Jean BORATRA en uniforme

Borotra, pour la Patrie, les Sports, la Gloire

Dossier : Traditions 2015 -Magazine N°000 Janvier 1900
Par Serge DELWASSE (86)
Par François MAYER (45)

Voici 18 mois, Bra­chon, Ricaud et Del­wasse met­taient en ligne un papi­er sur Yves du Manoir, le plus mythique des X sportifs de haut niveau. Il sem­blait donc naturel de pour­suiv­re la série, avec le sec­ond cham­pi­on de l’entre-deux-guerres, Boro­tra (20S). Mais Del­wasse était mit­igé. Ecrire un papi­er sur ce salaud de vichyste ? Jamais ! Et puis il a trou­vé May­er. Le deal fut sim­ple : il instru­i­sait à décharge, et Del­wasse à charge. Heureuse­ment, les choses ne se passent jamais comme prévu…

Le con­texte : Jean Boro­tra, X20 Spé­ciale – c’est-à-dire qu’il a passé le con­cours réservé aux anciens com­bat­tants – est célèbre, dans l’ordre, pour avoir :

  • été l’un des mous­que­taires de la coupe Davis
  • été com­mis­saire général aux sports de Vichy
  • joué à très bon niveau jusqu’à un âge avancé
  • présidé l’association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain

Par­mi les X d’après 75, il est surtout célèbre pour avoir une avenue à lui, avenue qui mène de la cour Fer­rié au Stade d’honneur.

François Mayer au service.

L’ancien par­le, con­scrit, tiens ta langue cap­tive, et prête à ses dis­cours une oreille attentive

Voici dans le désor­dre deux ou trois choses sur Jean Boro­tra. Sou­venirs per­son­nels, ou infor­ma­tions recueil­lies auprès de mon père (Armand May­er, X13) qui a fait sa deux­ième année à l’X après la guerre, et de mon beau-père de la pro­mo 22. Jean Boro­tra a fait ses deux ans, entre les deux, mais à l’époque, les poly­tech­ni­ciens de pro­mos voisines se con­nais­saient mieux qu’aujourd’hui. Les effec­tifs étaient moins impor­tants, et les pro­mos de guerre (celle de mon père comme de Boro­tra), avaient été décimées, et même plus. Sans être intimes, ils avaient de bonnes relations.

Mon père l’admirait pour avoir con­cil­ié le sport de haut niveau et une belle car­rière professionnelle.

  • Sport de haut niveau : même si le ten­nis n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, deux titres en sim­ple à Roland-Gar­ros et deux à Wim­ble­don, un en Aus­tralie, et de mul­ti­ples titres en dou­ble (jusqu’à un âge avancé). Et une demi-douzaine de finales gag­nés en coupe Davis. Enfant, je l’ai applau­di à Roland-Gar­ros, au moment où il ter­mi­nait sa car­rière en sim­ple, pour la pour­suiv­re en dou­ble. Il a inven­té le ser­vice-volée. Il était presque impas­si­ble au filet, avec des réflex­es excep­tion­nels, et sa vitesse de déplace­ment était remar­quable. Sans par­ler du service.
     
  • En out­re, c’était un show­man, plaisan­tant sur le court, un peu comme Hen­ri Lecon­te à Wim­ble­don ou Con­nors et Nas­tase. Il y avait le rit­uel du béret (basque) qu’il met­tait quand le pub­lic le récla­mait sur l’air des lam­pi­ons : « le béret, le béret ! » ou qu’il enl­e­vait quand la par­tie deve­nait ser­rée. Autre rit­uel, celui des espadrilles (basques) dont il changeait quand il avait besoin de cass­er le rythme d’un adver­saire qui le dom­i­nait. A l’époque, il n’y avait pas de paus­es aux change­ments de côté. Enfin, il lui arrivait sou­vent de deman­der à rejouer le point quand l’arbitre avait, par erreur, déclaré out une balle de l’adversaire. Il le fai­sait même sur des balles de set (à son détriment).

Il était aus­si cou­tu­mi­er du ren­verse­ment de sit­u­a­tion. En finale de Coupe Davis, mené par Vines deux sets à rien, 5/2 et 40–15 dans le troisième set, il a tout remon­té et gag­né son sim­ple.

