X2020 pour la transition écologique, les sciences et la finance quantitative


À partir d’une analyse pionnière des trajectoires professionnelles de la promotion X20, cet article met en lumière un triptyque structurant – transition écologique, finance quantitative et sciences – qui organise le début des carrières. Derrière cela, se cachent de fortes disparités selon le sexe et le statut, une désertion de la France hors Paris et de l’industrie traditionnelle, et l’émergence d’un employeur dominant, Qube Research & Technologies, premier recruteur de la promotion après l’État.
Les enquêtes traditionnelles d’insertion professionnelle classent les diplômés par secteur d’activité, selon des nomenclatures standards comme la Nomenclature d’activités françaises de l’Insee. Si cette approche est robuste statistiquement, elle ne capture pas pleinement les facteurs qui sous-tendent les choix de carrière individuels. Par exemple, fonctionnaires et chercheurs peuvent travailler dans des domaines variés tels que la défense, la santé, les sciences fondamentales, la planification écologique. Par ailleurs, les nouvelles technologies semblent être un facteur plus déterminant que le secteur d’activité traditionnel de l’entreprise (recherche et développement, services, production, etc.).
Observer autrement les trajectoires professionnelles des X
C’est à partir de ce constat que nous avons mené une analyse par domaine d’orientation professionnelle sur la promotion X20, en nous appuyant sur des données collectées entre avril et juin 2025 (mois de la remise des diplômes) et en obtenant des réponses de plus de 90 % de la promotion X20. Le rapport complet, accompagné d’un diagramme de Sankey interactif explorant les liens entre parcours d’approfondissement de 3e année et domaine d’orientation professionnelle, approfondissant notre analyse et la méthodologie employée, est disponible sur le groupe Facebook « X » en cherchant les mots-clés « Orientation professionnelle X2020 ».

de quelques structures représentatives – juin 2025. Source LinkedIn et enquête complémentaire – classification manuelle des domaines.
L’un des enseignements majeurs du rapport est la structuration des choix d’orientation professionnelle autour de trois pôles.
L’éco‑motivée
Presque un quart de la X20 (22 %) débute sa carrière dans le champ de la transition écologique. Surreprésenté au sein des EOX (26 %, pour 7 % des EIX) et chez les femmes (40 %, pour 18 % des hommes), ce profil est naturellement motivé par le défi de la transition écologique et énergétique, quitte à renoncer à certaines perspectives financières. L’éco-motivée travaille davantage dans le secteur public (dont entreprises publiques) et dans une grande diversité de domaines : énergie hors nucléaire (5,0 %), nucléaire (3,6 %), transition agroécologique (1,6 %), ferroviaire (1,4 %), aménagement du territoire (1,2 %), finance durable (1,0 %), etc.
Le financier quantitatif
En seconde place arrive le domaine de la finance, banque et assurance, avec 15 % de la X20. Surreprésenté au sein des EIX (40 %, pour 9 % des EOX) et chez les hommes (17 %, pour 4 % des femmes), ce profil exerce en grande majorité le métier de quant, ou financier quantitatif (10 % de la X20), notamment chez QRT, premier employeur de la promotion après la fonction publique. Les motivations principales du financier quantitatif sont connues : intérêt mathématique, demande des entreprises et niveau de rémunération élevé dès les premières années (salaire moyen de 85 k€/an d’après Glassdoor, sans filtrer sur les alumni de l’X).
Le ou la scientifique
Les doctorants et jeunes chercheurs, représentant presque un quart de la promotion (23 %), s’engagent majoritairement en sciences fondamentales, mais aussi en intelligence artificielle, en santé ou en technologies quantiques. Ce profil est remarquablement équilibré du point de vue du genre et du statut, à l’exception notable de l’IA, très masculine, et de la santé, où les femmes sont majoritaires.
Entre pluralité des parcours et orientation stratégique
Pour la Patrie, les sciences et la gloire. En tant qu’établissement public et par son rayonnement, l’X peut et doit prendre en compte l’intérêt général dans l’orientation de ses élèves. Se pose alors légitimement la question de l’insertion au sein de domaines stratégiques pour l’État. Comment concilier cet impératif avec d’autres aspirations personnelles légitimes telles que la rémunération ? Comment continuer à former des scientifiques d’exception tout en assumant son rôle dans la formation aux sujets de transition écologique et de souveraineté technologique et industrielle ? Certaines évolutions récentes du cursus de l’École, comme l’introduction d’enseignements obligatoires de développement durable, d’intelligence artificielle et de défense, répondent en partie à cette injonction. Par ailleurs, comment proposer aux élèves des voies professionnelles suffisamment diversifiées pour correspondre à leurs profils, à leurs envies ? Quitte à ne pas correspondre aux métiers surreprésentés parmi les alumni et auprès des promotions, ou aux domaines stratégiques précités ?


Cet article et notre étude n’ont pas vocation à épuiser ces questions, mais à éclairer le débat d’une lumière complémentaire à celle apportée par les études réalisées par l’École. Camarades de la X20, nous vous invitons au passage à répondre à l’enquête Premier Emploi lancée par l’École en janvier 2026. Pour rappel, le rapport complet est disponible sur le groupe Facebook « X » en cherchant les mots-clés « Orientation professionnelle X2020 ».
Données méthodologiques :
- taux couverture 92 % promotion X2020 – données collectées entre avril et juin 2025 (diplomation X20) ;
- 80 % des informations issues de LinkedIn, 20 % via une sollicitation directe ;
- environ 25 % de la promotion encore non diplômée au moment de l’étude.
Le triptyque X2020 en un coup d’œil :
- transition écologique (22 % de la X2020) : engagement sociétal, secteur public, surreprésentation féminine ;
- finance quantitative (10 % de la X2020) : forte rémunération, mathématiques appliquées, surreprésentation masculine ;
- sciences (23 % de la X2020) : doctorat, recherche publique ou privée, continuité académique.
Références utilisées
- IESF – Société des ingénieurs et scientifiques de France,
34e enquête annuelle de l’observatoire des Ingénieurs et Scientifiques de France, 2023. - Aléa Stat-Rennes, Greneche (Gilles), 29e enquête nationale sur les ingénieurs, 2018.
- École polytechnique, « Enquête premier emploi X2016 : une prime à l’embauche en entreprise de près de 45 % ».
- École polytechnique, « Enquête premier emploi X2017 : une attractivité confirmée ».
- École polytechnique, « Enquête premier emploi X2018 : une insertion rapide et des débuts de carrière prometteurs ».






1 Commentaire
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Merci pour ce travail très intéressant. Je me permets deux remarques de forme : d’abord la mise en avant de QRT comme « employeur dominant » dans le chapeau me semble très excessive. D’une part, l’employeur dominant des X est l’Etat, de très loin (même si je conviens que la fin de la phrase le rappelle). D’autre part, est-ce vraiment une conclusion majeure de l’étude ? J’aurais par exemple cité la diminution très significative de la part du conseil généraliste par rapport aux X19 comme un enseignement plus intéressant. Plus loin, l’intertitre « l’éco‑motivée » opposé au « financier quantitatif » est censé mettre en avant la différence statistique dans les genres des personnes qui s’orientent vers ces métiers, mais présenter cette statistique en genrant le qualificatif « éco-motivé » me semble de nature à renforcer les stéréotypes de genre au lieu de les combattre.