Valoriser la diversité des élèves

Dossier : ExpressionsMagazine N°680Par : Catherine FORESTIER, directrice de l’école de la rue de Tourtille

Accueillant 220 enfants, l’école est située dans un quartier où les nouveaux logements HLM construits dans le cadre des rénovations du quartier de Belleville accueillent de nombreuses familles immigrées primo-arrivantes.

Catherine FORESTIER, directrice de l’école de la rue de TourtilleLes enfants sont originaires de vingt nationalités différentes, 70 % sont issus de familles provenant d’Afrique noire, du Maghreb ou d’Extrême-Orient, et le décompte des tarifs réduits à la cantine montre la faiblesse des revenus de beaucoup d’entre elles.

Résorber la violence

En 2003 et 2004, l’école a connu une période difficile. La mise en place d’une nouvelle direction et le renouvellement de l’équipe pédagogique ont permis la définition d’un projet dont la mise en œuvre a fortement contribué à résorber la violence.

Un premier défi était de persuader les parents d’origine hexagonale de ne pas retirer leurs enfants. L’Association de parents d’élèves a été associée aux réflexions qui ont débouché sur trois orientations.

Mieux vivre dans l’institution

D’abord, il fallait permettre à chaque enfant de mieux vivre dans l’institution scolaire et d’y apprendre à devenir citoyen à part entière. Cela s’est traduit par la mise en place de conseils d’enfants où ils apprenaient à débattre, à écouter, à ne pas être d’accord, à construire des règles de vie commune.

Il a aussi été mis en place une procédure de contrat qui permettait de sortir temporairement de sa classe un élève posant de gros problèmes de comportement.

Se donner les moyens de la réussite

Ensuite, il fallait se donner les moyens d’assurer la réussite de chaque élève.

Prendre en compte une population pour laquelle «l’école ne va pas de soi»

L’emploi du personnel supplémentaire affecté au titre du classement de l’école en ZEP a permis d’assouplir la répartition des tâches entre les enseignants, avec des fonctionnements en sous-groupes pour mieux prendre en compte l’hétérogénéité des élèves.

Le Réseau d’aide spécialisée aux enfants en difficulté (Rased) a pris en charge ceux qui étaient en grande difficulté. Enfin des contacts ont été pris avec les collèges du quartier de façon à préparer les passages en sixième des élèves en fin de CM2.

Améliorer la communication

Enfin, il convenait d’améliorer la communication avec les familles, notamment celles qui n’avaient aucune familiarité avec l’école. Celle-ci a recouru à des interprètes pour les contacts avec les parents qui ne maîtrisaient pas l’usage du français à l’écrit et parfois même à l’oral. Elle a aussi engagé des actions (expositions, semaines thématiques, etc.) dans le but de valoriser la diversité des cultures.

Résister collectivement

Après trois années, en 2009, l’école a revu son diagnostic.

«La qualité des enseignants, la mobilisation de l’équipe, la promotion de valeurs telles que le respect mutuel, celui des enseignants, du personnel de service, mais aussi des élèves, des familles, le temps pris pour le dialogue, l’accent mis sur des apprentissages qui aient un sens pour les élèves, la réflexion sur les évaluations et l’orientation des élèves, sur les règles et les sanctions, la qualité de vie dans l’établissement, la participation de chacun à des initiatives sont autant de moyens pour résister collectivement et donner un sens à l’école, là où l’école ne va pas de soi.»

D’où un nouveau projet qui reformulait les trois orientations.

Collectif à l’école de la rue de TourtilleLe théâtre comme instrument d’intégration

«J’ai découvert l’école de la rue de Tourtille à l’occasion de la fête de fin d’année des classes de CM2. J’avais été convié par une enseignante dont j’accompagnais la scolarité d’un élève. Il s’agissait de la représentation d’une comédie musicale dont le professeur de musique avait écrit le texte et composé la musique, et que les professeurs des deux CM2 avaient mise en scène. S’agissant d’une histoire dont les protagonistes étaient les dieux de la mythologie grecque, le spectacle alternait le chœur chanté des enfants avec des scènes parlées dont ils étaient les acteurs, un orchestre de six enseignants dirigés par l’auteur assurant la musique.

Il en résultait une représentation très enlevée d’une heure trente, reçue avec un grand bonheur par le public des parents.

