Carl de Poncins (X99) a cofondé Panthea-Theatre in Paris. © Audray Saulem

Panthea-Theatre in Paris : leader du sous-titrage pour le spectacle vivant

Dossier : TrajectoiresMagazine N°779 Novembre 2022
Par Hervé KABLA (84)

En 2014, Carl de Poncins (X99) a cofondé Panthea-Theatre in Paris, leader européen des solutions de sous-titrage pour le spectacle vivant. Panthea propose des services complets de surtitrage, qui incluent le découpage et la traduction des surtitres, l’implantation technique sur place, ainsi que les différentes prestations pendant les représentations. Panthea gère également Theatreinparis.com, un site de billetterie en ligne pour les spectateurs internationaux à Paris, la ville la plus visitée d’Europe.

 

Quelle est l’activité de la société Panthea-Theatre in Paris ?

Nous avons deux activités, l’une BtoB et l’autre BtoC. Sous la marque Panthea, nous avons développé une activité de services et matériels de sous-titrage à destination des producteurs, théâtres, opéras et festivals. Nous leur fournissons les écrans de projection, des traductions de grande qualité grâce à l’utilisation d’un logiciel que nous avons développé sur mesure, et enfin les opérateurs de régie qui, concrètement, sont ceux qui font défiler le sous-titrage lors du spectacle, à l’aide du même logiciel.

 

“Nous avons développé une activité de services et matériels de sous-titrage pour le théâtre.”

 

Nous avons également développé un service révolutionnaire permettant le sous-titrage individualisé sur appareils mobiles, notamment sur des lunettes connectées. Dans ce cas, les sous-titres apparaissent dans les lunettes, ce qui permet à chaque spectateur de profiter du spectacle dans sa langue, avec un affichage personnalisé dans son champ de vision, sans déranger les autres spectateurs dans la salle. Nous avons été les tout premiers à mettre sur le marché une telle solution pour le théâtre. C’est un art particulièrement adapté à ce système de réalité augmentée, car le spectateur a besoin de garder les yeux sur la scène pour rester concentré et profiter pleinement de l’expérience. Les lunettes connectées permettent donc un gain en confort important par rapport à des écrans classiques.

En parallèle, nous gérons une activité BtoC sous le nom « Theatre in Paris ». Theatreinparis.com est un site de billetterie permettant de réserver des spectacles parisiens accessibles à tous, Français comme étrangers. Nous proposons notamment opéras, concerts de musique classique, jazz, et des pièces de théâtre en français sous-titrées en anglais pour le public anglophone. Le site est disponible en anglais et en français, et nous soignons tout particulièrement le service client pour être au niveau des standards des spectateurs venus du monde entier qui ne connaissent pas toujours les codes des salles de spectacle françaises, mais aussi pour la clientèle française exigeante.

Quel est le parcours des fondateurs ?

Nous sommes trois associés à l’origine du projet : Christophe Plotard, journaliste dans le secteur du tourisme, Romain Beytout, chanteur d’opéra, et moi-même, X99 ayant travaillé dix ans dans l’innovation dans de grands groupes industriels. Nous nous sommes rencontrés au conservatoire de Levallois où nous chantions ensemble dans le Jeune Chœur d’Île-de-France. Malgré la diversité de nos parcours, nous étions réunis par l’amour du chant en particulier, et du monde du spectacle en général. Pour ma part, j’avais acquis de premières expériences dans la conduite de projets innovants, puis dans la gestion d’un portefeuille d’innovations. À un moment donné, je me suis dit que, après avoir mené ces projets d’innovation au service d’actionnaires, j’avais envie de le faire de façon autonome, en créant ma propre entreprise.

En 2016, nous avons fusionné avec une agence allemande spécialisée dans le sous-titrage de théâtre, ce qui nous a amenés à être rejoints par deux associés berlinois : David Mass et Anna Kasten. Aujourd’hui, Panthea est donc présent à Paris et à Berlin. Cette expansion à l’international, et en Allemagne en particulier, fait écho à mon parcours, car j’ai effectué mon école d’application à l’université allemande d’Aix-la-Chapelle, la RWTH. Du génie industriel et automobile au monde du spectacle, il y avait un long chemin, mais c’est finalement la langue allemande et le goût de l’innovation qui en ont été le fil directeur.

