La genèse d’un anniversaire à épisodes

Dossier : Le Bicentenaire des MinesMagazine N°661 Janvier 2011
Par Pierre COUVEINHES (70)

« Hier, aujourd’­hui et demain » : un pro­gramme ambi­tieux pour célé­brer deux cents ans d’his­toire du corps des Mines, désor­mais rejoint par celui des Télé­com­mu­ni­ca­tions. Col­loques his­to­riques et pros­pec­tifs ont émaillé l’an­née écou­lée pour culmi­ner au point d’orgue du 18 novembre der­nier, jour anni­ver­saire du décret qui a orga­ni­sé le » Corps impé­rial des ingé­nieurs des mines « .

REPÈRES
L’É­cole des Mines remonte à l’An­cien Régime. Le Jour­nal des Mines, créé en 1794, devient Les Annales des Mines en 1816. En 1810, Napo­léon Ier orga­nise le » Corps impé­rial des ingé­nieurs des Mines » et crée le Conseil géné­ral des Mines. Héri­tier des ingé­nieurs des télé­graphes recru­tés à la sor­tie de l’X à par­tir de 1844, le corps des Télé­com­mu­ni­ca­tions, créé en 1902, fusionne avec le corps des Mines en 2009. Le Conseil géné­ral des tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion fusionne à cette occa­sion avec le Conseil géné­ral des Mines pour deve­nir le Conseil géné­ral de l’in­dus­trie, de l’éner­gie et des technologies.

La pré­pa­ra­tion des célé­bra­tions a com­men­cé dès 2009. Les deux corps des ingé­nieurs des Mines et des ingé­nieurs des Télé­com­mu­ni­ca­tions venaient d’être réunis.

Les céré­mo­nies d’an­ni­ver­saire méri­taient une cer­taine durée et se sont éten­dues sur toute l’an­née 2010. L’axe choi­si a été le temps : « Hier, aujourd’­hui et demain « . Il fal­lait donc mettre sur pied à la fois des col­loques his­to­riques et des col­loques prospectifs.

Le séminaire » Maîtrise des risques et la vie en société« 1

Les risques et leur régulation
Si l’on admet qu’il existe une forte demande sociale de pro­tec­tion face aux risques de toute nature qui légi­ti­ment une inter­ven­tion des pou­voirs publics, la défi­ni­tion des moda­li­tés pra­tiques d’une telle inter­ven­tion pose nombre de ques­tions fon­da­men­tales : Quel mode de finan­ce­ment ? Quel régu­la­teur ? Quelle forme de régu­la­tion mettre en oeuvre et à quel degré ? Quels sont les cri­tères de choix de l’ac­tion publique ?
Ben­ja­min Huteau (2002)

Il a été orga­ni­sé le 2 juin 2010 par un groupe de réflexion de l’As­so­cia­tion ami­cale des ingé­nieurs des Mines, qui se réunit régu­liè­re­ment sous la pré­si­dence d’An­dré-Claude Lacoste (60) et de Gus­tave Defrance, et tient de tels sémi­naires envi­ron tous les deux ans.

Deux colloques prospectifs

En juin der­nier, Alain Bra­vo (65), direc­teur géné­ral de Supé­lec, a orga­ni­sé un pre­mier col­loque sur le thème » Quelle éco­no­mie numé­rique, quelle socié­té numé­rique en 2030 ? » En sep­tembre, c’est Claude Man­dil (61), ancien direc­teur de l’A­gence inter­na­tio­nale de l’éner­gie, qui coor­don­nait le thème » Quels équi­libres éner­gé­tiques en 2050 ? »

Un large appel à l’extérieur

Appro­fon­dir des thèmes fami­liers aux deux com­po­santes du nou­veau Corps

Il fal­lait se gar­der de » jouer la mono­cul­ture » et équi­li­brer les ori­gines des inter­ve­nants, issus des deux racines du » nou­veau » corps des Mines. Il fal­lait éga­le­ment s’ou­vrir lar­ge­ment sur l’extérieur.

C’est ain­si que le Col­loque sur la socié­té numé­rique a accueilli les inter­ven­tions d’un méde­cin psy­chiatre, d’un ins­pec­teur géné­ral de l’a­gri­cul­ture ou d’une spé­cia­liste du droit sur Inter­net. Le Col­loque sur l’éner­gie a offert sa tri­bune, notam­ment, à un phy­si­cien alle­mand ancien par­le­men­taire, à la direc­trice géné­rale de l’éner­gie belge et au pré­sident d’une asso­cia­tion écologiste.

