Améliorer la vie des diabétiques

Dossier : TrajectoiresMagazine N°710
Par Alexis MATHIEU (10)
Par Hervé KABLA (84)

Comment t’est venue l’idée de FeetMe ?

Étudiant en troisième année à l’École polytechnique, Étudiant en troisième année à l’École polytechnique, dans le cadre d’un cours de valorisation de recherche du master Entrepreneur, j’ai eu la chance d’être mis en relation avec un chef de service de La Pitié-Salpêtrière qui évoquait les problèmes de prévention dans la prise en charge du pied diabétique.

Je cherche alors avec mon cofondateur de l’époque, Julien Mercier, à comprendre en profondeur la pathologie en passant des après-midi dans les services avec les patients.

“ Accompagner les complications du pied diabétique grâce à un objet connecté ”

C’est au cours de ces échanges que naît l’idée de FeetMe, accompagner le patient diabétique dans ses complications du pied grâce à un objet connecté. Parce qu’elle est portée tous les jours par le patient, la semelle se présente alors comme le meilleur facteur de forme.

Le patient diabétique souffre d’une perte de sensibilité au niveau des extrémités et en particulier au niveau des pieds, l’objectif des semelles est donc de suppléer ce sens manquant et d’accompagner le patient dans sa maladie au jour le jour.

Quelles ont été les principales étapes pour mettre le projet sur pied ?

La première étape fondamentale a été le développement de la technologie de mesure de pression et son adaptation aux réalités d’utilisation du produit. Cette première étape a aussi été le moment de rassembler les premiers financements indispensables au lancement d’un projet hardware.

Initialement, nous souhaitions valoriser une technologie de l’IEF, l’Institut d’électronique fondamentale à Orsay, mais elle ne répondait pas aux contraintes de coût et de résistance mécanique. Il a donc fallu recommencer le développement de notre propre technologie et la réalisation des premiers prototypes fonctionnels faisant preuve de concept de notre technologie.

Tout au long de ce développement, de nombreux changements nous ont permis d’aboutir à la technologie que nous utilisons aujourd’hui.

Nous sommes ensuite rentrés dans une phase d’intégration produit en intégrant l’accélérateur de start-ups HAX, basé à Shenzhen . Durant cette phase nous avons itéré sur le produit pour préparer la phase d’industrialisation.

En parallèle nous avons commencé les premiers tests chez les patients avec un premier essai clinique à La Pitié-Salpêtrière. Durant toute cette phase, FeetMe prépare l’obtention d’un certificat comme dispositif médical permettant la mise sur le marché de notre produit.

La dernière grande étape passée a été la conclusion d’un accord de distribution avec l’ETI française Thuasne au mois de juin 2015 accélérant ainsi la mise sur le marché.

Et les principaux obstacles rencontrés ?

Les développements technologiques et la définition de la stratégie d’accès au marché ont été les deux plus grands obstacles. En effet sur une technologie de rupture, il est difficile de cerner le meilleur moyen d’accéder au marché rapidement. Le marché visé n’attend pas toujours le produit final envisagé.

Ce travail est long et délicat car dépendant de paramètres initiaux qu’il est difficile de quantifier. La crédibilité dans le domaine médical est aussi une barrière longue à surmonter. L’ingénieur-entrepreneur doit en effet gagner en connaissance sur les pathologies rencontrées afin de pouvoir interagir efficacement avec le praticien.

Vous partîtes à deux, tu te retrouves seul aujourd’hui à la tête de FeetMe,
qu’est-ce que cela change ?

L’expérience initiale de FeetMe est un projet que nous avons monté à deux avec un ami, Julien Mercier. On partage beaucoup en montant un projet entrepreneurial sur les premières étapes de sa construction. Son départ a marqué la transition de la réalisation d’un projet d’étude (master Entrepreneur et stage de fin d’études) à un projet d’entreprise.

Cela a modifié les exigences et les ambitions du projet pour faire naître une entreprise viable et ambitieuse. En pratique, aujourd’hui les rôles sont plus clairement définis dans l’entreprise qu’ils ne pouvaient l’être lorsque nous travaillions avec Julien.