Il n’était peut être pas le meilleur ten­nis­man des 4 mous­que­taires (Lacoste surtout, et Cochet lui étaient prob­a­ble­ment supérieurs) – mais il était le plus doué physique­ment, et de loin le plus populaire.

Il avait beau­coup pra­tiqué la pelote basque dans sa jeunesse, et il était qua­si débu­tant au ten­nis lors de son entrée à l’X (20 spé­ciale). Il a beau­coup plus tra­vail­lé ses coups de raque­tte que les dis­ci­plines sci­en­tifiques. Et c’est pen­dant son séjour à l’école qu’il a percé.

Pan­tou­flard, il a été embauché par la SATAM (pom­pes à essence) en qual­ité d’ingénieur com­mer­cial, à la com­mis­sion (peut être pas en total­ité, mais pour une part impor­tante de sa rémunéra­tion). En con­trepar­tie, il était libre d’organiser son pro­gramme. Comme il tra­vail­lait à l’exportation, il com­bi­nait une tournée en Grande-Bre­tagne avec Wim­ble­don, ou en Alle­magne après Berlin ou Ham­bourg. Il prof­i­tait de sa pop­u­lar­ité sportive pour entr­er chez les clients et décrocher des contrats.

En out­re, les années 20 ont vu un développe­ment con­sid­érable de l’automobile, et par con­séquent du marché des pom­pes à essence. Il a bien­tôt gag­né plus que son Président.

Je sais que, lors du rachat de la SATAM par le groupe de la Générale d’Entreprise (énergie et travaux publics), le pla­fon­nement des appointe­ments de Boro­tra fit l’objet d’une négo­ci­a­tion longue, ami­cale et déli­cate entre le nou­veau prési­dent et l’intéressé. Tous les deux étaient de pro­mo­tions très voisines (Huvelin X21) . Avant la let­tre, Jean Boro­tra était un « peo­ple », un mem­bre de la « jet-set » d’autant qu’il avait beau­coup de charme, et un con­tact très chaleureux.

Venons en au chapitre le plus délicat.

Comme nom­bre d’anciens com­bat­tants, il avait adhéré au PSF (Par­ti Social Français) fondé par le colonel de la Rocque après la dis­so­lu­tion des Croix de Feu.

Si le colonel de la Rocque s’inspirait des régimes autori­taires, en réac­tion con­tre l’instabilité gou­verne­men­tale chronique de la IIIème République, il n’était pas vrai­ment fas­ciste. Le 6 févri­er 1934, les Croix de Feu auraient pu, sans prob­lème, occu­per le Palais Bour­bon. Il s’y était opposé, car il était légal­iste et non révo­lu­tion­naire. Il était aus­si très anti-alle­mand. Il a été arrêté sous l’occupation et déporté en Alle­magne. Son adjoint, Charles Vallin, député de Paris, avait rejoint Lon­dres et s’était engagé dans une unité com­bat­tante (le batail­lon de choc, je crois).

Boro­tra qui était aus­si un grand admi­ra­teur de Pétain, depuis la guerre de 14–18, fai­sait donc par­tie de cette mou­vance. En 1940, il a été Secré­taire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports. Et ceci jusqu’au retour de Laval en avril 42. En matière de sports, il a com­bat­tu le pro­fes­sion­nal­isme qui lui parais­sait antin­o­mique de l’esprit sportif.

En matière de jeunesse, il a essayé d’utiliser cer­tains sports pour pal­li­er l’absence de pré­pa­ra­tion mil­i­taire. Par exem­ple, le ski lui parais­sait une bonne pré­pa­ra­tion pour de futurs pilotes. Je n’en sais pas plus.

Après le débar­que­ment allié de novem­bre 42, il a décidé de par­tir en Espagne puis en Afrique du Nord. Il en a infor­mé la maréchale Pétain, en lui écrivant que repren­dre la lutte con­tre les Alle­mands était une manière de rester fidèle à son ser­ment. C’était aus­si une impru­dence, car il y avait des espi­ons alle­mands à Vichy.

Dans le train pour Madrid, les Alle­mands ont con­trôlé des bagages et ont trouv&uniforme d’officier dans sa valise. Arrêté, il a été interné en Alle­magne dans le même château que Dal­adier, Paul Ray­naud, Gamelin, Wey­gand et peut-être d’autres (château d’Itter).

