« La France a un rôle particulier dans l’émergence de la souveraineté numérique »

Dossier : Supplément InnovationMagazine N°746 Juin 2019
Par Thomas FAURÉ

Ren­contre avec Tho­mas Fau­ré, fon­da­teur de la pla­te­forme Whal­ler, le réseau social sou­ve­rain, codé et déve­lop­pé dans le res­pect des liber­tés indi­vi­duelles et des don­nées de ses utilisateurs.

Quelques mots sur Whaller, le réseau social français respectueux des données.

Whal­ler est une pla­te­forme de réseaux sociaux qui pro­tège les don­nées de l’utilisateur. Elle a été créée en 2013, et est deve­nue indé­pen­dante depuis bien­tôt un an. La pla­te­forme s’adresse aux :

  • Entre­prises, comme le groupe France Télé­vi­sion et le groupe Axa ;
  • Ins­ti­tu­tions, notam­ment le minis­tère des Armées, le minis­tère de l’Enseignement Supé­rieur ou la DINSIC pour qui nous sommes en charge de TECH.GOUV qui est le nou­veau pro­gramme pour accé­lé­rer la trans­for­ma­tion numé­rique du ser­vice public ;
  • Grandes écoles, comme Cen­tra­le­Su­pé­lec et l’Institut Poly­tech­nique de Paris ;
  • Asso­cia­tions.

Nous pro­po­sons des pla­te­formes de réseau social pro­fes­sion­nel, pour consti­tuer des réseaux de col­la­bo­ra­teurs, de pres­ta­taires, ou des réseaux de clients pour les entre­prises. Whal­ler est donc une pla­te­forme de tra­vail qui uti­lise les tech­no­lo­gies col­la­bo­ra­tives de réseau social pour des thé­ma­tiques plus pro­fes­sion­nelles que les réseaux sociaux uni­que­ment des­ti­nés au grand public.

Quels sont les avantages de créer son propre réseau social et que proposezvous concrètement ?

Créer son propre réseau social sur Whal­ler per­met de :

  • Deve­nir indé­pen­dant tech­no­lo­gi­que­ment, pou­voir para­mé­trer sa pla­te­forme sur mesure et ne pas dépendre d’outils pré­con­fi­gu­rés et des­ti­nés au grand public ;
  • Reprendre le contrôle de ses don­nées et le rendre aux utilisateurs ;
  • Béné­fi­cier d’une tech­no­lo­gique fran­çaise pour faire tra­vailler des gens ensemble en interne, avec plus d’efficacité et plus de sou­plesse que les vieilles tech­no­lo­gies, notam­ment les e‑mails qui arrivent à saturation.

Concrè­te­ment, Whal­ler orga­nise les conver­sa­tions et les com­mu­ni­ca­tions sous forme de sphères, qui sont des com­mu­nau­tés de tra­vail. L’utilisateur peut appar­te­nir à plu­sieurs sphères. La pla­te­forme per­met donc de maté­ria­li­ser l’ensemble de tous les lieux de col­la­bo­ra­tion, de com­mu­ni­ca­tion et d’échange qui consti­tuent la vie quo­ti­dienne des col­la­bo­ra­teurs dans leur organisation.

Il s’agit d’une tech­no­lo­gie effi­cace qui per­met de don­ner de la pro­duc­ti­vi­té et de l’efficacité dans les échanges en opti­mi­sant leur organisation.

Les infor­ma­tions sont ain­si bien répar­ties selon les thé­ma­tiques et les sphères, qui per­mettent de sécu­ri­ser davan­tage l’information.

Le réseau social Whal­ler est cloi­son­né, étanche et sécu­ri­sé. C’est une pla­te­forme bâtie sur ces prin­cipes de pro­tec­tion et de sécurité.

C’est aus­si une tech­no­lo­gie fran­çaise, dont l’ADN est de ne pas exploi­ter les don­nées de ses uti­li­sa­teurs à des fins com­mer­ciales. Elle ne filtre pas les conte­nus avec des algo­rithmes cal­cu­lés, et ne contient pas de publi­ci­té même dans sa ver­sion gratuite.

Quel est votre approche du Privacy By Design, une problématique qui a notamment été soulevée par le RGPD :

Whal­ler a tou­jours implé­men­té le Pri­va­cy By Desi­gn. D’abord les sphères en elles-mêmes sont étanches et sécu­ri­sées par défaut et res­pectent la pro­tec­tion des données.

Notre approche, c’est d’avoir conçu le moindre détail dans l’outil de façon à don­ner le contrôle aux uti­li­sa­teurs et aux admi­nis­tra­teurs de la pla­te­forme, en misant en plus sur la neu­tra­li­té des algorithmes.

Whal­ler pro­tège l’utilisateur par défaut et lui donne le choix d’ouvrir par la suite cer­tains réglages s’il le souhaite.

