Axel GUYON, Dessin : Laurent Simon

Axel Guyon (2010), Stanford, majeure jazz

Dossier : TrajectoiresMagazine N°739
Par Pierre LASZLO

Chez lui, la formation polytechnicienne s’accompagne d’une curiosité tous azimuts. D’ores et déjà, il a tâté de l’écriture informatique et de la mise au point d’un site sur la Toile, de l’expérimentation du moins mauvais type de scrutin électoral, de celle des revêtements de façades d’immeubles ou encore de la rupture en microbulles de fines pellicules d’air.

Où tout cela le conduira-t-il ? À l’enseignement ? À la direction-animation d’un centre de recherche ?

Prima la musica

Sa mère est issue d’une famille d’agriculteurs de la Mayenne. Elle est psychologue du travail à Pôle emploi. Son père, originaire du Maine-et-Loire, travaille chez EDF, où il fit sa carrière. Sa sœur, consultante à BearingPoint, une société de conseil européenne, est passée par EM Lyon, école de management et de commerce. Né à Paris, Axel Guyon grandit à Avon, voisine de Fontainebleau. Les intérêts de son enfance reflètent son ouverture d’esprit, sa principale caractéristique : il joua du saxophone, dans un groupe de jazz ; sa matière préférée était l’histoire ; il lisait roman après roman, tout au long de l’année, quand il n’écoutait pas de la musique.

Taupin option jazz

Bachelier en 2008, avec la mention très bien, il entra en prépa à Louis-le-Grand ; non sans une grande appréhension initiale, issue de l’aura des grandes prépas parisiennes. Il y trouva une majorité de camarades parisiens et franciliens, rejetons des classes moyennes supérieures, des garçons surtout. Néanmoins, il aima beaucoup son passage par la prépa.

Ce faisant, il visitait régulièrement les disquaires du Quartier latin (notamment Crocojazz, rue de la Montagne-Sainte-
Geneviève) et « m’offrais un CD lorsque les choses se passaient bien. C’est là que j’ai acheté A love supreme de John Coltrane, notamment. Quand j’ai commencé ma sup, c’étaient les 50 ans de la sortie de A kind of blue et FIP passait du Miles Davis tous les soirs quand je travaillais. Ça a donné le ton pour le reste de la prépa. »

Il intégra l’X en 3/2, fit son profit du stage militaire dans l’armée de l’air, et s’inscrivit dans la section de handball ; hélas, une blessure chronique à l’épaule l’empêcha d’en profiter pleinement.

 

“Miles Davis a donné le ton
de ma prépa !”

 

Stanford, à nous deux…

Après l’X, il choisit de s’expatrier en Californie et de poursuivre sa formation à Stanford, de 2013 à 2015, pour y préparer un mastère sur la production d’énergie et la pollution atmosphérique. Il lui en coûta environ 40 000 dollars, pour une formation qu’Axel ne juge pas meilleure que celle de l’X. Durant cette période, il présida l’association des étudiants français de Stanford. Sa réceptivité politique s’y affûta : « Je ne pense pas avoir fait l’expérience d’un unique événement marquant. J’ai plutôt acquis ma sensibilité politique de manière progressive, en m’efforçant de rester critique envers moi-même lorsque quelque chose ou quelqu’un remettait en question mes opinions. Mon expérience aux États-Unis notamment, où la situation en termes d’inégalités et de racisme est similaire (mais en pire, généralement) a été particulièrement formatrice sur ces questions. »

Depuis avril 2015, il a un poste d’ingénieur, à Santa Clara (dans la Bay Area), chez Natron Energy : il y œuvre à la mise au point de piles électriques plus performantes.

Quasi una fantasia

Avec un groupe d’amis de Stanford, depuis quelques années, il affectionne l’improvisation théâtrale. Elle vient redoubler son plaisir à improviser au saxophone.

Improviser, à y réfléchir, est le lot de tout professionnel, personnel médical, avocat, enseignant, et j’en passe. Ce talent vous vient autant de la formation que d’une aptitude naturelle. Tout un acquis y est mis à contribution, pour un dialogue intériorisé entre un moi locuteur et un moi écouteur, selon la formulation d’Émile Benveniste. Il atteste la largeur d’esprit qui est le fait d’Alex Guyon.

Victor Hugo (Les Misérables) y mit une sourdine : « Méditons si nous voulons être éblouissants. Trop d’improvisation vide bêtement l’esprit. Bière qui coule n’amasse point de mousse. Messieurs, pas de hâte. Mêlons la majesté à la ripaille ; mangeons avec recueillement ; festinons lentement. »

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