A son retour en mai 45, il a été mis en exa­m­en comme tous les anciens mem­bres de gou­verne­ments de Vichy. Il a obtenu un non-lieu dans la journée – un record iné­galé – rapi­de devant la jus­tice, comme sur le court.

Là inter­vient un sou­venir personnel.

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En août 45, fraîche­ment reçu à l’X, j’étais en vacances Biar­ritz. Les Améri­cains venaient d’y installer une des trois uni­ver­sités pour GI’s (avec Cam­bridge et Hei­del­berg). Le Générale Mar­shall, avait eu cette idée pour mod­ér­er le flux des retours des GI’s aux USA et faciliter la réin­ser­tion de plusieurs mil­liers d’entre eux.

J’avais, par hasard, fait la con­nais­sance d’un ser­gent, pro­fesseur d’histoire…et ancien cham­pi­on uni­ver­si­taire de ten­nis et rem­plaçant de l’équipe de la Coupe Davis qui aurait dû se dérouler en 40, mais qui avait été annulée. Très sim­ple, il avait la gen­til­lesse de jouer avec le joueur non classé que j’étais (et que je suis tou­jours resté). Un jour, Boro­tra, l’enfant du pays, a fait son retour à Aguil­era (le club de ten­nis de Biar­ritz). Il cher­chait un parte­naire et le secré­taire du club est venu nous deman­der d’interrompre notre par­tie pour que mon parte­naire (le cham­pi­on améri­cain pro­fesseur d’histoire) puisse jouer avec l’ancien « Mousquetaire ».

J’ai arbi­tré leur sim­ple. Et à la fin, Boro­tra m’a pro­posé de jouer un set con­tre lui, en guise de remer­ciement. Il n’avait pas joué de depuis deux ans. Mais il n’a pas eu beau­coup de mal à me bat­tre 6/3 (je m’en sou­viens encore, même si les trois jeux ont été prob­a­ble­ment con­sen­tis, ou octroyés, par politesse).

Dans le ves­ti­aire, il me com­pli­men­ta pour mon ten­nis, et me deman­da ce que je fai­sais dans la vie. Quand je lui ai par­lé de mon admis­sion à l’X, la flat­terie est de venue dithyrambe :

« Ah ! Si j’avais joué comme vous quand je suis entré à l’X ! »

C’était tout juste si je ne devait pas gag­n­er Roland-Gar­ros à la sor­tie de l’Ecole ! Mais ce n’était pas fini. Sor­tant ensem­ble du ves­ti­aire, nous avons ren­con­tré ma mère, à laque­lle il avait déjà été présen­té avant la guerre dans des récep­tions. Apprenant que j’étais son fils, il ne fit pas non plus dans le détail :

« Vous, sa mère ? mais c’est impos­si­ble. Sa sœur aînée peut-être… »

Il était très séduc­teur. Et il ne craig­nait pas dans faire trop. Et même si on n’y croy­ait pas, ce n’était pas désagréable, et on ne pou­vait pas lui en vouloir. Par la suite, quand il m’apercevait à Aguil­era, il se con­tentait d’un petit salut sym­pa­thique. mais j’avais eu mon quart d’heure de gloire tennistique.

Tu com­pren­dras pourquoi je ne dirai jamais de mal de Borotra.

L’ancien a par­lé. L’ancien a bien par­lé, mais le con­scrit n’a pas dit son dernier mot.

Avantage Service.
Delwasse s’efforce de relancer

Citation de Jean BOROTRA au Journal OfficielReprenons donc dans l’ordre :

Sa Guerre de 14

Il a assuré­ment fait ce qu’on appelle une « belle guerre ». Engagé volon­taire en 1916, à 18 ans, dans l’artillerie, il est rapi­de­ment aspi­rant, puis sous-lieu­tenant à titre tem­po­raire. Même si son grade n’est ren­du défini­tif qu’en 1921, il est plusieurs fois cité et reçoit la croix de guerre.

