Vers une troisième révolution énergétique

Dossier : L'électricité nucléaireMagazine N°643
Par Luc OURSEL

REPÈRES

REPÈRES
La plupart des centrales nucléaires actuellement en fonctionnement ont été construites dans les années 1970-1980. Malgré l’allongement de la durée de vie des centrales, les États-Unis, la France, le Japon, la Russie et même l’Allemagne qui représentent plus des deux tiers de la puissance installée dans le monde voient se poser la question du renouvellement de la majeure partie de leur parc au cours des vingt prochaines années. Compte tenu des délais d’obtention des autorisations administratives et de construction des centrales, les décisions d’investissement devront être prises rapidement

Depuis la fin du second choc pétrolier, le contexte n’a jamais été aussi favorable à une relance du nucléaire. La croissance de la demande d’énergie nécessite de lourds investissements dans de nouvelles capacités de production d’électricité.

Les producteurs d’électricité veulent disposer d’une énergie compétitive à long terme

Si le développement des sources renouvelables est nécessaire comme énergie d’appoint, nombre de raisons concourent au renouveau du nucléaire dont l’envolée des prix des combustibles fossiles et même si la crise économique a fait chuter les cours du pétrole, il n’en demeure pas moins qu’ils s’établissent en moyenne entre le 1er janvier et le 1er novembre 2008 à 103,40 dollars le baril de Brent contre 72,40 dollars en 2007 et 65,1 en 2006.

Le repli présent ne peut être que circonstanciel, les perspectives à moyen terme étant structurellement haussières en raison de l’épuisement progressif des ressources. Autre facteur important : face à la volatilité des cours des combustibles fossiles, les producteurs d’électricité veulent disposer d’une énergie compétitive à un coût prévisible à long terme. C’est un autre atout de l’électronucléaire dont la matière première, l’uranium, ne représente qu’environ 5 % du prix de production du kilowatt/heure. Ajoutons que le coût attribué au CO2 joue aussi en faveur de la compétitivité de l’énergie nucléaire qui apporte en outre des garanties en matière de sécurité d’approvisionnement et d’indépendance énergétique.

Une demande considérable

Quatre réacteurs en construction
Après le premier réacteur EPR™ commandé en 2003 par l'électricien finlandais TVO après un appel d'offres très disputé, 2007 a été une année faste avec la commande d'EDF au mois de janvier pour la centrale de Flamanville et la signature en novembre du contrat de fourniture de deux réacteurs EPRTM en Chine dans le cadre d'un contrat d'un montant historique de 8 milliards d'euros.
En Finlande, la durée de construction sera équivalente à celle de la génération antérieure, alors qu'il s'agit d'une tête de série et que le chantier est exécuté dans des conditions particulièrement ardues compte tenu, notamment, du processus de travail du client TVO.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande en électricité va doubler d’ici à 2030. Plus de 5000 gigawatts supplémentaires seront nécessaires pour pourvoir à l’accroissement de la demande et remplacer les infrastructures parvenues en fin de vie. Le nucléaire s’impose aujourd’hui comme l’une des meilleures solutions pour répondre à cette croissance de la demande sans émettre de gaz à effet de serre.

Les quatre réacteurs EPR™ d’Areva, d’une puissance de 1 600 mégawatts, en Finlande, en Chine et en France, sont les seuls dits de « troisième génération plus » (3G +) actuellement en construction dans le monde. Les conditions difficiles dans lesquelles s’effectue la construction de l’EPR finlandais pour l’électricien TVO apportent un retour d’expérience sans égal. Areva nourrit l’ambition de construire le tiers des nouvelles capacités mondiales à l’horizon 2030.

Un marché mondial

Aux États-Unis, où le plus grand parc nucléaire mondial devra être renouvelé, probablement étendu, le groupe a créé, avec l’électricien Constellation Energy, une joint-venture, UniStar Nuclear, afin de promouvoir, faire certifier et construire des réacteurs EPRTM aux États- Unis. D’ores et déjà, cinq grands électriciens américains ont manifesté leur intérêt.

Chantier sur le site d’Olkiluoto en Finlande.

En Europe, la Grande-Bretagne s’est lancée dans un programme de relance du nucléaire de grande ampleur. Retenu comme technologie exclusive par EDF et E.ON, soutenu par une dizaine d’autres grands électriciens pour leurs projets britanniques, le réacteur EPRTM est en phase de précertification dans ce pays.  
Partenaire de longue date de la Chine, où il a récemment créé une nouvelle joint-venture dans le domaine de l’ingénierie, l’industriel français se trouve bien placé pour accompagner le pays dans son objectif de tripler sa capacité de production nucléaire d’ici à 2020 et de la multiplier par dix d’ici à 2030.

En Inde, le gouvernement veut doter le pays de 40000 mégawatts de capacité installée supplémentaire au cours de la prochaine décennie, soit l’équivalent de 25 à 30 nouveaux réacteurs. Mais, la renaissance du nucléaire ne touche pas que les pays rompus à cette technologie. Parmi les prétendants inédits, de plus en plus nombreux et d’horizons les plus divers, les Émirats arabes unis s’apprêtent à lancer un appel d’offres. Areva s’est associé à Total et à Suez pour présenter une solution intégrée comprenant la fourniture de deux réacteurs EPRTM assortie des produits, services et savoirfaire nécessaires à leur fonctionnement

La Chine veut tripler sa capacité de production nucléaire

Des partenariats

Aux États-Unis, pour servir le marché américain, Areva et Northrop Grumman ont annoncé en octobre dernier la construction d’une usine de composants nucléaires lourds de près de 28000 mètres carrés à Newport News (Virginie) avec la création de plus de 500 emplois qualifiés à la clé. Au Royaume-Uni, la même démarche s’est traduite par la conclusion en décembre 2008 d’un accord de partenariat avec les groupes britanniques Balfour-Beatty et Rolls- Royce portant sur l’ingénierie, la production et la construction des centrales. 

Une offre diversifiée
Les besoins des pays candidats à l'énergie nucléaire ne sont pas homogènes. Areva et Mitsubishi Heavy Industries (MHI) ont ainsi créé, fin 2007, Atmea, une joint-venture pour la conception d'un réacteur à eau pressurisée de " génération 3 + " d'une puissance de 1 100 mégawatts. Ce réacteur présentera des systèmes de sûreté et de sécurité avancés, un rendement thermique élevé et un cycle de fonctionnement flexible. Économique, il permettra une diminution des coûts et de l'impact sur l'environnement par la réduction du volume des déchets. Parallèlement est poursuivi le développement du SWR 1000, un réacteur à eau bouillante d'une puissance de l'ordre de 1 200 mégawatts avec l'électricien allemand E.ON.

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