Étymologie :
À propos de climat et énergie

Dossier : Trend-XMagazine N°740 Décembre 2018
Par Pierre AVENAS (X65)

Voi­là deux mots d’origine grecque : éner­gie, pour lequel on peut se repor­ter à l’ÉtymologiX de décembre 2017, et cli­mat, dont l’étymologie, assez inat­ten­due, est pré­sen­tée ici. Tout vient du fait que le cli­mat sur Terre varie for­te­ment entre le pôle et l’équateur. De la lati­tude en effet dépend la quan­ti­té d’énergie reçue du Soleil, liée elle-même à l’inclinaison moyenne de ses rayons. Or on va voir que cette incli­nai­son est à l’origine même du grec kli­ma, kli­ma­tos, d’où est issu cli­mat par le latin cli­ma, cli­ma­tis.

À la racine indo-euro­péenne *kl(e)i- « pente, incli­nai­son » se relient de vastes champs séman­tiques, tant en grec et en latin que dans les langues modernes d’Europe.

En partant du grec

Par­mi les mots grecs les plus anciens, on trouve le verbe klinein « pen­cher, incli­ner », « s’incliner », puis « appuyer », voire « faire tom­ber », ou encore « cou­cher, étendre »… et de là vient kli­nê « lit », trik­li­nion « table à trois lits » (cf. le tri­cli­nium romain) et kli­ni­kos « rela­tif au lit » d’où « méde­cin », qui abou­tit par le latin cli­ni­cus à la cli­nique en français.

Plus tard, vers 350 avant J.-C., l’astronome grec Eudoxe de Cnide emploie le terme klima pour dési­gner l’inclinaison de l’horizontale d’un lieu par rap­port à l’axe des pôles, donc la lati­tude. De là, kli­ma a dési­gné une région ou son cli­mat, obser­vé dans une cer­taine plage de latitudes.

Ajou­tons que de kli­ma dérive kli­max, dési­gnant concrè­te­ment une échelle, l’objet incli­né contre un sup­port, et au sens figu­ré une gra­da­tion, sens repris en latin cli­max, puis en fran­çais, où le point ultime d’une gra­da­tion dans le temps, d’un éco­sys­tème par exemple, se nomme cli­max. Ce terme est spé­cia­li­sé, comme l’est en psy­cho­lo­gie cli­matérique pour une étape cri­tique de la vie, ou en géo­lo­gie le synclinal et l’anticlinal.

En latin et en fran­çais, le verbe cli­nare cor­res­pond au grec kli­nein et devient en ancien fran­çais cli­ner, qui n’a sub­sis­té que sous des formes pré­fixées, comme incli­ner (en latin incli­nare, incli­na­tio), d’où enclin, incli­nai­son ou incli­na­tion selon le contexte. On a aus­si décli­ner (en latin decli­nare, decli­na­tio) avec des signi­fi­ca­tions qui exis­taient en latin : « s’infléchir vers le bas, perdre ses forces » (le déclin), « refu­ser (poli­ment) » et aus­si « inflé­chir la forme d’un mot en fonc­tion du cas gram­ma­ti­cal » (la décli­nai­son). En astro­no­mie, on dit qu’un astre décline sur l’horizon, et l’on emploie le terme décli­nai­son : c’est l’angle du rayon ter­restre d’un point du globe par rap­port au plan de l’équateur, ce qui est, au fond, le tout pre­mier sens de kli­ma en grec.

Et l’on pou­vait encore citer le latin cli­vus « pente », d’où une clivité.

Le mot cli­mat lui-même est attes­té au xiiie siècle, d’abord dans le sens « région cli­ma­tique » plu­tôt que dans le sens moderne de « cli­mat », qui appa­raît à par­tir du xviiie siècle. On parle ensuite d’accli­ma­ta­tion, de micro­cli­mat, de cli­ma­ti­sa­tion… et, au sens figu­ré, de cli­mat social ou poli­tique, ou de celui des affaires… Mais en même temps, le cli­mat est deve­nu un enjeu impor­tant, objet de la cli­ma­to­lo­gie et de la bio­cli­ma­to­lo­gie

Tout ce voca­bu­laire se retrouve dans les langues voi­sines, où le cli­mat se dit en ita­lien et en espa­gnol cli­ma, en alle­mand Kli­ma et en anglais cli­mate (de l’ancien français).

Épilogue

Le cli­ma­tos­cep­tique met en doute le carac­tère anthro­pique du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, et entre­tient un cli­mat de défiance vis-à-vis de ceux qui cherchent à rele­ver le défi énergétique.

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