Magazine N°712 Février 2016 - Expressions

Accompagner un élève international

Parmi les deux cents meilleures universités du monde, Times for Higher Education a classé l’École polytechnique au cinquième rang pour son caractère international. En effet, un des changements les plus marquants à l’École ces dernières années se traduit par une pluralité inédite de langues, de cultures et d’origines. Dans ce contexte mondialisé, le parrainage par les anciens est un ciment essentiel entre générations et cultures.

Elèves internationaux à polytechnique
Lors du Magnan décennal, les élèves internationaux donnent un aperçu de leur nation.

Dans l’école que j’ai connue élève, les internationaux étaient presque tous des élèves francophones venant de quelques pays. Aujourd’hui, une bonne part du corps enseignant et des chercheurs dans les laboratoires ne sont pas de nationalité française.

La majorité des étudiants de master ou de doctorat sont internationaux. La lettre de mission que le ministre de la Défense vient d’adresser à l’École demande de porter à cent cinquante le nombre d’élèves internationaux dans le cycle polytechnicien.

Deux révolutions

La compétition mondiale de l’enseignement supérieur et de la recherche, de plus en plus vive, va encore s’accentuer. Nous allons vivre deux nouvelles révolutions.

UN ENGAGEMENT PERSONNEL

Dès mon arrivée à la direction de l’École, il m’a semblé compatible avec ma fonction de parrainer un jeune Chinois.
C’est avec plaisir que j’ai renouvelé mon engagement deux ans après avec un autre filleul, Cambodgien cette fois.

D’une part, les jeunes nés après la généralisation d’Internet comparent mondialement les offres, et ils arrivent maintenant à l’âge des choix pour leur formation supérieure.

D’autre part, l’enseignement à distance (les MOOC) va créer un effet de starisation et de renforcement de l’identification de quelques pôles mondiaux de premier rang. L’ouverture internationale est donc essentielle dans le projet de l’École.

Essentielle parce que c’est une clé pour être, et être reconnu, comme une des meilleures universités mondiales.

Essentielle aussi pour répondre aux besoins des entreprises : la moitié des élèves internationaux restent en France pour leur premier emploi, ce qui compense partiellement les départs hors de France des polytechniciens français et permet de mieux répondre aux besoins des employeurs.

Il faut donc que les internationaux soient convaincus d’avoir fait le bon choix en venant à l’École polytechnique. En effet, ils sont nos meilleures cautions pour convaincre d’autres jeunes de venir.

Gérer la transplantation

Bien sûr, il y a la qualité de l’enseignement, le lien très fort avec la recherche, l’hébergement confortable, la vie collective du Plateau, etc. Pour autant, il ne faut pas sous-estimer la difficulté de la « transplantation ». Certains élèves internationaux du cycle polytechnicien sont admis par le concours en français après classes préparatoires.

LE MAGNAN DE BABEL

L’idée selon laquelle l’X ne serait guère internationale est largement démentie par les faits.
Il suffit pour s’en convaincre de venir déjeuner au magnan de l’École et d’écouter parler anglais, russe, chinois, vietnamien, coréen, marocain – et aussi français – de table en table.

Que ce soit en France ou dans leur pays, ils ont vécu, pendant deux ou trois ans, une phase qui les rapprochait de l’École polytechnique et du modèle français.

Mais d’autres élèves sont recrutés par le concours international, en anglais, dans leur université. Leur seul contact avec la France avant leur arrivée a pu se limiter à une rencontre de quelques heures avec les professeurs de l’École qui leur ont fait passer le concours et aux courriels échangés en vue de leur arrivée.

Il leur faut apprendre le français, et pour certains en partant de rien ou bien peu. Il leur faut s’habituer à nos règles, nos codes. Il leur faut s’adapter aux exigences de la scolarité polytechnicienne.

