Odimma Therapeutics permet aux patients atteints de cancers de raccourcir leur parcours thérapeutique

La start-up qui révolutionne la médecine personnalisée dans le domaine de l’oncologie

Dossier : Vie des entreprises - HealthtechMagazine N°793 Mars 2024
Par Pascale BALDUCCHI
Par Jean-Marc LIMACHER

Grâce à une pla­te­forme d’immunothérapie com­bi­na­toire per­son­na­li­sée, Odim­ma The­ra­peu­tics a pour ambi­tion de déve­lop­per et démo­cra­ti­ser les trai­te­ments sur-mesure pour trai­ter de manière spé­ci­fique les patients atteints de can­cer. Pas­cale Bal­duc­chi, CEO de cette start-up inno­vante spé­cia­li­sée dans la méde­cine personnalisée.

Présentez-nous Odimma Therapeutics. 

Odim­ma The­ra­peu­tics est née d’un bre­vet dépo­sé par le doc­teur Jean-Marc Lima­cher, onco­logue chef du ser­vice d’oncologie de l’Hôpital Louis Pas­teur de Col­mar au sein duquel il a déve­lop­pé son acti­vi­té de géné­tique onco­lo­gique visant à soi­gner les indi­vi­dus et les familles ayant une pré­dis­po­si­tion héré­di­taire au can­cer. Dans ce cadre, il a tra­vaillé sur une approche inno­vante visant à prendre en compte la géné­tique du can­cer pour déve­lop­per une thé­ra­pie nouvelle. 

Dans cette conti­nui­té, la start-up Odim­ma The­ra­peu­tics a vu le jour en 2017. Aujourd’hui, Odim­ma The­ra­peu­tics emploie 8 per­sonnes et a levé, à date, près de 5 mil­lions d’euros prin­ci­pa­le­ment auprès de fonds publics et de capi­taux pri­vés. Nous avons ain­si essen­tiel­le­ment été sou­te­nus par des Busi­ness Angels (tels que Angels San­té et Alsace Busi­ness Angels, mais aus­si des membres des com­mu­nau­tés Spor­tive, San­té et Indus­trielle) et des ins­ti­tu­tion­nels, comme le fonds Cap Innov’Est et BPIfrance.

Actuel­le­ment, nous sommes en pleine recherche de finan­ce­ments pour com­men­cer un pre­mier essai cli­nique chez l’Homme, de phase I. 

Dans le domaine de la lutte contre le cancer, à quelle problématique vous intéressez-vous et pourquoi ? 

Une des dif­fi­cul­tés majeures de la lutte contre le can­cer est liée au fait que chaque patient atteint pré­sente une tumeur qui est géné­ti­que­ment unique, c’est-à-dire que cette tumeur pos­sède des mar­queurs tumo­raux qui lui sont propres. Ces mar­queurs, appe­lés des néo-anti­gènes, peuvent éga­le­ment ser­vir de cible au sys­tème immu­ni­taire. Si le sys­tème immu­ni­taire est sti­mu­lé effi­ca­ce­ment pour recon­naître et détruire les cel­lules qui portent ces néo-anti­gènes, il pour­ra être en mesure de détruire spé­ci­fi­que­ment la tumeur.

À par­tir de ces constats, Odim­ma The­ra­peu­tics déve­loppe une pla­te­forme per­son­na­li­sée qui va cibler ces néo-anti­gènes pré­sents dans la tumeur du patient pour induire et ampli­fier une réponse immu­ni­taire effi­cace contre la tumeur. C’est un chan­ge­ment signi­fi­ca­tif dans la manière d’appréhender le can­cer, car il ne s’agit plus de consi­dé­rer s’il s’agit d’une tumeur du sein ou du pou­mon, par exemple, mais de consi­dé­rer la tumeur d’un patient X ou Y, quel que soit l’organe solide por­teur de cette tumeur. 

Concrètement, que proposez-vous ? 

Grâce à l’intelligence arti­fi­cielle et aux algo­rithmes, nous recher­chons et sélec­tion­nons les mar­queurs per­ti­nents de la tumeur pour les regrou­per sous forme d’une por­tion d’ADN syn­thé­tique. Nous y ajou­tons deux adju­vants, qui sont des poten­tia­li­sa­teurs forts de la réponse immu­ni­taire. L’ensemble des 3 élé­ments (le vac­cin) est ensuite injec­té au patient pour sti­mu­ler son sys­tème immu­ni­taire à se diri­ger contre ces néo-antigènes.

Les récents pro­grès en can­cé­ro­lo­gie ont notam­ment été ren­dus pos­sibles par l’apparition d’une classe de médi­ca­ments, les inhi­bi­teurs de point de contrôle. Dans l’organisme, ces points de contrôle sont des molé­cules qui empêchent le sys­tème immu­ni­taire de s’emballer à chaque évé­ne­ment qui se pro­duit. Nous ajou­tons ain­si à l’ADN syn­thé­tique deux adju­vants : un virus inac­ti­vé pour sti­mu­ler le sys­tème immu­ni­taire et un inhi­bi­teur de point de contrôle á faible dose pour ampli­fier la réponse immune obte­nue. L’idée est de don­ner un signal d’alerte à l’organisme pour déclen­cher puis per­mettre la réponse immu­ni­taire ciblée. 