Comment t’est venue l’idée ?

L’idée est née de discussions avec Nicolas Lormeau, sociétaire de la Comédie-Française, en 2013. Il nous avait raconté son expérience de tournées en Russie et en Chine, et je cite de mémoire : « Nous jouions une comédie de Feydeau en français à Moscou, et la salle riait plus qu’en France ! » Intrigué par cette expérience au-delà des frontières, j’en ai parlé avec deux amis du conservatoire et après quelques bières nous avons décidé de creuser cette question : et si, avec des sous-titres anglais, il était possible d’ouvrir le théâtre français au public international ?

Par la suite, nous avons élargi le concept pour proposer une billetterie qui place le spectateur au centre de l’expérience, avec un soin particulier apporté au service client. Nous avons diversifié notre offre pour référencer tous les spectacles accessibles aux étrangers, puis avons ouvert une version en français du site Theatreinparis.com, pour que les clients francophones, ou partiellement francophones, ou simplement à la recherche d’un site plus personnalisé et premium que les grandes billetteries, trouvent leur bonheur.

 

“Et si, avec un sous-titrage, il était possible d’ouvrir le théâtre français au public international ?”

 

Très vite, nous avons identifié le besoin d’améliorer et numériser les outils dédiés à la traduction pour le monde du spectacle, afin de gérer les volumes grandissants. L’un de nos partenaires, la Schaubühne de Berlin, dirigée par Thomas Ostermeier, est par exemple l’une des plus grandes scènes au monde pour le théâtre contemporain. Leurs spectacles tournent littéralement dans le monde entier. Il pouvait donc exister, pour un spectacle donné, jusqu’à 9 fichiers de sous-titres dans des langues différentes et parfois sous des format différents (PowerPoint, format texte…). Si une scène de ce spectacle était modifiée un jour aux États-Unis, elle devait être adaptée également pour la représentation de la semaine suivante en Corée du Sud… un véritable enfer de traitement manuel.

Lauréats du Concours d’innovation numérique du ministère de l’Économie, nous avons développé un logiciel appelé Spectitular® qui est devenu une plateforme SaaS présentant tous les avantages du cloud : collaborative, multilingue, multisupport. Nous apportons un vrai professionnalisme dans l’art du « surtitrage » (le nom donné au sous-titrage dans le théâtre et l’opéra), qui est un métier qui était peu reconnu jusqu’alors.

Qui sont les concurrents ?

Du côté de l’activité de sous-titrage, il existe quelques agences historiques qui sont pour la plupart locales et liées à un lieu emblématique : 36caracteres en Espagne et le Teatro Real de Madrid ; Prescott Studio en Italie et la Scala de Milan ; ou encore Stagetext au Royaume-Uni qui a le statut de charity. Nous nous différencions par une offre complète, combinant la location-vente de matériel (écrans, lunettes connectées), le logiciel, la création des contenus et l’opération – qui pourrait paraître simple mais qui en réalité demande une expertise très pointue – consistant à faire défiler les sous-titres pendant les représentations. Aujourd’hui nous disposons d’un réseau unique au monde de près d’une centaine de traducteurs et opérateurs multilingues. Notre objectif est vraiment qu’un maximum de spectacles soient accessibles au plus grand nombre grâce au sous-titrage.

Pour la branche BtoC, dans la billetterie internationale, les grands acteurs sont TripAdvisor (via sa filiale Viator) et GetYourGuide, une start-up allemande. Ce sont les grands supermarchés internationaux des activités touristiques. Toutefois, au-delà des grands incontour­nables tels que bateaux-mouches, statue de la Liberté, tour Eiffel, etc., il est difficile de trouver sur ces sites des propositions qui sortent des sentiers battus. C’est sur ce créneau que nous nous positionnons à Paris. Dans la billetterie française, les leaders sont bien connus : Fnac, Billetreduc, Ticketac, Theatreonline. Là aussi, notre spécificité est claire : outre une navigation entièrement pensée pour un visiteur occasionnel international, nous proposons un service d’épicerie fine. Sur Theatreinparis.com, vous pouvez ainsi découvrir une sélection de spectacles choisis, un service client personnalisé et bilingue, avec un travail soigné de mise en valeur de la centaine de spectacles référencés.

