Ludwig von Mises

Le bitcoin vu par l’école d’économie autrichienne

Dossier : BitcoinMagazine N°792 Février 2024
Par Yorick de MOMBYNES

La pen­sée éco­no­mique mains­tream peine tou­jours à expli­quer l’émergence et le déve­lop­pe­ment de cet étrange objet moné­taire qu’est le bit­coin. Quinze ans après sa créa­tion, il n’est plus cré­dible d’affirmer que l’invention de Naka­mo­to ne sur­vit que grâce à la spé­cu­la­tion. L’école autri­chienne four­nit une grille d’interprétation utile pour affron­ter cet impen­sé. Elle rap­pelle qu’il est pos­sible d’envisager une mon­naie dés­éta­ti­sée, sans banque cen­trale et sans poli­tique moné­taire. Ses concepts per­mettent d’analyser les qua­li­tés de poten­tielle mon­naie saine (au sens du concept anglo-saxon de sound money) du bit­coin, mais aus­si les défis qu’il lui reste à sur­mon­ter pour deve­nir concrè­te­ment une véri­table monnaie.


Le bitcoin ou Bitcoin ?

Il convient de dis­tin­guer « Bit­coin », qui désigne l’infrastructure de paie­ment, et « le bit­coin », qui désigne l’unité numé­rique et comp­table uti­li­sée dans ce système.


L’école autri­chienne est un cou­rant d’économie hété­ro­doxe né à Vienne à la fin du XIXe siècle. Son prin­ci­pal théo­ri­cien est Lud­wig von Mises, dont l’économiste fran­çais Jacques Rueff (X1919) a écrit : « Il a pré­ser­vé les fon­de­ments d’une science éco­no­mique ration­nelle, dont la valeur et l’efficacité ont été démon­trées par ses œuvres. » Les prin­ci­paux repré­sentants de ce cou­rant en France sont Pas­cal Salin et Gui­do Hülsmann.

Une des par­ti­cu­la­ri­tés de ces auteurs est de refu­ser l’application des méthodes des sciences de la nature à l’économie. Pour eux, les pro­po­si­tions de la science éco­no­mique doivent être fal­si­fiables d’un point de vue non empi­rique (selon le cri­tère de Karl Pop­per) mais logique. Le rai­son­ne­ment ne doit pas cher­cher à tes­ter des hypo­thèses arbi­traires mais à déduire des consé­quences logiques en par­tant d’axiomes réa­listes et irréfutables.

Sur ces fon­de­ments épis­té­mo­lo­giques, Mises a pro­po­sé une recons­truc­tion com­plète de la science éco­no­mique dans un trai­té de mille pages, L’Action humaine, dont Gérard Dréan (X59) a publié un excellent abré­gé. Mar­gi­na­li­sée au milieu du XXe siècle face au para­digme néo­clas­sique et aux divers cou­rants issus du key­né­sia­nisme, cette école de pen­sée ren­contre un net regain d’intérêt depuis les années 1970, notam­ment en rai­son de son ana­lyse ori­gi­nale de la mon­naie, ana­lyse qui se révèle par­ti­cu­liè­re­ment utile pour com­prendre le bitcoin.

Un point de vue original sur la monnaie

Pour les Autri­chiens, la mon­naie est fon­da­men­ta­le­ment un pro­duit de l’ordre spon­ta­né du mar­ché et son accapare­ment pro­gres­sif par le pou­voir poli­tique au cours de l’histoire, avec une accé­lé­ra­tion ful­gu­rante au XXe siècle, est cri­ti­quable d’un point de vue non seule­ment éco­no­mique mais aus­si social, poli­tique et culturel.

On peut résu­mer ces cri­tiques de la manière sui­vante. Les mani­pu­la­tions de la quan­ti­té de mon­naie par la puis­sance publique per­turbent le sys­tème des prix qui consti­tue le sys­tème d’information décen­tra­li­sé de l’économie de mar­ché et per­met le cal­cul éco­no­mique. Elles ali­mentent des cycles éco­no­miques arti­fi­ciels et des­truc­teurs (théo­rie pour laquelle Hayek a reçu le prix Nobel d’économie en 1974). Elles engendrent des redis­tri­bu­tions de pou­voir d’achat rela­tif en faveur des déten­teurs d’actifs et au détri­ment des plus dému­nis (effet Cantillon).