Odim­ma The­ra­peu­tics a réus­si à déve­lop­per une pla­te­forme tech­no­lo­gique dotée d’une double carac­té­ris­tique : la puis­sance et la personnalisation.

Quels sont les défis que pose la médecine personnalisée ?

L’immunothérapie déve­lop­pée au cours des der­nières années a per­mis des avan­cées majeures dans la lutte contre le can­cer. Néan­moins, on estime que seule­ment 20 % des patients en moyenne peuvent réagir aux immu­no­thé­ra­pies clas­siques. L’ambition d’Odimma The­ra­peu­tics est de per­mettre à beau­coup plus de patients de béné­fi­cier de ces nou­velles classes thé­ra­peu­tiques, mais aus­si de créer de nou­veaux répon­deurs notam­ment pour les patients qui pré­sentent une résis­tance à l’immunothérapie, afin de les rendre sen­sibles. Nous sommes per­sua­dés que la méde­cine per­son­na­li­sée est un des prin­ci­paux vec­teurs des pro­grès et des avan­cées de demain.

Dans ce cadre, nous appor­tons une véri­table inno­va­tion avec notre pla­te­forme qui per­met de pro­po­ser un vac­cin thé­ra­peu­tique spé­ci­fique à chaque patient.

Au-delà, les défis de la méde­cine per­son­na­li­sée tournent aus­si autour du coût et de la durée néces­saire á la fabri­ca­tion du trai­te­ment. Chez Odim­ma The­ra­peu­tics, nous contri­buons à lever ces freins. En effet, le recours à l’ADN syn­thé­tique per­met d’aller plus vite que l’ARN et que les tech­no­lo­gies actuel­le­ment uti­li­sées. Nous espé­rons pou­voir pro­po­ser dans un délai de 7 semaines le médi­ca­ment sur-mesure au patient. En paral­lèle, nous sou­hai­tons aus­si que ce trai­te­ment soit acces­sible et abor­dable au béné­fice de tous les patients et com­pa­tible avec les contraintes des sys­tèmes de san­té ; l’ADN syn­thé­tique per­met, par ailleurs, une meilleure maî­trise des coûts.

Dans cette démarche, à quelles problématiques êtes-vous confrontés ?

L’enjeu est d’articuler une chaîne de pro­duc­tion ou sup­ply chain effi­cace et per­for­mante capable de gérer l’ensemble de ces para­mètres et com­po­santes. Dès le départ, nous avons tra­vaillé sur la sécu­ri­sa­tion de cha­cune des étapes.

Concrè­te­ment, en amont de la chaîne, le patient subit un pré­lè­ve­ment afin de réa­li­ser le séquen­çage de l’ADN qui est pris en charge par notre par­te­naire. Ce séquen­çage est ensuite ana­ly­sé grâce à l’intelligence arti­fi­cielle et à l’aide d’algorithmes  afin d’identifier les élé­ments néces­saires à la fabri­ca­tion de l’ADN syn­thé­tique. Ces élé­ments sont trans­mis aux acteurs en charge de pré­pa­rer l’ADN syn­thé­tique. En paral­lèle, les deux autres com­po­sants, le virus et l’inhibiteur de point de contrôle sont pré­pa­rés à l’avance et prêts à être utilisés. 

Les maillons de la chaîne de valeur qui couvrent la per­son­na­li­sa­tion du pro­duit ne repré­sentent, in fine, que 30 % du pro­ces­sus glo­bal. Le modèle est « sca­lable » et a la capa­ci­té à ser­vir un nombre crois­sant de patients.

Aujourd’hui, comment vous projetez-vous sur le marché ? Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous fina­li­sons une der­nière étude régle­men­taire afin de dépo­ser notre demande d’essai cli­nique pour pou­voir com­men­cer la phase I à par­tir de l’été 2024 dans l’indication du can­cer colo­rec­tal dans un pre­mier temps. Cet essai sera réa­li­sé avec le centre régio­nal de lutte contre le can­cer Georges-Fran­çois Leclerc, basé à Dijon, et qui est un centre de réfé­rence en immu­no­thé­ra­pie et en can­cé­ro­lo­gie diges­tive. Nous sommes éga­le­ment en cours de dis­cus­sion pour mettre en place des col­la­bo­ra­tions dans les domaines du can­cer du sein et du mélanome.

Vous pré­pa­rez éga­le­ment une levée de fonds…

Les essais cli­niques néces­sitent des fonds signi­fi­ca­tifs. Dans le contexte actuel, les mar­chés du capi­tal risque et des levées de fonds pour les bio­techs sont très dif­fi­ciles d’accès et très res­ser­rés depuis près de deux ans. Nous sommes actuel­le­ment en phase active de recherche de finan­ce­ments et d’investisseurs pour pour­suivre nos déve­lop­pe­ments et avan­cer vers notre pre­mier essai cli­nique que nous sou­hai­tons lan­cer d’ici l’été 2024.

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