Son con­cours

Admis 67e, ça n’est pas mal. La note d’épure (1/20 !), par con­tre ça fait un peu désor­dre. Je rap­pelle que toute note inférieure à 4 est élim­i­na­toire. Il sem­blerait que les 182 points pour « ser­vices de guerre » aient servi à quelque chose

A la boîte Carva

Je com­mence par la ques­tion tra­di : Boro­tra était-il mis­saire ? Je ne peux que vous encour­ager à observ­er atten­tive­ment le pre­mier per­son­nage à droite du dernier rang, sur la pho­to de la khômiss 1920 – Vous noterez que c’est une khômiss nom­breuse, dou­blée pour cause de pro­mo dou­blée (20 N et 20S). Il y a égale­ment 4 kessiers. – Ça ressem­ble. Ça ressem­ble même beau­coup. Évidem­ment, s’il est mis­saire, je vais avoir un peu de mal à le détester…


Photo de la Khomiss 1920

Son classe­ment – 221e sur 234 est égale­ment un classe­ment de mis­saire, ce mal­gré un 20/20 en note mili, aus­si appelée note de gueule :

Enfin, il y a cette anec­dote, rap­portée par Jean-Paul Choquel (68), que je tiens à remercier :

Je me sou­viens par­faite­ment du speech que Louis Lep­rince-Ringuet avait fait sous la coupole à l’occasion de la célébra­tion du bicen­te­naire de l’École Poly­tech­nique, racon­tant son aven­ture à pro­pos de Borotra :

“J’étais élève de la pro­mo 1920N, Boro­tra était de la 1920S. Admis avant moi, il avait fait la guerre et avait rejoint l’École après. Nous y étions donc ensem­ble. Boro­tra aimait le ten­nis et il s’était inscrit à une com­péti­tion à Brux­elles sous un faux nom : Otra­bor. Mal­heureuse­ment, un oral de physique tombait à la même date et Boro­tra m’a demandé de l’y rem­plac­er… J’ai donc dû endoss­er son uni­forme. Or il était offici­er et décoré. Je n’étais ni l’un ni l’autre. J’étais assez nerveux car, si peu de temps après la grande guerre, on ne plaisan­tait pas avec le port illé­gal de l’uniforme et des déco­ra­tions !Je l’ai rem­placé en faisant de mon mieux pour répon­dre à l’examinateur… À la fin de l’examen, celui-ci m’a dit : “Boro­tra, vous devriez tra­vailler la physique au lieu de tout le temps jouer au tennis !”

Alors, mis­saire ou sim­ple­ment trop de tennis ?

Notons au pas­sage qu’il a gag­né le tournoi de l’École. con­traire­ment à ce que sa notice biographique sur le site de l’école mentionne(ait), je n’ai pas trou­vé de trace de sa présence dans l’équipe qui a gag­né le Cham­pi­onnat de France mil­i­taire de Foot­ball. Et il n’est pas sur la pho­to dont je dispose

Il égale­ment gag­né le match tra­di – qui n’a eu que deux édi­tions – con­tre St-Cyr, ancêtre du TSGED.

Après l’École

Je ne reviendrai pas sur sa car­rière pro­fes­sion­nelle si bien décrite par May­er. Je ne décrirai pas non plus sa car­rière sportive, Wikipedia le fait mieux que moi. Petit clin d’oeil toute­fois, Pierre Les­canne, fils de Les­canne (24, et donc cocon d’Yves du Manoir), m’informe que ce dernier a gag­né le tournoi de l’X (prob­a­ble­ment en 26), tournoi dont la finale était arbi­trée par Borotra.

Notre ami était ce qu’on appelle aujourd’hui un fana mili. Je ne peux résis­ter au plaisir de vous met­tre l’intégralité de ses états de ser­vices. Il en a bouf­fé de la réserve !

Il était égale­ment, comme l’a juste­ment rap­pelé May­er, mem­bre des Croix de Feu. Grand admi­ra­teur du colonel de la Rocque, il lui écrit ain­si le 9 août 1928 :

« Je sai­sis l’occasion que me donne cette let­tre pour vous dire toute l’admiration que j’ai pour cette oeu­vre mag­nifique que vous pour­suiv­ez et à laque­lle je regrette de n’avoir pas davan­tage le temps de m’intéresser.

J’espère bien cepen­dant avoir cet hiv­er le plaisir et l’honneur de vous ren­con­tr­er à l’occasion d’une man­i­fes­ta­tion que vous organ­isez ». source :cen­tre d’histoire de l’europe du 20e siè­cle, fond la Rocque, car­ton lr46, chemise ligue de la défense aérienne

Peu de temps après il pub­lie cette mer­veilleuse tri­bune, qui le ferait pass­er aujourd’hui pour un dan­gereux fas­ciste. Ô tem­po­ra, ô mores ! Néan­moins, on ne m’enlèvera pas de l’idée – nous y revien­drons plus loin, qu’il était, déjà, un peu réac.

