Michel Affholder (55)

Michel AFFHOLDER (55), pionnier de l’environnement

Dossier : TrajectoiresMagazine N°711 Janvier 2016

MAÎTRISER LES CRUES DE LA SEINE

Pour faire face aux événements pluvieux importants, Michel promeut la création de bassins tampons (à L’Haÿ-les-Roses et Antony pour la Bièvre, au Stade de France – 165 000 m3 pour les bassins versants de Seine-Saint-Denis) et de maillages susceptibles d’équilibrer les charges des usines d’épuration en modifiant les itinéraires des flux entre bassins versants (liaison Cachan-Seine amont). La gestion de la Seine lui revient en partie : les retenues du Der et d’Orient, qui régularisent les débits de la Marne et de la Seine ont été créées par la Ville de Paris. Michel montre l’insuffisance de ces ouvrages face à des crues comme celle de 1910, poussant à la recherche d’autres solutions.

Dès 1960, en Moselle, Michel Affholder s’intéresse aux questions d’assainissement, d’eaux pluviales et d’inondations pour les collectivités publiques. La politique de l’urbanisme est alors en plein remaniement.

La Direction de l’aménagement foncier et de l’urbanisme cherche à mieux prévoir et structurer les liens entre les réseaux fixes, l’organisation spatiale des zones urbaines et les moyens financiers.

Michel y est appelé en 1966. Il participe alors à l’élaboration de nombreux textes d’application de la loi d’orientation foncière de 1967.

À l’origine de la politique d’élimination des déchets

Lorsque, en 1971, le premier ministère au monde chargé de l’environnement est créé en France, Michel est un des premiers ingénieurs à y entrer. Sa capacité de travail et son esprit délié font merveille dans des sujets dont les non-avertis ont du mal à imaginer la complexité.

Quand est créé un groupe interministériel d’études sur l’élimination des résidus solides, Michel en est nommé secrétaire. Le ministre auquel il remet son rapport final, en 1973, le charge d’en mettre en oeuvre les préconisations.

La loi fondatrice de la politique des déchets, combinant réglementation et intervention économique à l’instar de la loi sur l’eau de 1964, est présentée devant le Parlement en juillet 1975 et rapidement votée.

La création de l’ANRED

Michel est chargé de créer et diriger l’Agence nationale pour la récupération et l’élimination des déchets, organe prévu par la loi pour aider les collectivités locales à concrétiser la politique décidée. De 1976 à 1984, il installe l’ANRED à Angers et parcourt la France et l’Europe pour repérer et diffuser les bonnes pratiques. Ses connaissances, ses relations et sa parfaite maîtrise de l’allemand lui donnent une aura de premier plan.

Mais un différend grave naît en 1984 avec son ministre de tutelle. Préférant la vérité à la soumission, Michel quitte l’ANRED. Cet acte de courage, où il a manifesté son honnêteté intellectuelle, le ramène à sa passion pour le cycle de l’eau en milieu urbain.

Il saisit une offre des Affaires étrangères et devient conseiller technique du ministre de l’Intérieur du Maroc pour l’élaboration des plans d’assainissement d’une vingtaine de villes.

Dans les pas de Belgrand

En 1989, Paris recherche un directeur de l’assainissement de la Ville, simultanément directeur général adjoint du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP).

UN ENGAGEMENT ASSOCIATIF

Constamment préoccupé de la recherche et de la formation du milieu technique du cycle de l’eau, Michel s’investit dès le début de sa vie professionnelle dans l’AGHTM (aujourd’hui ASTEE, association de spécialistes de l’eau et de l’environnement). Il en est d’ailleurs président de 1994 à 1998.
Il pilote, avec François Valiron (43), un ouvrage collectif sur la conception et l’exploitation des réseaux d’assainissement unitaires. Après sa retraite, il continue de participer activement à la vie de l’association.
En 2005, il contribue au congrès du centenaire de l’association en coordonnant l’écriture d’un ouvrage remarquable : De l’hygiène à l’environnement : cent ans d’action.

Très bien préparé à ce poste de haute responsabilité, il y reste jusqu’à son départ en retraite en 2002, soit treize ans au service de trois maires successifs.

Il a la charge du fonctionnement de l’existant et son amélioration, le réseau parisien de Belgrand et les usines d’épuration des eaux usées : Achères (2 100 000 m3/jour, ramené à 1 500 000 m3/jour pour éviter trop de rejets en ce lieu) et Noisy-le-Grand (porté de 30 000 m3/jour à 75 000 m3/jour) qui existent, Colombes (240 000 m3/jour) et Triel (300 000 m3/jour) qu’il crée, Valenton dont il accroît la capacité à 600 000 m3/jour.

Le tout permettant aujourd’hui l’épuration presque complète des effluents de 8,5 millions de personnes et de 4 millions d’emplois et de garantir par temps sec la santé de la Seine jusqu’à son estuaire.

Michel eut ainsi la satisfaction de voir couronner les efforts de ses prédécesseurs, depuis Belgrand, et les siens propres, par le retour de nombreuses espèces de poissons dans la Seine, manifestant le retour à un équilibre écologique perdu depuis un siècle et demi : trente-deux espèces y vivent contre trois en 1970.

Un honnête homme

Sa modestie, qui contrastait avec ses qualités professionnelles, a frappé ceux qui l’ont connu. Il laisse le souvenir d’une vive intelligence, d’un humour délicat et sans ironie, d’un désintéressement, d’un courage et d’une honnêteté intellectuelle sans compromis.

Il émerveillait ses collaborateurs par sa maïeutique : écoute puis conclusion parfaite, argumentée à partir de ce qu’il avait récolté et médité. Il n’hésitait jamais à approfondir les solutions les plus innovantes et à pousser à leur mise en oeuvre si elles lui paraissaient adaptées et économiquement rentables.

Plein d’initiatives, Michel était un animateur toujours prêt à aider, jamais désarçonné dans les pires situations, extraordinaire joueur de mots, de rapprochements inattendus. Sa joie intérieure, manifeste, débordait dans les réunions amicales, de famille, de promotion.

Il émerveilla sa famille et ses amis par sa façon de vivre, courageusement et joyeusement, les deux années où il se savait pourtant rongé par un mal incurable.

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