L’inflation moné­taire est un impôt dégui­sé qui entraîne une exten­sion dérai­son­nable de la sphère publique, une finan­cia­ri­sa­tion exces­sive de l’économie et une dérive clien­té­liste de la démo­cra­tie. Enfin, la dégra­da­tion de la qua­li­té de la mon­naie aug­mente la pré­fé­rence moyenne pour le pré­sent des indi­vi­dus, ce qui dis­suade l’épargne, l’investissement et la pla­ni­fi­ca­tion du futur, et sti­mule la socié­té de consom­ma­tion, le court-ter­misme poli­tique, la spé­cu­la­tion finan­cière et la sur­ex­ploi­ta­tion des res­sources naturelles.

Mises Theory Credit Money

À la recherche de la monnaie saine

Les Autri­chiens prônent un retour à la sound money ou hard money : une mon­naie dont la quan­ti­té est aus­si peu mani­pu­lable que pos­sible par la puis­sance publique. Dans The Theo­ry of Money and Cre­dit (1912), qu’ils consi­dèrent comme le plus grand trai­té d’économie moné­taire de l’histoire, Mises écri­vait : « Il est impos­sible de sai­sir le sens de l’idée de mon­naie saine si l’on ne réa­lise pas qu’elle a été conçue comme un ins­tru­ment pour la pro­tec­tion des liber­tés civiles contre les intru­sions des­po­tiques des gouvernements.

Idéo­lo­gi­que­ment, elle appar­tient à la même caté­go­rie que les consti­tu­tions poli­tiques et les décla­ra­tions des droits. » Un retour à la mon­naie saine est envi­sa­geable en sup­pri­mant le cours légal et en lais­sant s’instaurer une concur­rence libre entre pro­duc­teurs pri­vés de mon­naies (pro­po­si­tion de Hayek de « déna­tio­na­li­sa­tion de la mon­naie »). En effet, ni bien de consom­ma­tion ni bien de pro­duc­tion, la mon­naie n’en est pas moins un bien éco­no­mique : c’est donc au mar­ché libre, ren­contre de l’offre et de la demande, de déter­mi­ner la qua­li­té et la quan­ti­té opti­males de ce bien, et non à une enti­té cen­trale et mono­po­lis­tique qui ne détient pas l’information néces­saire pour en assu­rer un pilo­tage rationnel.

L’étalon-or

C’est éga­le­ment pos­sible en orga­ni­sant un retour à un sys­tème fon­dé sur l’or (pro­po­si­tion de Mur­ray Roth­bard). Les Autri­chiens s’opposent, en effet, à la pen­sée mains­tream sur les avan­tages et incon­vé­nients de l’étalon-or. Pour eux, ce régime fonc­tion­nait cor­rec­te­ment et a per­mis l’essor éco­no­mique excep­tion­nel du XIXe siècle. C’est l’accumulation de régle­men­ta­tions et inter­ven­tions publiques inadap­tées qui l’ont déré­glé, avant qu’il ne soit aban­don­né parce qu’il empê­chait de finan­cer les dépenses excep­tion­nelles de la Pre­mière Guerre mondiale.

S’agissant de l’étalon de change-or de Bret­ton Woods, les Autri­chiens ont été par­mi les pre­miers à expli­quer qu’il n’était pas viable. L’histoire leur a don­né rai­son – ain­si qu’à Jacques Rueff. Ils ont ensuite cri­ti­qué sévè­re­ment les incon­vé­nients du sys­tème de changes flot­tants et la des­truc­tion de l’institution sociale et éco­no­mique de la mon­naie par les poli­tiques expansion­nistes des banques centrales.

Ils se dis­tinguent de Mil­ton Fried­man et des moné­ta­ristes notam­ment par le fait qu’ils ne pré­co­nisent ni règle d’émission moné­taire fixe ni rôle d’intervention des auto­ri­tés moné­taires face aux crises, ces der­nières étant sou­vent, d’après eux, le résul­tat de poli­tiques publiques erro­nées plus que de pré­ten­dus défauts intrin­sèques du capi­ta­lisme. La pro­po­si­tion autri­chienne de sépa­ra­tion de la mon­naie et de l’État, demeu­rée long­temps ico­no­claste, connaît aujourd’hui une nou­velle actua­li­té avec l’irruption inat­ten­due du bit­coin et des crypto­monnaies dans le pay­sage monétaire.