Quelles ont été les étapes clés depuis la création ?

Dès 2014, à la création du site Theatreinparis.com, nous avons connu une réception enthousiaste du marché et de l’écosystème. Cela nous a permis de défendre une marque BtoC très tôt dans un secteur touristique peu propice à l’émergence d’idées innovantes, puis de lever des fonds et de continuer notre développement.

Fin 2016, la fusion évoquée précédemment avec l’Allemagne nous a permis de développer une branche BtoB proposant aux théâtres, opéras et festivals à travers le monde des services de traduction et de sous-titrage, une niche sur laquelle nous sommes désormais leader avec plus de 150 clients partenaires dans toute l’Europe et au-delà : Opéra de Berlin, Festival de Salzbourg, Théâtre national de Bretagne, Odéon Théâtre de l’Europe, Théâtre national de Bruxelles, Schaubühne de Berlin, et bien d’autres. Récemment, nous avons équipé le Teatro Stabile de Turin en Italie, le Théâtre français de Toronto au Canada et bientôt le Royal Opera House à Londres.

 

“Nous avons développé le sous-titrage multilingue sur appareils mobiles, notamment sur lunettes de réalité augmentée.”

 

Nous avons également développé des solutions technologiques innovantes (on ne se refait pas !) en étant les premiers au monde à proposer le sous-titrage multilingue sur appareils mobiles, notamment sur lunettes de réalité augmentée. Cette technologie, qui permet une personnalisation de l’expérience et un confort de lecture inégalé, est déployée régulièrement dans des festivals et dans des lieux pionniers souhaitant offrir un service d’accessibilité innovant. Nous l’avons déployé sur des spectacles du festival « IN » d’Avignon, notamment sur la scène iconique de la cour d’honneur du palais des Papes.

Cette saison, l’Opéra de Lille s’est également équipé de lunettes de réalité augmentée pour proposer, en complément du sous-titrage traditionnel sur écrans, des sous-titres en néerlandais ou en français adaptés aux sourds et malentendants. Concrètement le spectateur sourd ou malentendant voit dans ses lunettes une personne qui parle en langue des signes. C’est un progrès important pour cette grande maison publique qu’est l’Opéra de Lille dans sa volonté d’être accessible au plus grand nombre !

Les 24 derniers mois ont été difficiles pour le monde du spectacle. Comment s’est passée la reprise ?

Pour dire les choses sans détour : nous sortons de deux ans de cauchemar. Quand vos clients et vos fournisseurs (touristes et théâtres) disparaissent simultanément, il ne vous reste que vos yeux pour pleurer… Heureusement, nous avons pu bénéficier d’une combinaison de deux facteurs : d’une part, notre structure financière solide avec des actionnaires et des banques fidèles, et une trésorerie importante en début de crise ; d’autre part, des aides publiques massives.

Dès que les théâtres ont rouvert leurs portes de façon pérenne et que les voyageurs internationaux sont revenus, nous avons donc pu recommencer à accueillir des spectateurs et à fournir nos services avec une montée en puissance au cours de la saison 2021-2022. Nous avons constaté un retour des voyageurs internationaux et une intensification des propositions de la part des salles de spectacle.

Mais c’est véritablement en septembre 2021 que les choses sérieuses ont recommencé. Entre les spectacles décalés, les nouveautés et l’envie farouche de rouvrir, il y a eu un embouteillage de propositions et nous avons dû passer en quelques jours de l’hibernation à l’hyperactivité. Ce n’était pas évident pour les nerfs, même si ce sont de bien meilleurs problèmes que ceux qui consistaient à survivre sans eau dans le désert. Et nous avons pu constater que le travail réalisé pendant la crise portait ses fruits : notre réputation est intacte et nous avons gagné de nouveaux partenaires grâce à la qualité du travail de nos équipes et au bouche à oreille.

Si nous parvenons à gérer habilement cette nouvelle montée en charge, nous prévoyons de gagner des parts de marché et donc de surperformer par rapport à notre secteur. Et maintenant nous avons cinq ans pour rembourser notre dette Covid…

La quasi-disparition des touristes à Paris vous a-t-elle contraints à revoir le business plan initial ?

