DVD GUSTAV MAHLER : 1RE SYMPHONIE « TITAN» et SERGE RACHMANINOV : DANSES SYMPHONIQUES

Gustav Mahler : 1re symphonie « TITAN » et Serge Rachmaninov : Danses symphoniques

Dossier : Arts, Lettres et SciencesMagazine N°688Rédacteur : Marc DARMON (83)

Un DVD (ou un Blu- Ray) de démonstration et un magnifique programme cohérent, regroupant des œuvres déterminantes de deux compositeurs majeurs du XXe siècle. Rachmaninov et Mahler ont quelques points en commun : avoir toujours composé une musique poignante, émouvante, pleine de références personnelles, avoir fait cohabiter leur talent de compositeur avec une carrière d’interprète exceptionnelle (Mahler considéré comme le plus grand chef d’orchestre de son époque, Rachmaninov étant un des pianistes les plus marquants de son temps), et avoir terminé leur carrière aux États-Unis.

Mais si Rachmaninov a été très populaire de son vivant, Mahler dut attendre un demi-siècle après sa mort pour être vraiment reconnu. «Mon temps viendra», disait-il. Comme il avait raison.

Mahler composa uniquement pour l’orchestre, et sa première symphonie (d’une série de dix), Titan, contient déjà en elle tous les éléments de cette musique si riche et irremplaçable. Thèmes d’une énorme force émotive, constamment enchevêtrés magistralement, jeu continu sur les timbres des vents, impact phénoménal des tutti, tout est déjà là. Et l’humour grinçant, en permanence, comme cette marche funèbre en canon sur le thème de Frère Jacques qui forme la base du troisième mouvement.

En revanche Rachmaninov composa principalement pour le piano. Mais pour l’orchestre notons tout de même une grande capacité d’orchestration, remarquable dans ses trois symphonies, le poème symphonique L’Île des morts d’après un tableau d’Arnold Böcklin, et ces Danses symphoniques composées à la toute fin de sa vie.

Très vives, les trois danses se font se succéder en quarante minutes thèmes et danses macabres, avec une ironie grinçante récurrente. Le thème médiéval du Dies Irae (celui du final de la Symphonie fantastique) hante toute la troisième danse, le thème devenant de plus en plus clair à mesure que la musique progresse.

Ces deux œuvres sont ici servies par une interprétation proprement inouïe. Vraiment. Et paradoxalement très différentes. Rarement on a entendu une Titan aussi contrastée. Des explosions de tutti d’une force époustouflante alternent avec des passages d’une tendresse et d’un recueillement, souvent d’une lenteur, rarement tentés.

Avec cet orchestre à la qualité superlative, Rattle peut se permettre cette lenteur extrême (dix minutes de plus que les versions traditionnelles). Également, il réalise des variations de tempo, des rallentandi notamment, de façon presque excessive mais jamais vulgaire tellement c’est brillamment exécuté et magnifique.

Les Danses symphoniques de Rachmaninov bénéficient d’une interprétation tout aussi exceptionnelle mais pour d’autres raisons. Là, c’est la virtuosité de l’orchestre, la brillance des pupitres de cordes qui procurent un impact hallucinant, et l’on sort exténué et ravi de ces trois danses.

Il faut dire que cet orchestre est impressionnant, de qualité et de beauté. La qualité individuelle des musiciens (quatre violonistes ont rang de Konzert Meister, premier violon soliste), leur virtuosité sont remarquables. De plus, le nombre de musiciens demandés pour ces deux œuvres apporte une force étonnante : par exemple 8 contrebasses, 8 cors (très impressionnants lorsqu’ils se lèvent au final de la Titan), 16 bois… Et Rattle dirige par cœur ces œuvres d’une rare complexité.

L’image est magnifique de contraste et de profondeur. Ce Blu-Ray permet même de reproduire l’image en 3D sur certains équipements, mais cela semble superflu.

J’en profite pour donner ici une recommandation générale très ferme sur l’utilisation du son multicanal pour la musique : la bonne façon de régler la reproduction sonore pour un concert ou un opéra filmé n’est pas en mode multicanal, mais en mode stéréo, sans compression du son (privilégiez le standard PCM, ou LPCM, toujours disponible sur le DVD ou Blu-Ray). Évitez autant que possible le son multicanal (5.1, 7.1) qui n’apportera pas un effet spatial naturel, et nécessitera une compression du son, compression nuisible à la beauté des timbres et au réalisme.

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