La guerre de 39–45

Si notre lecteur a lu de façon atten­tive les états de ser­vice, il n’aura pas man­qué de not­er que Boro­tra, cap­i­taine de réserve de 40 ans, a été mobil­isé, et a fait l’intégralité de la guerre.

Arrive le moment déli­cat – Vichy – le Com­mis­sari­at Général aux Sports

Tout d’abord, cher lecteur, je me dois de t’expliquer à quoi sert led­it com­mis­sari­at. Pas unique­ment à s’efforcer d’éviter aux sportifs de se ridi­culis­er en par­lant à la presse :

Pas non plus à définir les dimen­sions des courts de ten­nis et des ter­rains de rug­by. Notez cepen­dant la liste des sports mentionnés :

Oui, Cher Lecteur, tu l’auras com­pris. Boro­tra Com­mis­saire Général aux sports s’est don­né deux missions :

  • For­ti­fi­er la Jeunesse français par le sport
  • Mais surtout définir quels sont les sports accept­a­bles – ama­teurs… – et ceux qui ne le sont pas. Exe­unt le Rug­by à XIII, le foot­ball pro­fes­sion­nel… Nous y revien­drons, mais je te demande, d’ores et déjà, de not­er que la poli­tique sportive de Vichy con­sis­tait, entre autres, à regrouper, de force, les fédéra­tions de sports « voisins ». C’est ain­si que la FFLT, la Fédéra­tion Française de Lawn-Ten­nis, l’ancêtre de la FFT, a eu le plaisir de se voir absorber le ping-pong – eh, oui, ça s’appelait comme ça à l’époque – le bad­minton, la longue paume et… la courte-paume.

La vie du ten­nis et de sa fédéra­tion, pen­dant la guerre

Pour mémoire, Pierre Gillou, prési­dent de la FFLT, a souhaité démis­sion­ner dès 1941. Pierre Gilou était une fig­ure du ten­nis français. Il avait en effet été le cap­i­taine de l’équipe de la coupe Davis. Boro­tra a organ­isé un déje­uner avec Lacoste et lui, et Lacoste est devenu prési­dent de la FFLT, ce jusqu’en 1944. Offi­cielle­ment, Boro­tra ne joue donc aucun rôle dans la ges­tion du ten­nis français. Néan­moins, son ami­tié avec Lacoste, son pou­voir, en par­ti­c­uli­er financier en péri­ode de rationnement, font que sa présence est palpable.

Au cours de cette péri­ode, la vie de la FFLT est pro­pre­ment sur­réal­iste. On organ­ise des tournois, y com­pris Roland-Gar­ros, on pub­lie des classe­ments, on organ­ise des match­es d’équipe con­tre des pays neu­tres (la Suède) ou l’Allemagne…Et surtout, on se préoc­cupe de trou­ver des balles et des chaus­sures – la caoutchouc était rationné ! Ce qui est incroy­able, c’est que le débar­que­ment de juin 44 a lieu, et la FFLT con­tin­ue à gér­er ses petites affaires comme si de rien n’était…

Je mets ici un exem­ple de CR de comité directeur de la FFLT, un par­mi tant d’autres, celui de la démis­sion de Lacoste. C’est con­ster­nant. A moins que… Lacoste pré­tend, dans une inter­view, qu’il a caché pas mal de résis­tants. Et si la FFLT n’était qu’une vaste opéra­tion de couverture ?

Je vous donne égale­ment le lien vers un papi­er récent de slate.fr (mer­ci Bart !)



A la libéra­tion, Pierre Gillou repren­dra son poste !

La reprise de Roland-Garros

Je dois avouer, à ma grande honte, que c’est mon prin­ci­pal sujet de sur­prise et de décep­tion. Je m’étais imag­iné que Boro­tra avait prof­ité de la guerre pour « piquer » Roland-Gar­ros, qui apparte­nait con­join­te­ment au Rac­ing et au Stade-Fran­cais. La vérité est plus prosaïque – et plus honorable.