Passé le moment de sidération du début du confinement (« Nous sommes en guerre, etc. »), nous avons mené deux actions : sécuriser financièrement l’entreprise et adapter notre activité à la nouvelle réalité. Sur le premier point, le travail a été intense mais somme toute assez classique : recherche d’aides diverses, endettement, réduction provisoire des coûts… En revanche, pour adapter notre activité, c’était beaucoup plus compliqué. Comme je l’ai déjà dit, quand vous n’avez plus ni clients ni fournisseurs, vous êtes en état de mort cérébrale.

Nous avons finalement mis en œuvre deux décisions complémentaires : à court terme, accompagner nos partenaires pour numériser leur offre. Nous avons ainsi sous-titré des spectacles joués sur Zoom comme Splendid’s de Jean Genet au Théâtre national de Bretagne ou sur Instagram comme _jeanne_dark_ de Marion Siéfert. Nous avons également coordonné des conférences multilingues pour des festivals se tenant entièrement à distance. Et à moyen terme, grâce à notre solidité financière et à nos fonds propres élevés, nous avons continué à perfectionner notre logiciel de sous-titrage et notre site de billetterie. L’objectif était d’être prêts à la reprise et de gagner des parts de marché.

Notre business plan a ainsi été décalé de deux ans, mais la reprise est très dynamique, supérieure à la situation précrise. Et, lorsque les touristes reviennent, nous avons une meilleure offre à leur proposer.

Comment lutter contre des concurrents qui se nomment Netflix, Amazon, Disney, UGC ou Gaumont ?

Les études d’opinion indiquent que le retour au spectacle sera certes lent, mais avec un désir accru de sorties. Rien n’indique qu’un « retour à la normale » ne se fera pas. Autrement dit, le remplacement d’un divertissement expérientiel par un divertissement à la maison n’aura pas lieu.

On le constatait déjà depuis quelques années dans l’industrie musicale, où les concerts ont toujours plus de succès alors qu’on peut écouter à tout moment son artiste préféré sur une plateforme de streaming. Le streaming n’a pas tué les concerts, il est devenu une source de revenus et un outil de marketing pour attirer les spectateurs en salle. Je prédis le même destin au numérique pour le théâtre et l’opéra. Ce que nous imaginons, c’est que l’offre de divertissement va devenir toujours plus hybride, avec une forte valorisation de l’événementiel, enrichi par une expérience prolongée avant, pendant et après le spectacle, et avec une personnalisation accrue.

 

“La reprise est très dynamique, supérieure à la situation précrise.”

 

Dans un autre registre, je suis devenu en 2021 trésorier de Fedora, la plateforme européenne de promotion de l’innovation dans l’opéra et le ballet. Fedora a pour objectif d’aider à la transformation de cette industrie qui est en danger de mort. Cela passe par des prix prestigieux, les plus grands prix au monde pour le ballet et l’opéra, soutenus par de grands mécènes, mais aussi par une nouvelle initiative baptisée Next Stage qui a pour but de soutenir financièrement des projets de transformation des maisons d’opéra selon 3 axes : le développement durable, le numérique et la diversité. Ainsi Fedora s’attache à défendre la beauté et l’excellence, avec une dimension sociale et politique assumée. Il faut que ces merveilleux arts vivants entrent chez les gens par les portes, les fenêtres et tous les moyens possibles, car cela peut véritablement changer leur vie.

Le secteur du cinéma a entrepris une numérisation lente, qui permet aujourd’hui de choisir sa place ou de partager l’achat de billets (appli Gaumont Pathé, par exemple). Cela arrivera-t-il dans l’univers du théâtre ?

Le plus difficile est d’éviter ce que j’appelle « l’effet gadget » : une nouvelle technologie émerge, et tout l’écosystème se précipite dessus en vous expliquant que ce sera le nouveau standard. Or j’ai appris de mes années dans l’automobile qu’il existe un outil essentiel qui doit être au cœur de toute innovation : l’analyse fonctionnelle. Cette analyse permet de décrire le besoin du client dans toutes ses dimensions et de concevoir des solutions qui répondent à ce besoin – et non de pousser à tout prix le dernier gadget à la mode sans se soucier de savoir s’il sert à quelque chose.