Par exemple, les sphères sont ini­tia­le­ment pri­vées mais l’utilisateur peut déci­der de faire des sphères ouvertes ou des sphères publiques, a posteriori.

Qu’en est-il de la souveraineté numérique ?

Il s’agit tout sim­ple­ment d’une affaire de liber­té et de non-dépen­dance vis-à-vis des tech­no­lo­gies étran­gères. Il est ques­tion de sou­ve­rai­ne­té vis-à-vis d’un pays, à l’échelle de la France mais aus­si à l’échelle de l’Europe. Aujourd’hui, je crois for­te­ment que l’Europe et la France ont le poten­tiel de pro­po­ser au monde numé­rique une troi­sième voie en plus des Amé­ri­cains et des Chi­nois qui consti­tuent une sorte de duo-pôle. L’Europe peut être une alter­na­tive d’un numé­rique plus res­pec­tueux, plus éthique et plus sou­ve­rain. Il s’agit fina­le­ment de repla­cer la tech­no­lo­gie au ser­vice de l’homme et non pas le contraire.

Étant le pays de la décla­ra­tion des droits de l’homme, qui ins­crit la liber­té dans sa devise, je pense que la France a un rôle par­ti­cu­lier dans l’émergence de la sou­ve­rai­ne­té numé­rique. D’ailleurs, il est aus­si ques­tion de sou­ve­rai­ne­té à l’échelle des entre­prises. Les entre­prises devraient pos­sé­der leurs propres don­nées sur leurs propres ser­veurs et être assu­rées que ces don­nées ne vont pas filer dans les mains de leurs concur­rents. C’est une garan­tie de plus en plus impor­tante sur­tout pour des entre­prises ou des ins­ti­tu­tions sen­sibles comme Tha­lès ou Air­bus qui ne peuvent plus confier le fruit de leurs recherches ou leurs tra­vaux sys­té­ma­ti­que­ment à des entre­prises amé­ri­caines. D’ailleurs, dans ce cadre, des entre­prises fran­çaises qui par­tagent cette même idée se sont réunies sous le clus­ter “Opé­ra­tion Lan­ce­lot“. L’association réunit des entre­prises qui ont pris conscience de l’importance de s’affilier les unes aux autres et de pou­voir por­ter un mes­sage com­mun sur la sou­ve­rai­ne­té numé­rique. L’objectif est de joindre nos forces pour créer une offre euro­péenne qui soit une vraie alter­na­tive face aux géants non-euro­péens. Nous essayons de fédé­rer des acteurs spé­cia­li­sés dans le numé­rique, qui vont être capables de pro­po­ser ensemble des ser­vices à leurs clients de façon cohérente.

Quelques mots sur votre levée de fonds et vos perspectives ?

Cette année nous avons levé jusqu’à pré­sent 500 000 euros et nous pen­sons pou­voir lever davan­tage parce que nous sommes actuel­le­ment en train de mettre en œuvre un plan d’accélération.

C’est un plan où nous recher­chons aujourd’hui 2 mil­lions d’euros afin de pou­voir accé­lé­rer notre déve­lop­pe­ment tech­nique et commercial.

Pour nos pers­pec­tives, nous visons à nous déve­lop­per davan­tage auprès des ins­ti­tu­tions et en par­ti­cu­lier celles qui ont des com­po­santes dans la cybersécurité.

En paral­lèle, nous sommes par­ti­cu­liè­re­ment mobi­li­sés pour tra­vailler encore plus avec l’enseignement supé­rieur et avec le monde de l’éducation en géné­ral. Dans ce cadre, nous avons signé un par­te­na­riat avec Sciences Po, et nous tra­vaillons avec eux depuis quelques mois sur l’amélioration de notre pla­te­forme à des­ti­na­tion des cam­pus numé­riques des grandes Écoles.

Le mot de la fin ?

Aujourd’hui, tout le monde n’est pas sen­si­bi­li­sé de la même façon vis-à-vis de la sou­ve­rai­ne­té numé­rique. D’ailleurs, nous res­tons assez dépen­dants tech­no­lo­gi­que­ment des Amé­ri­cains ou des Chinois.

La dépen­dance est évi­dem­ment une perte de liber­té, de sou­ve­rai­ne­té et une perte indus­trielle. J’appelle donc les déci­deurs à faire confiance aux entre­prises fran­çaises en matière de sou­ve­rai­ne­té numé­rique parce que cer­taines d’entre elles, et Whal­ler en par­ti­cu­lier, ont pris conscience de l’importance poli­tique et éco­no­mique de cet enjeu.

Les tech­no­lo­gies sont un ter­rain for­mi­dable mais à condi­tion d’en être les acteurs et non seule­ment les consommateurs.


EN BREF

  • Créa­tion en 2013 ;
  • 400 000 utilisateurs ;
  • 20 000 réseaux d’organisations.

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