Deux théatres à Paris : Les Déchargeurs et Théatre Rive-Gauche

Dossier : Arts, Lettres et SciencesMagazine N°531 Janvier 1998Rédacteur : Philippe OBLIN (46)

Il faut de tout pour faire du théâtre, y com­pris une défunte fro­ma­ge­rie, depuis 1979 trans­for­mée en pit­to­resque “ Théâtre des Déchar­geurs ”, sis à Paris, près du Forum des Halles. Une notice ajoute que la fro­ma­ge­rie s’était elle-même éta­blie dans un ancien “ relais de poste ”.

Un relais de poste, en plein Paris ? Intri­gué, j’ai foui­né et décou­vert qu’il s’agit en fait du Bureau gene­ral de la Pote de Paris. Dans un docu­ment de 1708 je lis en effet que ce bureau et à present rue des Déchar­geurs. Là e trouve la boîte où il faut jeter les lettres aux heures mar­quées, à faute de quoy elles reteront pour l’ordinaire sui­vant. Le docu­ment ? Rien moins que l’ALMANACH ROYAL, POUR L’ANNE’E BISSEXTILE MIL SEPT CENS HUIT, CALCULE’ AU MERIDIEN DE PARIS, Où l’on trouve… les routes des Me∫∫agers, les Foires et Potes du Royaume... atter­ri dans ma biblio­thèque il serait trop long de vous dire com­ment. Je vous garan­tis en tout cas la répé­ti­tion fidèle de l’orthographe et de l’accentuation.

Si je vous raconte tout ça, c’est parce que le Théâtre des Déchar­geurs a récem­ment joué une amu­sante pièce, Look en stock, écrite par Madame Bri­gitte Ser­gent-Ave­nas, épouse d’un de nos cama­rades, et mon­tée par la Com­pa­gnie Vicky Mes­si­ca, dans une mise en scène du chef de la Compagnie.

Dans ces lieux de nais­sance du théâtre, les pièces ne demeurent hélas pas long­temps à l’affiche, et c’est dommage.

Vous vous seriez diver­tis au spec­tacle d’un direc­teur d’agence ven­dant de l’apparence – du look – à une jeune prof de math, si crain­tive qu’elle doit se can­ton­ner dans la cor­rec­tion de copies au sein d’un cours par cor­res­pon­dance, et qui vou­drait bien sor­tir de sa timi­di­té ; à un ministre en mal de célé­bri­té, gros ahu­ri ter­ri­fié à l’idée que ses élec­teurs pour­raient l’oublier.

On assis­tait aus­si à une expo­si­tion de sculp­tures contem­po­raines (un seau en plas­tique, un amas de fils de fer…), mon­tée pour un artiste (?) client de l’Agence.

Cette pre­mière pièce de l’auteur est peut-être pour­tant un peu trop céré­brale, pas tout à fait assez théâtre pour mon goût, por­té sur la vire­volte des mots, et, pour­quoi pas, des corps, au moins dans la comé­die. Je me suis deman­dé si le met­teur en scène, qui prête volon­tiers sa voix à Rim­baud, Cen­drars, Apol­li­naire, n’était pas plus à l’aise dans la sombre poé­sie que dans le rire.

En fait de vire­volte des mots, Mon­sieur Jean-Laurent Cochet nous aura com­blés cet automne au Théâtre Rive-Gauche. Assis der­rière sa table de confé­ren­cier, il racon­tait, et trou­vait moyen de jouer, quelques grandes scènes du réper­toire fran­çais, sans oublier La Fon­taine qui, s’il n’a jamais écrit pour le théâtre, n’en est pas moins un maître es mon­tages scéniques :

Six forts che­vaux tiraient un coche

es dia­logues aussi :

Hé ! bon­jour, Mon­sieur du Corbeau,
Que vous êtes joli ! que vous me sem­blez beau !

Théâtre Les Déchargeurs,
3, rue des Déchar­geurs, 75001 Paris Tél. : 01.42.36.00.02.

Théâtre Rive-Gauche,
6, rue de la Gaî­té, 75014 Paris Tél. : 01.43.35.32.31.

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