Roland-Gar­ros avait, au début de la guerre, servi de camp d’internement. Les locaux avaient été forte­ment dégradés. D’autre part, le SF et le RCF n’avaient pas non plus les moyens d’assurer l’entretien du stade. Il sem­blerait donc que la reprise de la con­ces­sion ait été négo­ciée, la FFLT reprenant égale­ment les immo­bil­i­sa­tions en échange d’un engage­ment à remet­tre le stade en état et en laiss­er béné­fici­er les deux clubs. La négo­ci­a­tion quadri­par­tite (admin­is­tra­tion / mairie de Paris / FFLT / clubs) fut longue. Néan­moins, la FFT a fait une bonne affaire !

Après-guerre

Blanchi des accu­sa­tions de col­lab­o­ra­tion, décoré,

May­er nous l’a expliqué, ayant gag­né assez d’argent pour ne pas avoir besoin de tra­vailler, Jean Boro­tra a recom­mencé à jouer au ten­nis, sport qu’il a pra­tiqué régulière­ment très longtemps, par exem­ple en jouant avec Denis Groz­danovitch , comme ce dernier le mentionne.

Patrice Urvoy (X65) me rap­pelle ain­si le match de dou­ble organ­isé à l’X, opposant la paire Boro­tra – Lep­rince-Ringuet à Rouy­er (X65) et Delarue (65), en 66 ou 67, pour l’inauguration du court de l’Ecole. Delarue se souvient :

« Le Match du siè­cle, quelques souvenirs
L’inauguration du court de ten­nis de l’école, qui m’a per­mis d’affronter aux côtés de Jean-Loup Rouy­er, alors n°5 français, la pres­tigieuse paire d’anciens for­mée par Jean Boro­tra et Louis Lep­rince-Ringuet, reste, à quelques cinquante ans de dis­tance, un grand sou­venir. Glis­sons sur la mau­vaise blague (« Ah ! Trois con­tre deux !») qu’avait sus­cité chez les plus potach­es d’entre nous l’affiche de la ren­con­tre. L’esprit taupin n’était pas si loin !

Le match fut un grand spec­ta­cle large­ment grâce à la présence, dans tous les sens du terme, de Jean Boro­tra. Le théâtre très ramassé des opéra­tions : faible recul, grand soleil et assis­tance au bord des gril­lages, accen­tu­ait l’intensité dra­ma­tique de l’évènement. La puis­sance de jeu, surtout celle de Jean-Loup, don­nait un net avan­tage aux jeunes. Alors que l’issue s’est rapi­de­ment dess­inée, Jean Boro­tra s’est livré à un mag­nifique baroud d’honneur en procé­dant notam­ment à des change­ments inces­sants du posi­tion­nement relatif de son équipe, main­tenant par exem­ple son parte­naire dans le même couloir que lui tan­dis qu’il occu­pait le filet pour deux par un déplace­ment de dernière minute. Je me sou­viens avoir été impres­sion­né par l’inventivité des com­bi­naisons hétéro­dox­es qu’il a alors déployées, engrangeant au pas­sage quelques inter­cep­tions marquantes.

Aucun sou­venir du score qui était sans doute sans appel, mais sans impor­tance face à la for­mi­da­ble leçon d’art du dou­ble qui nous a été prodiguée. A l’issue du match, son ama­bil­ité et sim­plic­ité ont achevé de nous séduire, tant les joueurs que les spec­ta­teurs. Alors que ce match a mar­qué l’apogée de ma car­rière ten­nis­tique, au moins en terme d’audience, il en a, je crois, mal­heureuse­ment été de même pour Jean-Loup, qui n’a pas, à ma con­nais­sance, pu don­ner la mesure de ses for­mi­da­bles capac­ités. Nous nous sommes rapi­de­ment per­dus de vue, lui par­tant à l’étranger dans l’assistance tech­nique, sans doute jusqu’à son décès en 2007. Mais les lecteurs de ces lignes pour­ront peut-être nous en dire plus. »

Il a égale­ment gardé quelques postes d’administrateur, fait un peu de réserve, un peu d’organisations inter­na­tionales (Ten­nis, Unesco)…

Mais, il n’y a pas que du bon. Il y a aus­si du moins bon, comme cette tri­bune dans Ten­nis de France, où il s’opposait forte­ment à l’ouverture du ten­nis, la fameuse « ère open », tri­bune qui lui val­ut de per­dre son poste de vice-prési­dent de la Fédéra­tion Inter­na­tion­al de Tennis.