Rothbard What Has Government Done to Our Money

Le bitcoin, or numérique

De prime abord, le bit­coin a tout pour séduire les Autri­chiens. Inno­va­tion tech­no­lo­gique issue du mar­ché, échap­pant au contrôle de l’État, il sub­siste grâce au libre choix des uti­li­sa­teurs face à une concur­rence intense de mil­liers de cryp­to­mon­naies. Le fait qu’il s’apparente à de l’or numé­rique répond en par­tie à leur idéal.

D’une part, le stock total de bit­coins est limi­té et leur coût d’extraction est crois­sant dans le temps, comme pour l’or. Pour les Autri­chiens, n’importe quel stock fixe de mon­naie suf­fit pour faire fonc­tion­ner l’économie, contrai­re­ment à la concep­tion mains­tream. Par ailleurs, le fait que le coût de pro­duc­tion du bit­coin soit éle­vé (son algo­rithme de consen­sus impose une consom­ma­tion mas­sive d’électricité par les « mineurs ») est consi­dé­ré par les Autri­chiens comme un avan­tage par rap­port aux autres cryptomonnaies.

Pour eux, en effet, une mon­naie ne peut émer­ger de l’ordre spon­ta­né du mar­ché et sub­sis­ter dura­ble­ment – sans être impo­sée par la puis­sance publique – que si elle est coû­teuse à pro­duire ; autre­ment, les uti­li­sa­teurs lui pré­fèrent vite une mon­naie plus « dure » (car ils anti­cipent qu’une hausse exces­sive de l’émission de mon­naie « facile » à pro­duire abou­ti­ra à sa dépré­cia­tion). La ques­tion de savoir si une autre méthode que cette forte uti­li­sa­tion d’énergie per­met­trait de main­te­nir un coût de pro­duc­tion éle­vé sans dégra­der le niveau de sécu­ri­té du sys­tème fait aujourd’hui l’objet de débats com­plexes qui dépassent le champ de cet article.

« Le bitcoin semble encore plus apte que l’or à conserver de la valeur à long terme. »

S’agissant de ce coût de pro­duc­tion éle­vé, il pour­rait paraître contre-intui­tif de le consi­dé­rer comme un atout pour le bit­coin. Mais, pre­miè­re­ment, il repré­sente en quelque sorte le « prix à payer » pour un sys­tème moné­taire révo­lu­tion­naire qui pour­rait, selon ces auteurs, se révé­ler immen­sé­ment béné­fique pour l’humanité.

Deuxième­ment, une par­tie de cette uti­li­sa­tion mas­sive d’énergie est ver­tueuse d’un point de vue envi­ron­ne­men­tal (rentabilisa­tion d’unités de pro­duc­tion d’énergies renou­ve­lables, conver­sion de méthane en CO2 émet­tant moins de gaz à effet de serre, etc.). 

Troi­siè­me­ment, ce coût n’est que très mar­gi­na­le­ment assu­mé par les uti­li­sa­teurs de bit­coins (à tra­vers notam­ment les frais de tran­sac­tion qu’ils payent) car c’est un coût fixe : une part crois­sante des tran­sac­tions est appe­lée à pas­ser par des réseaux secon­daires qui ne néces­sitent pas de minage. 

D’autre part, le rythme d’émission du bit­coin est décrois­sant. Son ratio stock-to-flow (l’inverse du taux d’inflation moné­taire) aug­mente et est en passe de dépas­ser celui de l’or. Et il n’y a aucun risque de faire des décou­vertes impré­vues de bit­coins au fond des océans ou sur des météo­rites. Bien sûr, on ne peut tota­le­ment exclure un bug infor­ma­tique déré­glant ce régime, mais ce risque est désor­mais minime car le pro­to­cole open source est audi­té atten­ti­ve­ment depuis des années. Le bit­coin semble donc encore plus apte que l’or à conser­ver de la valeur à long terme, avant d’être pro­gres­si­ve­ment uti­li­sé comme moyen d’échange. Sa divi­si­bi­li­té, son homo­gé­néi­té et les pro­grès tech­niques assu­rant son pas­sage à l’échelle sont autant d’atouts dans cette perspective.

Saifedean Ammous The Bitcoin Standard

Un étalon bitcoin ? 

Beau­coup d’économistes du cou­rant autri­chien voient dans le bit­coin une occa­sion de cor­ri­ger les défauts du sys­tème moné­taire contem­po­rain et éga­le­ment d’offrir une pro­tec­tion contre les futures mon­naies numé­riques de banques cen­trales (MNBC), pro­jets pro­fon­dé­ment inquié­tants mal­gré les pro­pos ras­su­rants de leurs promoteurs. 