L’auteur avait multiplié les personnages de façon à ce que tous les enfants aient un rôle. Les choristes chantaient avec enthousiasme des textes simples et drôles. Rien n’était improvisé, le spectacle était l’aboutissement d’un travail collectif autour duquel les deux professeurs des CM2, celui de musique, celui d’arts plastiques et leurs collègues de l’orchestre avaient réussi à mobiliser leurs 45 élèves, faisant vivre un Olympe composé comme une assemblée générale de l’ONU.

Cela se passait dans une école primaire située au cœur d’un quartier très sensible. On connaît la gravité du problème de l’échec dans l’enseignement primaire en France. Il m’a semblé que cette école s’était donné les moyens d’assumer et même de valoriser la grande diversité ethnique des élèves. C’est pour mieux la connaître que j’ai pris contact avec sa directrice.»

Jacques Denantes (49)

Donner un sens à l’école

Concernant l’apprentissage de la citoyenneté, il fallait que tous les élèves trouvent « un sens à l’école». Ils ont produit des émissions pour la radio scolaire, ils se sont impliqués dans la préparation de semaines à thèmes (semaine de la poésie, de la science, du sport, etc.), enfin ils sont devenus acteurs de spectacles comme la comédie musicale de la fête des CM2.

Le socle commun

Se donner les moyens, non seulement d’assumer, mais encore de valoriser la pluralité

Au plan de la réussite scolaire, l’école a inscrit son action dans le cadre du socle commun des connaissances et des compétences défini par la loi de 2005. Il s’agit de celles que chaque élève doit savoir et maîtriser en fin de scolarité obligatoire.

Ayant mis l’accent sur la pratique de la lecture et sur l’utilisation du calcul dans la résolution de problèmes, l’école a engagé des actions concrètes pour en assurer la maîtrise par tous les élèves : rituels d’apprentissage, dégroupages des classes, incitations à la lecture, exercices de résolution de problèmes, etc.

Aider les familles

Pour la communication avec les familles, l’école s’est préoccupée d’apporter une aide à celles qui n’avaient ni les moyens, ni les capacités d’organiser le temps des enfants en dehors de l’école. Il s’agissait, là encore, de lutter contre l’échec scolaire par des activités d’aide et d’accompagnement, d’abord dans l’école, mais aussi hors de l’école en établissant des partenariats avec des associations d’éducation populaire.

En amont de l’école, des contacts ont été établis avec les écoles maternelles du quartier afin de préparer les arrivées en CP.

Assurer le fonctionnement de l’école

Une diversité maîtrisée

Sans doute cette école ne peut-elle rivaliser avec celles des beaux quartiers où, dès l’entrée en maternelle, les parents ont le souci de la réussite de leurs enfants, mais dans la mesure où la direction et l’équipe enseignante de la rue de Tourtille ont réussi à maîtriser la diversité, on peut se demander si, mieux que dans une autre école, les enfants ne sont pas ici préparés à vivre dans un monde de plus en plus voué à cette diversité.

Jacques Denantes (49)

Ayant défini ces orientations et consolidé une équipe pour les mettre en œuvre, l’école a retrouvé un mode de fonctionnement qui la met au diapason de son quartier. Seulement 17% des élèves sont français de souche, mais les parents ont retrouvé confiance.

Au contact de l’école, on sent la cohésion d’une équipe enseignante de 14 personnes, cohésion entretenue par la forte implication de la directrice, par l’habitude instaurée d’une réunion informelle chaque fin de semaine et par l’accent mis sur l’accueil des nouveaux affectés.

Tous les problèmes ne sont pas résolus. Il reste l’absentéisme d’enfants dont les parents décident en cours d’année d’aller faire un tour au pays et qui rendent ensuite l’école responsable de l’échec en fin d’année.

Tous les matins et tous les soirs, il faut surveiller la porte et contrôler les entrées et parfois même intervenir dans la rue pour protéger les enfants. À l’intérieur même de l’école, il arrive que surgissent des conflits entre élèves dont on a peine à comprendre les raisons.

Mais une grande vigilance et la bonne entente entre les enseignants permettent de garder ces péripéties sous contrôle. L’école affiche des résultats scolaires qui la situent au-dessus de la moyenne de sa circonscription.

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