Le parrainage est essentiel

L’élève qui avait entamé une formation universitaire plus spécialisée et qui était le meilleur ou l’un des tout meilleurs de sa promo est confronté à des disciplines qu’il ne connaît pas et à un groupe d’excellence où il vivra peut-être l’expérience de ne plus être le meilleur.

C’est là qu’intervient le parrainage. Depuis plusieurs années, l’AX organise le parrainage de jeunes élèves internationaux par un ou une ancienne élève. Pour rencontrer régulièrement beaucoup de nos élèves internationaux, je peux témoigner combien celles et ceux qui ont la chance d’être parrainés apprécient cet engagement.

Quand, à leur arrivée, il est demandé aux jeunes internationaux s’ils souhaitent être parrainés, presque tous répondent positivement. <3>Une chance pour les parrains

Le parrainage est aussi une chance pour les parrains. Les élèves sont des jeunes exceptionnels, ouverts sur le monde, porteurs d’une culture, de connaissances, de références enrichissantes.

Du reste, nombre de celles et ceux qui l’ont accepté une fois renouvellent leur engagement de parrain.

ÊTRE PARRAIN, C’EST QUOI ?

Un parrain ou une marraine prend deux engagements :
– assurer un contact régulier. Ce contact, au moins mensuel, peut prendre la forme d’un mail. Il vise à vérifier que l’élève international n’est pas en difficulté, ne traverse pas une période creuse psychologiquement, en particulier quand, au milieu de l’hiver, la température et la luminosité du Plateau sont très loin des standards tropicaux ;
– aider, si nécessaire, pour certains choix. Les élèves doivent faire des choix de stage, d’option, de formation complémentaire. Les conseils des anciens sont précieux, même si naturellement, comme nos enfants, les élèves internationaux ont une grande liberté dans l’usage qu’ils en feront.
Les organisateurs s’efforcent de tenir compte des préférences exprimées pour la nationalité des filleuls. Pour prendre tout son sens, cet engagement s’étend sur deux ans, pendant la période de présence de l’élève sur le Plateau. Les liens établis, la sympathie qui s’est créée fait que les contacts durent en général au-delà de ces deux ans.
Bien sûr, au-delà du minimum lié aux engagements, il est bien de faire plus. L’accueil pour un repas ou une période de vacances est l’occasion de faire mieux connaissance et de tirer tout le potentiel d’échanges. L’invitation pour un spectacle ou une activité est aussi l’occasion de partages culturels.

Un réseau efficace

Lorsque Jean René Argouarc’h (70) qui a si bien joué le rôle d’animateur des parrainages d’élèves internationaux a déclaré, il y a quelques mois, qu’il souhaitait passer la main, j’ai accepté de prendre le relais, sous la houlette amicale d’Hortense Lhermitte (83).

Heureusement, je suis loin d’être seul ; un réseau est en place qui contribue, notamment, à assurer le relais vers les promotions.

Il y a aussi, et c’est extrêmement important, le kessier inter. Alexandr Galashov, Russe et kessier international de la promo 2013, a été une exceptionnelle cheville ouvrière des parrainages. C’est largement grâce à lui que le repas international du grand magnan a été un succès et l’occasion de rencontres conviviales.

Nos élèves ont montré un rapide aperçu de leur pays en interprétant une ou des chansons, voire une danse, de leur nation. Un seul regret : ce fut trop court. En cette journée où le grand magnan permettait tant de rencontres et d’activités, les sollicitations étaient nombreuses.

Des volontaires

POUR EN SAVOIR PLUS

Correspondant de promo
ou yves.demay [at] polytechnique.edu

Il est temps de penser à la promotion 2015. Avec Chu Xuan-Bach, actuel kessier inter, nous allons organiser de nouveaux parrainages pour lesquels j’appelle les lecteurs à se porter volontaires.

Le parrainage est utile, gratifiant et peu exigeant.

Décidez-vous, envoyez un courriel sans tarder pour vous manifester et réservez le samedi 16 avril pour le déjeuner organisé par l’AX pour la rencontre avec votre filleul.

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