FeetMe a aussi été rejoint par deux associés de grande qualité avec Andrey Mostovov (2006) et Maximilien Fournier (2009) qui apportent une expertise et une énergie forte au projet.

Comment s’oriente-t-on vers le médical sans formation spécifique ?

On ne s’improvise pas fabricant de dispositifs médicaux. J’ai eu la chance de découvrir la Medtech dans la Silicon Valley avec la start-up américaine HeartVista qui développe des logiciels d’IRM cardiaque. C’est lors de ce stage que j’ai pris goût au domaine médical car il associe l’excellence scientifique et le pragmatisme lié à la réalité du patient et de la pathologie qui donne naissance à des projets de rupture.

La notion de valeur ajoutée est très importante à mes yeux dans la création d’entreprise et le domaine médical est une bonne illustration. La question de risque-bénéfice pour le patient est constante dans l’évaluation d’un dispositif médical. FeetMe cherche aujourd’hui à avoir un impact fort en termes de santé publique.

Quelles sont les prochaines étapes ?

“ Nous ne prenons pas assez de risques en France à cause de la peur de l’échec ”

FeetMe prépare aujourd’hui la mise sur le marché de sa solution de mesure de pression chez les praticiens dans le courant du mois d’octobre grâce au partenariat avec Thuasne. Nous avons une ambition forte sur ce marché. En parallèle nous préparons une seconde étude sur les patients diabétiques atteints de neuropathie afin de préparer la démonstration de l’efficacité de notre dispositif dans la réduction du nombre de plaies chez les patients diabétiques atteints de neuropathie.

FeetMe avance aussi sur l’application de sa technologie sur de nombreuses pathologies ou applications où elle pourra apporter une valeur ajoutée forte à l’utilisateur final. Nous avançons donc sur le développement de nouveaux produits de rupture. FeetMe a développé une intelligence dans l’analyse de la marche ou de la course.

Est-il plus facile de créer sa start-up en France ou à l’étranger ?

Mon expérience de création à l’étranger est limitée à l’observation de mes camarades de promotion qui ont pu partir à l’étranger. Mon expérience en France montre qu’il existe un écosystème et de nombreux outils en France pour soutenir les projets entrepreneuriaux. Nous sommes largement soutenus par la BPI et nous avons démontré qu’il est possible en France de monter des partenariats avec des entreprises de taille intermédiaire pour accélérer le développement d’une start-up.

Cependant l’accès aux capitaux pour des projets d’ambition mondial est, je pense, plus limité en France.

N’y a-t-il pas une mode de la « mesure de soi » (quantified self en anglais) ? Comment y résister ?

La collecte d’une grande quantité de données ouvre des potentialités de services nouveaux par l’analyse de ces données provenant du corps, c’est indéniable. Cependant s’il suscite un grand intérêt, je reviens sur ce sujet à la notion de valeur ajoutée. Il est indispensable de pondérer les potentialités de ces données avec la valeur qu’elles apportent.

FeetMe cherche à apporter des solutions à des problèmes identifiés, notre démarche se différencie aujourd’hui de la volonté de collecter une quantité maximale de données. Nous limitons notre collecte aux données nécessaires à la solution que nous souhaitons construire.

Quelles différences entre l’X et Berkeley ?

L’X est une école de l’excellence scientifique théorique, Berkeley est une université tournée vers la mise en place pratique des outils technologiques.

Voici une illustration frappante de cette différence : alors qu’à l’X on va chercher l’excellence scientifique d’une technologie, à Berkeley nous avons été poussés à vérifier le besoin du marché et la valeur ajoutée de notre solution, dans une logique de commercialisation d’un produit, approche qui se développe encore doucement à l’X au travers du master Entrepreneuriat.

Que nous manque-t-il pour parvenir à les égaler en création d’entreprise ?

Un goût du risque plus important et une éducation sur l’échec. Nous ne prenons pas assez de risques en France à cause de la peur de l’échec. Les Américains ont réussi à casser le drame de l’échec pour célébrer la réussite et acceptent donc de prendre plus de risques.

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