Bien plus que signer des contrats

Dossier : L’industrie nucléaire après FukushimaMagazine N°686
Par Dominique LAGARDE (85)

Le nucléaire présente de nombreux atouts qui ne se démodent pas : production concentrée, générant des emplois industriels et des services, indépendance énergétique, pas d’émission de CO2.

Il trouve ainsi sa place dans les projections à long terme aux côtés des autres modes de production d’électricité, à savoir les centrales à gaz, au charbon, l’hydroélectricité et, pour une part croissante, les énergies nouvelles.

REPÈRES
En Chine se bâtissent plus du tiers des soixante-quatre centrales nucléaires en construction dans le monde. La Russie, l’Inde, la Corée du Sud ont un programme de construction de centrales soutenu par des réalisations en cours. La Finlande, le Royaume-Uni, la République tchèque, la Pologne ont adopté des politiques publiques prévoyant de nouvelles centrales et dont la mise en œuvre est en cours.
Un grand nombre de pays instruisent le développement d’un programme nucléaire et multiplient dans ce but les contacts internationaux, industriels et politiques. C’est, par exemple, le cas de la Malaisie, de l’Arabie Saoudite et du Brésil. Aux États-Unis, qui, à court terme, profitent de l’exploitation des gaz de schiste, quatre nouvelles centrales nucléaires sont en construction, ce qui constitue autant une option de long terme pour l’alimentation électrique nationale qu’une référence en soutien de leur industrie à l’export.

Faire des choix avisés

Le Royaume-Uni a un besoin de renouvellement de ses moyens de production et doit, pour ce qui relève de l’approvisionnement en combustible, faire face à l’arrêt de sa production de gaz en mer du Nord. Sa politique est tournée avec détermination vers l’émergence de moyens de production non émetteurs de CO2. Avec le nucléaire, le Royaume-Uni fait d’une pierre deux coups : il satisfait les objectifs de sa politique énergétique, il relance également l’activité industrielle du pays.

On a quand même besoin de courant tous les jours

L’Arabie Saoudite, elle, ne manque pas de pétrole pour produire de l’électricité. Mais, forte d’une vision à long terme, elle met en place une plus grande diversité dans ses moyens de production pour mieux valoriser, par l’exportation, son pétrole et pour développer son économie.

En France, la question est moins de savoir combien de centrales il faudrait arrêter que de faire des choix avisés sur les futurs moyens de production. On a quand même besoin de courant tous les jours, et les emplois concernés ne sont pas économiquement menacés.

La conjonction des astres

La volonté politique est affichée, les vendeurs de technologies et de services sont très actifs pour présenter leurs offres, et pourtant les décisions de lancement des projets sont plutôt rares. Lancer le projet d’une centrale nucléaire est en effet une décision exigeante.

S’inscrire dans la durée
L’appréciation des performances du nucléaire s’inscrit dans la durée. Les performances reposent sur des facteurs technologiques et sur la prise en compte des caractéristiques des sites. Elles reposent aussi sur des facteurs humains et sociétaux, le maintien des compétences dans la durée, la responsabilisation des acteurs, la qualité du tissu industriel local et la capitalisation de l’expérience afin d’assurer l’amélioration continue des performances.

Exigeante, car elle nécessite l’adhésion nationale. Construire une centrale est un engagement de long terme, de près d’un siècle, en incluant construction, exploitation et démantèlement, qui engage au-delà d’un camp politique donné. Et cela d’autant plus que le nucléaire est une activité industrielle à risque faisant l’objet d’une sensibilité particulière de l’opinion.

Exigeante, car elle engage des sommes importantes. Une centrale nucléaire représente un engagement financier de plusieurs milliards d’euros. À cela, il faut ajouter que la production de richesses correspondant à cet investissement intervient au moment de la production d’électricité, à savoir entre cinq et dix ans après la mise de fonds. Beaucoup de placements peuvent paraître moins risqués aux investisseurs.

Exigeante, aussi, car elle nécessite un haut niveau de technicité de la part des acteurs concernés : le concepteur de l’installation qui doit garantir sûreté et capacité à construire en maîtrisant les coûts, les délais et la qualité ; l’exploitant futur de la centrale ; les fournisseurs ; ainsi que les entités de contrôle.

Exigeante, enfin, car ce type de décision revêt souvent une dimension géopolitique : proximité des sites avec une frontière, transfert de technologie, enjeux diplomatiques autres.

Ainsi, la décision se prend au moment où ces dimensions financières, industrielles et politiques convergent. Si l’on cherche à vendre dans ce métier, mieux vaut inscrire sa vision dans le temps pour saisir le moment de cette convergence.

Succès de chaque jour, succès d’un siècle

Le succès industriel du nucléaire tient à la maîtrise dans la durée de la sûreté et des coûts de revient de la production. Deux objectifs et autant de responsabilités qui sont portées par «une seule tête», celle de l’exploitant nucléaire. À lui de tenir la barre pendant toutes les phases industrielles.

De ce point de vue, la situation mondiale est contrastée. Certains exploitants, aux forces d’ingénierie réduites ou inexistantes, se reposent largement sur leurs fournisseurs de technologies, au risque de dissocier compétences (chez les fournisseurs) et responsabilité (chez l’exploitant).

D’autres, à l’image d’EDF, se reposent sur leur ingénierie «maison» pour capitaliser l’expérience, de la conception au démantèlement en passant par l’exploitation, et ainsi maîtriser les risques aussi bien en matière de sûreté que de qualité et de coûts.

Dans le temps du processus de choix de la technologie pour un projet neuf, souvent organisé sous forme d’appel d’offres, se préparent aussi le tour de table des investisseurs et le financement, l’identification des sites recevables, la formation des responsables des projets et de leurs équipes, la mobilisation du tissu industriel local existant.

Tenir ses promesses

La sûreté, un des points forts de l’EPR en construction

Le choix de la technologie de réacteur est bien sûr un moment important de la préparation d’un projet neuf. Il contribue pour une grande part au coût de revient futur du « mégawattheure ». La robustesse de la conception est aussi un solide point de départ pour assurer la sûreté pendant la phase d’exploitation. C’est un des points forts de l’EPR, en cours de construction en France, en Chine et en Finlande.

La bataille à laquelle se livrent les vendeurs de technologies est rude. Il leur faut gagner à l’issue du processus de sélection et en même temps créer les conditions pour que ce succès de court terme soit également un succès dans la durée. Il faut faire les offres les plus attirantes en s’adaptant aux spécifications du client, tenir les promesses dans la phase de construction et profiter des projets en cours pour améliorer les produits.

Les fournisseurs les plus durables seront ceux qui sauront associer leurs forces avec des exploitants forts, dans une vision combinant victoire commerciale et performance industrielle à long terme.

Chantier de Flamanville 3.
Chantier de Flamanville 3.

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