Pour les plus auda­cieux des Autri­chiens, le bit­coin a même le poten­tiel de four­nir le socle d’un nou­veau sys­tème moné­taire pour rem­pla­cer les mon­naies fiat (les mon­naies décré­tées par la puis­sance publique et ne repo­sant sur rien d’autre que l’autorité de la loi, du latin fiat, « qu’il en soit ain­si ») quand le sys­tème actuel s’effondrera sous le poids de ses propres contra­dic­tions. C’est notam­ment la thèse de Sai­fe­dean Ammous dans The Bit­coin Stan­dard, best-sel­ler mon­dial tra­duit dans 37 langues. Mais tous les éco­no­mistes autri­chiens ne sont pas d’accord.

“Pour les plus audacieux des Autrichiens, le bitcoin a le potentiel de fournir le socle d’un nouveau système monétaire.”

Pour cer­tains, ce domaine reste inti­mi­dant d’un point de vue tech­nique. Certes, nul besoin d’être un infor­ma­ti­cien ou un cryp­to­graphe confir­mé pour se for­ger une opi­nion sérieuse. Mais c’est impos­sible sans un mini­mum de connais­sances sur le cryp­tage asy­mé­trique, le fonc­tion­ne­ment du minage, la gou­ver­nance des pro­to­coles open source, etc. Ceux qui n’ont pas la luci­di­té de le recon­naître res­tent influen­cés sans s’en rendre compte par les échos biai­sés et super­fi­ciels du débat public. Mais, même par­mi les Autri­chiens qui ont fait l’effort de se ren­sei­gner, plu­sieurs ques­tion­ne­ments sub­sistent sur les qua­li­tés moné­taires du bitcoin. 

La nature monétaire du bitcoin

Le bit­coin véri­fie-t-il le « théo­rème de régres­sion » de Mises qui veut que toute mon­naie ait d’abord un usage non moné­taire avant de pou­voir être pro­gres­si­ve­ment adop­tée comme moyen d’échange géné­ra­li­sé ? Cer­tains Autri­chiens consi­dèrent que ce théo­rème n’est pas appli­cable à la situa­tion contem­po­raine où l’institution de la mon­naie existe déjà. D’autres estiment que le Bit­coin a bel et bien des usages non moné­taires. Au début de son his­toire, il a été uti­li­sé comme objet de curio­si­té et de col­lec­tion par les infor­ma­ti­ciens et les curieux. Aujourd’hui, le sys­tème Bit­coin consti­tue une pla­te­forme d’horodatage décen­tralisée plus effi­ciente que toute autre solu­tion, avec d’intéressantes appli­ca­tions com­mer­ciales, juri­diques et industrielles.

D’autre part, c’est un sys­tème de paie­ment capable de sur­pas­ser les infra­struc­tures tra­di­tion­nelles puisqu’il per­met des trans­ferts de valeur irré­ver­sibles, dés­in­ter­mé­diés, incen­su­rables et program­mables. De sur­croît, grâce notam­ment au pro­to­cole com­plé­men­taire Light­ning Net­work, il est en train de sur­mon­ter cer­taines de ses limi­ta­tions tech­niques ini­tiales en termes d’instantanéité, de nombre de tran­sac­tions par seconde et de coût pour l’utilisateur : sur ces trois para­mètres, il est en train de dépas­ser les per­for­mances des réseaux tra­di­tion­nels comme Visa ou Mastercard.

Cette infra­struc­ture de paie­ment cor­res­pond bien à un usage non moné­taire, notam­ment si l’on com­prend que des trans­ferts de mon­naies fiat sont pos­sibles grâce à ce réseau (en effec­tuant une conver­sion à chaque extré­mi­té de la tran­sac­tion). Pour les Autri­chiens, rien n’a de valeur intrin­sèque car la valeur est sub­jec­tive. En revanche, le Bit­coin pos­sède un sous-jacent bien moins vir­tuel que celui des mon­naies fiat (que l’on peut pro­duire sans coût et de manière arbi­traire) et plus apte que ces der­nières à ins­pi­rer confiance : une infra­struc­ture de paie­ment d’un genre nou­veau, consti­tuée d’un pro­to­cole infor­ma­tique open source et d’un registre dis­tri­bué à la robus­tesse tech­nique inégalée.