Il y eut car­ré­ment le très mau­vais, comme cette let­tre adressée à Alain Peyr­e­fitte, Garde des Sceaux, pour deman­der la réha­bil­i­ta­tion du Maréchal. Maréchal dont il a longtemps présidé l’association pour la défense de la mémoire..

Mais, force est de con­stater que tout ceci n’est pas très grave, et que May­er a (presque) rai­son. Dif­fi­cile de ne pas être impres­sion­né par cet homme courageux et fier de ses convictions.

Ne me reste alors que mon jok­er. Jok­er qui est égale­ment la rai­son de ma ran­cune. Vous vous sou­venez de la fusion for­cée des fédéra­tions ? Ping-Pong, Bad­minton, Longue paumes ? Le Bad­minton (en 79) et le Ten­nis de table ont repris leur indépen­dance. La Longue paume égale­ment (l’a‑t-elle jamais per­due ?). Même le squash est devenu une fédéra­tion à part entière au début des années 80. Et la Fédéra­tion Française de Courte-Paume, rede­v­enue Comité Français de Courte-Paume, trop faible, à la Libéra­tion, avec ses quelques dizaines de mem­bres et restée au sein de la FFT.

En soi ce n’est pas dra­ma­tique. C’est même plutôt sym­pa. Les quelques cen­taines de joueurs de paume sont ravis de faire par­tie de la FFT.

Je n’ai qu’une ques­tion : que sont devenus les act­ifs de la Fédéra­tion d’avant guerre ? Par exem­ple les locaux du boule­vard Richard-Lenoir ?

Mis­saire, Séduisant, Réac mais con­va­in­cu, voici un por­tait plutôt assez flat­teur, mal­gré tous mes efforts. Je lui lais­serai donc la parole. C’est extrait d’une très jolie video de l’INA. Je vous recom­mande d’aller jusqu’aux inter­views, à par­tir de la sep­tième minute :

« Une des raisons de notre suc­cès c’est sans nul doute que nous avons été dès l’origine d’excellents cama­rades, et que nous sommes devenus bien­tôt de grands amis, …, et dans cette ambiance les plus grands efforts devi­en­nent faciles… »

Mis­saire, vous dis-je !

Archives

  • L’accès aux archives de la FFT, situées au Ten­ni­se­um, est assez aisé. Mal­heureuse­ment, elles sem­blent ne rien con­tenir avant 1950. La loi sur les archives n’était pas encore passée par là. Mes sources ont donc été :
    • Les fac-sim­i­le de « Tous les sports », dont sont extraits les PV de Comité directeurs de la FFLT
    • « L’histoire de Roland-Gar­ros », qui m’a été aimable­ment fournie par mon­sieur Guittard
    • A not­er, toute­fois, un très bel album de pho­tos de la tournée de Boro­tra en Afrique du Nord. Il s’était fait accom­pa­g­n­er, entre autres, de Nakache
  • Le dossier mil­i­taire (source SHD) m’a égale­ment été fourni par Mon­sieur Guittard
  • Les archives de l’Ecole
  • Et, bien sûr, le cou­ple qui tue Google/ Gallica
  • Enfin, on pour­rait prob­a­ble­ment trou­ver pas mal de choses aux Archives Nationales, ou celles de la Ville de Paris. Mais il faut y pass­er un peu plus de temps que je ne l’ai fait.

Bibliographie

Remerciements

Out­re les con­tribu­teurs, X, déjà cités, les auteurs souhait­ent remercier :

  • M. Olivi­er Azzo­la, Respon­s­able des Archives de la BCX ;
  • M. Michaël Gui­t­tard, chargé des Col­lec­tions au Tenniseum/ FFT ;
  • M. Bernard Guidi­cel­li, Secré­taire Général de la FFT ;
  • M. Pierre Les­canne ; l
  • es cama­rades qui ont eu la gen­til­lesse de lire, relire, lis­ter les fautes de frappes, sug­gér­er des cor­rec­tions, en par­ti­c­uli­er Dal­im­i­er (65) qui m’a don­né le nom du parte­naire de Rouyer
  • Toute la famille Del­wasse, qui a sup­porté sa dif­fi­culté à accouch­er ce papi­er depuis quelques jours.

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