La ratio­na­li­té dans les choix
Pas­cal Faure (83), vice-pré­sident du Conseil géné­ral de l’in­dus­trie, de l’éner­gie et des tech­no­lo­gies, insiste sur » l’hé­ri­tage d’une longue tra­di­tion d’in­gé­nieurs, de scien­ti­fiques et d’hommes d’en­tre­prises, dont la légi­ti­mi­té est forte et recon­nue dans les domaines de l’é­co­no­mie et du déve­lop­pe­ment indus­triel au sens le plus large. »
« Le corps des Mines, dit-il, est emblé­ma­tique des valeurs fon­da­trices de l’X, avec des ingé­nieurs plu­ri­dis­ci­pli­naires capables de ratio­na­li­té dans les choix au ser­vice de l’in­té­rêt géné­ral. Ce sont aus­si des ingé­nieurs huma­nistes, des hommes de pro­grès, qu’il s’a­gisse de pro­grès tech­no­lo­gique, éco­no­mique ou socié­tal. « Ils savent, comme ils l’ont tou­jours su, s’a­dap­ter pour res­ter des pionniers.
« Ils comptent par­mi les atouts de la France pour maî­tri­ser les bou­le­ver­se­ments de l’é­co­no­mie mondiale. »

Histoires parallèles

Après les col­loques pros­pec­tifs, nous sommes reve­nus aux leçons qu’on peut tirer de l’his­toire des deux corps récem­ment fusion­nés. L’un, celui des Mines, fêtait ses deux cents ans. L’autre, celui des Télé­coms, était déjà plus que cen­te­naire. Nous avons vou­lu orga­ni­ser deux col­loques sous la hou­lette d’his­to­riens pro­fes­sion­nels. L’i­dée a été par­fois contro­ver­sée, mais nous avons tenu bon. Après tout, ce sont les his­to­riens qui ont tou­jours le der­nier mot…

Place aux jeunes

Trop près ou trop loin
« Quelle socié­té numé­rique en 2030 ? »
se deman­daient les par­ti­ci­pants au Col­loque sur les tech­no­lo­gies, en esti­mant que la date était bien loin­taine pour des pré­vi­sions réa­listes. « Quelle éner­gie en 2050 ? » s’in­ter­ro­geait le Col­loque sur l’éner­gie, esti­mant, lui, qu’il fal­lait au moins se pla­cer à cet hori­zon pour une pros­pec­tive sérieuse. Deux approches illus­trant bien les com­plé­men­ta­ri­tés du nou­veau Corps.

Le Col­loque de clô­ture du 18 novembre a consti­tué le point d’orgue de cette série d’é­vé­ne­ments2. Un objec­tif était de » faire valoir que l’É­tat doit pou­voir s’ap­puyer sur des fonc­tion­naires à for­ma­tion scien­ti­fique « . Il fal­lait aus­si faire de cet anni­ver­saire un rite de trans­mis­sion pour les jeunes géné­ra­tions, en met­tant en avant des thèmes déci­sifs pour l’a­ve­nir. Nous avons donc lar­ge­ment impli­qué des jeunes dans la pré­pa­ra­tion de ce Col­loque, ingé­nieurs élèves ou ingé­nieurs en début de car­rière pro­fes­sion­nelle. Ils sont inter­ve­nus lors du Col­loque, soit direc­te­ment, soit par l’in­ter­mé­diaire de repor­tages vidéo, notam­ment en inter­vie­want quatre grands anciens prestigieux.

L’É­tat doit pou­voir s’ap­puyer sur des fonc­tion­naires à for­ma­tion scientifique

Ceux qui ont fait la France

Toutes les mani­fes­ta­tions ont été com­plé­tées par une expo­si­tion, orga­ni­sée à l’oc­ca­sion des Jour­nées du patri­moine, dont le thème était en 2010 » Les hommes et les femmes qui ont fait la France « . Nous avons réa­li­sé une ving­taine de pan­neaux à la gloire d’an­ciens illustres des Mines ou des Télé­coms, expo­si­tion tou­jours ins­tal­lée dans le Hall Béré­go­voy du minis­tère de l’É­co­no­mie, des Finances et de l’Industrie.

1. Les Actes du sémi­naire du 2 juin 2010 sur « La maî­trise des risques et la vie en socié­té » ont été publiés en octobre 2010 dans le numé­ro 60 des Annales des Mines (Res­pon­sa­bi­li­té et Environnement).

2. Voir les comptes ren­dus de cette jour­née dans les pages sui­vantes du pré­sent dossier.

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