Musiques jubilatoires

Musiques jubilatoires

Dossier : Arts, lettres et sciencesMagazine N°793 Mars 2024
Par Jean SALMONA (56)

« Qu’importe le bon­heur quand on n’a point la joie ! »
Jules Renard, Jour­nal (2 décembre 1895)

Vous êtes dans un club de jazz et vous écou­tez un ensemble comme les Dixie­land Seniors de notre cama­rade Fran­çois Mayer dérou­ler un stan­dard New Orleans. Vous bat­tez la mesure, vous riez, vous êtes pris par le rythme : au-delà du plai­sir, c’est la joie qui vous enva­hit. Cette joie, vous pou­vez l’éprouver aus­si à l’écoute de Bach – un Concer­to bran­de­bour­geois ou une Pas­sion – mais non avec Cho­pin, par exemple. Voi­ci deux disques… joyeux.

Take 3

Fran­cis Pou­lenc, pour­tant émule de Stra­vins­ki et de Schoen­berg, a choi­si déli­bé­ré­ment de pro­duire le plus sou­vent pos­sible de la musique qui sus­cite, chez l’auditeur, le plai­sir et même la joie. Écou­tez la musique de scène pour L’Invitation au châ­teau d’Anouilh avec des mou­ve­ments notés, par exemple, « fol­le­ment vite et gai », « très vite et très canaille » ; écou­tez aus­si sa Baga­telle pour vio­lon et pia­no et sa Sonate pour cla­ri­nette.

Ces pièces figurent, sous le titre de Take 3, dans un enre­gis­tre­ment récent avec le Trio pour cla­ri­nette, vio­lon et pia­no de Paul Schoen­field, le Bur­lesque pour vio­lon et pia­no et les Contrastes pour vio­lon, cla­ri­nette et pia­no de Bartók (Contrastes com­man­dés par Ben­ny Good­man et quelque peu jaz­ziques) par trois inter­prètes hors du com­mun, réunis par… la joie de jouer ensemble : Patri­cia Kopat­chins­ka­ja, vio­lon, Reto Bie­ri, cla­ri­nette, Poli­na Les­chen­ko, piano. 

Le disque se clôt par une Klez­mer Dance endia­blée, épous­tou­flante, de Șer­ban Nichi­for (un vio­lon sup­plé­men­taire et une contre­basse se joignent au trio). Une petite mer­veille. 

1 CD ALPHA

Mozart – Concertos pour violon

L’année 1775 voit Mozart com­po­ser cinq Concer­tos pour vio­lon, les seuls qu’il écri­ra jamais (mal­gré des ten­ta­tives ulté­rieures inache­vées), les­quels res­pirent la joie de vivre. Et pour­tant cette année-là la vie n’est pas facile pour lui, auprès du sinistre Col­lo­re­do, prince-arche­vêque de Salz­bourg, dont il est l’employé, presque le domestique.

Renaud Capu­çon a enre­gis­tré les cinq Concer­tos avec l’Orchestre de chambre de Lau­sanne, qu’il dirige. Les deux pre­miers sont du style galant en vigueur au XVIIIe siècle. Les trois autres sont beau­coup plus per­son­nels, ori­gi­naux ; le 5e Concer­to domine l’ensemble, avec une « tur­que­rie » inat­ten­due et une fin qui est sans doute la plus belle que Mozart ait jamais écrite : quatre notes à l’unisson avec l’orchestre, pia­no. Le vio­lon se retire sur la pointe des pieds.

Mozart a écrit bien des musiques joyeuses, dans ses opé­ras notam­ment. Ces cinq Concer­tos consti­tuent un recueil à part, mar­qué par l’élégance et la joie non débri­dée mais sereine.

Renaud Capu­çon est l’interprète rêvé pour cette musique inef­fable. 

1 CD DEUTSCHE GRAMMOPHON

En ces temps trou­blés puissent ces musiques vous appor­ter un peu de joie !

Poster un commentaire