Cela étant posé, des innovations dans la billetterie sont attendues depuis trop longtemps et devraient arriver à plus ou moins court terme : généralisation du choix de la place sur plan, simulation de la visibilité de la scène, de l’espace pour les jambes, du volume sonore. En ce qui concerne les fonctionnalités de e-commerce, il y a des possibilités de partage d’achat de places comme tu le dis, mais aussi de sécurisation via les chaînes de blocs, notamment pour les événements très demandés. Toutes ces innovations visent à rendre le parcours d’achat plus simple, plus fluide, plus confortable, et à apporter de la réassurance, concept clé de la vente de billets de spectacle à distance. Tout ce qui va dans ce sens nous va bien ! Nous sommes un bon cobaye pour ce type d’innovation, car nous parlons à beaucoup d’acteurs différents, avec des clients dans le monde entier.

La remise des César 2021 a laissé un goût assez aigre dans la bouche d’une grande partie du public, alors que des films et spectacles d’excellente qualité ont été produits ces derniers mois malgré les conditions difficiles. Comment expliques-tu cette dérive incompréhensible aux yeux des profanes ?

Le milieu culturel est un secteur absolument incroyable, très proche de celui de l’entrepreneuriat et des start-up : on y rencontre des génies, ayant un goût du risque et de l’aventure bien au-dessus de la moyenne, et une multitude de gens qui veulent vivre de leur passion et créer quelque chose à partir d’une feuille blanche. C’est extrêmement énergisant ! Toutefois, le revers de la médaille est une nécrose qui atteint le secteur, un embourgeoisement lié à des prébendes, un entre-soi mortifère. De mon point de vue, la cérémonie des César 2021 a été le sommet de cette absurdité : une petite communauté d’aigris qui ne parlent qu’à eux-mêmes et à leur ministère de tutelle et qui s’entredévorent. Cela m’a fait beaucoup de peine.

Ma conviction est que chaque partie prenante de cet univers doit se secouer les puces pour sortir de l’impasse. Et d’abord, avant tout et obsessionnellement, se concentrer sur le beau. Pour les spectateurs, s’astreindre à ne pas se laisser gagner par les passions tristes et addictives consistant à regarder, avec un regard atterré, les prises de parole les plus négatives. Oser prendre des risques en se laissant de temps en temps surprendre par des nouveautés, des styles auxquels on n’est pas habitué. Se laisser séduire, en somme.

 

“Oser prendre des risques en se laissant de temps en temps surprendre.”

 

Pour les créateurs, ne pas s’enfermer dans des revendications bourgeoises et conservatrices aux antipodes de ce en quoi on croit, et proposer toujours un regard positif, décalé, je dirais même espiègle, sur le monde. « Enfourcher le tigre », pour reprendre une expression chinoise employée par notre Président de la République en 2020.

Pour les décideurs politiques enfin, avoir une véritable politique culturelle pensée et assumée, comme ne l’a… pas fait notre Président de la République, ni aucun de ses prédécesseurs depuis François Mitterrand. Ou bien s’autodissoudre, si on ne sert à rien ! Car faire de la politique, de mon point de vue, c’est faire des choix et orienter le bien commun. Et la culture est un champ politique, jusque dans le divertissement (Netflix, Disney ou Pathé ? Ou des bibliothèques publiques ? La langue française ou le globish ?…) mais aussi dans les choix de langue (La Princesse de Clèves ou Booba ? Zadig de Voltaire, ou Zadig et Voltaire ? Français classique ou écriture dite inclusive ?).

L’un des artistes que j’admire le plus, Wajdi Mouawad, le directeur du Théâtre national de la Colline, aborde ces questions avec la meilleure approche qui soit : avec un regard de poète. Je vous recommande chaleureusement son manifeste de mai 2021 intitulé Fasciite nécrosante, c’est brillant d’intelligence et de finesse. Et, si vous avez l’âme plus vagabonde, plongez-vous dans son Manifeste pour l’ombre. Appelez-moi si vous ne versez pas une petite larme, c’est tout simplement magnifique !

 


Références :

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