Le problème de la volatilité

Cer­tains Autri­chiens, comme l’expert d’économie moné­taire Law­rence White, estiment tou­te­fois que la vola­ti­li­té exces­sive du cours du bit­coin risque de l’empêcher de deve­nir un moyen d’échange com­mu­né­ment accep­té. En effet, sa capi­ta­li­sa­tion de mar­ché rela­ti­ve­ment faible par rap­port aux mar­chés finan­ciers mon­diaux et l’impossibilité d’ajuster son rythme de pro­duc­tion rendent son cours vul­né­rable aux chocs de demande. Certes, ils recon­naissent que cette vola­ti­li­té dimi­nue­ra mécanique­ment si l’adoption du bit­coin et la pro­gres­sion de son cours se pour­suivent. Et ils ajoutent que, si le bit­coin rem­pla­çait un jour les mon­naies fiat, la vola­ti­li­té de son prix expri­mé en biens de consom­ma­tion n’aurait a prio­ri pas de rai­son de res­ter éle­vée. Mais ils res­tent scep­tiques sur la pro­ba­bi­li­té de réa­li­sa­tion de ce scénario. 

Le problème de la déflation

Le régime d’émission du bit­coin est dés­in­fla­tion­niste (son rythme d’émission décroît dans le temps) et l’élasticité de sa pro­duc­tion à la demande est nulle. Le bit­coin est donc de nature à favo­ri­ser une éco­no­mie ten­dan­ciel­le­ment défla­tion­niste : si la demande de bit­coins aug­mente, les prix nomi­naux des biens et ser­vices libel­lés en bit­coin diminuent. 

Pour les Autri­chiens, contrai­re­ment à l’analyse mains­tream, la défla­tion des prix n’est pas un pro­blème en soi quand elle résulte de la concur­rence et du pro­grès tech­nique dans un cadre moné­taire sain – à la dif­fé­rence des épi­sodes de défla­tion résul­tant de retour­ne­ment de cycles créés par les mani­pu­la­tions des auto­ri­tés moné­taires. Ils estiment notam­ment que cette saine défla­tion ne para­lyse pas les déci­sions d’achat (comme en témoigne la pros­pé­ri­té excep­tion­nelle du sec­teur de l’informatique alors que les prix chutent depuis des décen­nies), même si elle conduit natu­rel­le­ment à modi­fier la struc­ture des com­por­te­ments de consom­ma­tion (par exemple en dis­sua­dant la sur­con­som­ma­tion, les achats fri­voles ou inutiles, etc.). 

Le bit­coin étant beau­coup plus divi­sible que l’euro ou le dol­lar, l’ajustement des prix nomi­naux est pos­sible. En revanche, plu­sieurs éco­no­mistes autri­chiens craignent que cer­tains prix res­tent rigides à la baisse pour des rai­sons psy­cho­lo­giques (par exemple les salaires) ou que la défla­tion aille au-delà de celle qui décou­le­rait natu­rel­le­ment de la hausse de la pro­duc­ti­vi­té glo­bale de l’économie, ce qui ferait du Bit­coin une mau­vaise mon­naie. Seul l’avenir per­met­tra de le vérifier. 


Références

  • Sai­fe­dean Ammous, The Bit­coin stan­dard : the decen­tra­li­zed alter­na­tive to cen­tral ban­king (2018)
  • Gérard Dréan, Abré­gé de L’Action humaine (2004)
  • Renaud Fillieule, L’école autri­chienne d’économie : une autre hété­ro­doxie (2010)
  • Frie­drich Hayek, The Dena­tio­na­li­za­tion of money (1977)
  • Gui­do Hüls­mann, The Ethics of money pro­duc­tion (2008)
  • Hans-Her­mann Hoppe, Eco­no­mic science and the Aus­trian method (1995)
  • Lud­wig von Mises, The Theo­ry of money and cre­dit (1912)
  • Mur­ray Roth­bard, What has our govern­ment done to our money ? (1963)
  • Jacques Rueff, « The intran­si­gence of Lud­wig von Mises », in On Free­dom and Free Enter­prise. Essays in Honor of Lud­wig von Mises (1956) https://mises.org/library/intransigence-ludwig-von-mises 
  • Pas­cal Salin. Les sys­tèmes moné­taires : des besoins indi­vi­duels aux réa­li­tés inter­na­tio­nales (2016)
  • Law­rence H. White, Bet­ter Money : Gold, Fiat, Or Bit­coin ? (2023)

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