.

Nous sommes présents dans l’hydraulique, le solaire, l’éolien, l’hydrolien et la biomasse depuis de très longues années.

Comment investissez-vous dans les énergies nouvelles ?

Nous dépensons 2 Md€ par an sur les énergies renouvelables, autant que sur le nouveau nucléaire.

Et nous investissons dans la recherche, en expérimentant des solutions dans le stockage des énergies renouvelables (régulation de leur variabilité).

Le succès de votre transition tient-il plus dans les investissements dans les énergies renouvelables que dans le pilotage de la consommation individuelle ?

Nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser de côté une piste…

Nous avons besoin d’efficacité énergétique et de développer beaucoup de souplesse sur nos consommations. Nous en avons besoin parce que la transition énergétique est une nécessité. Tout est au rouge sur la planète !

Vos actionnaires vous incitent-ils à prendre en compte cette transition énergétique ?

Nous sommes poussés par beaucoup d’acteurs : les investisseurs (je passe 20 % de mon temps à répondre à leurs questions), les actionnaires, l’État (notre actionnaire principal) et puis bien entendu les organisations non-gouvernementales, les médias et le grand public.

Vous n’êtes pas simplement contraints et forcés…

Notre engagement a toujours été au profit de l’intérêt général. J’ai ainsi la conviction profonde que la transition énergétique fait partie de notre ADN !

En responsabilisant les consommateurs, ils vont devenir des acteurs, voire des producteurs.
Comment EDF va-t-il accompagner cette transition ?

Nous avons aujourd’hui une offre d’autoconsommation collective et individuelle, qui rencontre un grand succès ! Les citoyens ont envie d’être acteurs pour produire une partie de leur électricité.

L’ÉLECTRICITÉ DE DEMAIN

“ L’électricité de demain sera complexe, systémique, modulaire, interactive et décentralisée. Elle va connaître une révolution numérique (gestion de l’électricité depuis le Smartphone…), une révolution technologique (baisse du prix des capteurs photovoltaïques…) et une révolution sociologique (approche coopérative de l’énergie, équité devant les territoires).
Tout cela sera rendu possible par un système centralisé et flexible, qui s’appuie, en France, sur notre parc nucléaire et notre parc hydraulique “, explique Claude Nahon

Nous allons désormais vers un modèle où nous devrons concilier la production d’électricité centralisée et décentralisée : je suis convaincue que cette évolution portera une transformation de notre business modèle.

Quel est le modèle qui se dessine ?

Les gens veulent participer à la conception des projets, voire à leur financement. Nous allons nous retrouver dans un modèle complètement différent. Nous ne serons plus ceux qui apportent la solution, mais nous serons plutôt ceux qui aideront à construire la solution.

Quelles seront les conséquences pour les salariés du groupe ?

Ce sera une vraie révolution pour le personnel d’EDF, mais je pense que ce sera plutôt excitant et fascinant de participer à une telle transformation du monde de l’énergie.

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