Valobat : « Les professionnels s’approprient le tri des déchets de chantier »

Valobat : « Les professionnels s’approprient le tri des déchets de chantier »

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°809 Novembre 2025
Par Hervé de MAISTRE (X85)

Trier, valoriser et réemployer les déchets de chantier : la tâche est ambitieuse mais primordiale. Depuis 2021, Valobat veut structurer la filière de collecte. Aujourd’hui, les acteurs de terrain s’approprient la démarche et la rendent prometteuse.

Quelles sont les missions premières de Valobat ?

Valobat est un éco organisme, société privée à but non lucratif. Nous opérons dans la fin de vie des matériaux de construction du secteur du bâtiment, des meubles et des articles de bricolage et de jardin. Notre mission principale est d’accélérer l’économie circulaire dans le bâtiment, en structurant la filière de collecte, de tri, de recyclage, de valorisation et de réemploi des déchets.

Une démarche qui vise à réduire l’empreinte carbone du Bâtiment…

La quasi-totalité des matériaux mis en œuvre dans la construction d’un bâtiment sont des matériaux issus de matières premières, extractives, fabriquées sur le territoire français pour la plupart. Il s’agit à l’origine de béton, de métal, de bois, de plâtre, de verre ou de plastique qui représentent un peu plus de 20 millions de tonnes de déchets chaque année.


“En valorisant ces déchets pour en faire des matières premières et les réincorporer dans le processus de production, Valobat réduit l’empreinte carbone du bâtiment qui délaisse ainsi l’enfouissement ou l’incinération.”

En valorisant ces déchets, pour en faire des matières premières et les réincorporer dans le processus de production, Valobat réduit l’empreinte carbone du bâtiment qui délaisse ainsi l’enfouissement ou l’incinération.

Comment se traduit cette valorisation des déchets de chantier ?

Nous offrons aux entreprises de travaux des services de reprise des déchets triés sur leur chantier de déconstruction, de rénovation ou de construction neuve. 

Lorsque c’est logique et que la surface le permet, nous installons des bennes directement sur le chantier. Il est également possible d’opérer une reprise directement sur l’entrepôt des entreprises du bâtiment quand elles sont en en capacité de massifier ou de stocker des déchets. Troisième possibilité : l’apport en points de reprise en déchetteries professionnelles et publiques voire chez des distributeurs pour des chantiers qui génèrent des plus petites quantités de déchets.

Depuis la création de Valobat en 2021, une centaine de collaborateurs ont permis l’implantation d’environ 4 000 points de reprise de déchets sur l’ensemble du territoire ; plus de 800 gestionnaires de déchets référencés par Valobat pour effectuer la collecte des déchets et un peu plus de 6 000 chantiers de collecte.

Comment est accueillie votre approche, avant tout collaborative ? 

Notre mode de fonctionnement s’inscrit dans celui de la Responsabilité Élargie du Producteur (REP). Il s’inscrit donc dans le cadre d’une obligation réglementaire, mais repose essentiellement sur l’adoption du dispositif par les acteurs du bâtiment. Nous sommes financés par des éco contributions qui sont versées par les fabricants, distributeurs et importateurs des matériaux. D’une certaine manière cela vient impacter le prix de la construction mais permet aux professionnels qui travaillent avec nous d’avoir une reprise sans frais de leurs déchets triés. Le coût du traitement des déchets pèse de façon notable sur le prix des produits, et peut entraîner une petite difficulté sur l’acceptation générale du dispositif.

La vraie question est en fait celle du changement d’habitude. Le dispositif est en place depuis deux ans et il faut qu’il infuse. Sur certains chantiers, cela peut être perçu comme une contrainte, mais rappelez-vous que le tri des déchets ménagers a été mis en place en 1992 en France et ne s’est pas imposé comme une évidence tout de suite. C’est la gestion du changement.

En ce qui concerne le principe même de ne plus tout jeter à la fin d’un chantier, n’oublions pas qu’historiquement dans la construction – il y a trois ou quatre générations – c’était un réflexe. On ne jetait pas de bonnes pierres ou de bonnes poutres de charpentes. On les réutilisait. Et puis ça s’est perdu parce que l’économie a fait qu’il est devenu beaucoup plus économique et beaucoup plus pratique d’utiliser systématiquement du neuf. 

Les Trophées Valobat : un autre moyen de susciter l’intérêt ?

J’ai été absolument bluffé lors des délibérations du jury, par la manière dont les professionnels se sont appropriés le réemploi, le tri et la valorisation des déchets. Ces maîtres d’œuvre, chefs de chantier… se sont mis en scène dans des vidéos autour des actions mises en place pour le tri et le réemploi des matériaux. À les entendre, on se dit que le changement peut intervenir plus rapidement que prévu, grâce aux acteurs de terrain eux-mêmes qui s’approprient le tri des déchets de chantier.


“J’ai été absolument bluffé par la manière dont les professionnels se sont appropriés le réemploi, le tri et la valorisation des déchets. À les entendre, on se dit que le changement peut intervenir plus rapidement que prévu, grâce aux acteurs de terrain eux-mêmes.”

Être une entreprise privée d’intérêt général : frein ou moteur ?

Pour opérer, un éco-organisme doit obtenir un agrément de l’État et obéir à un cahier des charges pour atteindre des objectifs. Nous le faisons effectivement comme un acteur privé avec une forme de rigueur et de gestion. Cela nous permet d’être actifs dans l’économie circulaire en utilisant ce qui fonctionne dans le privé : optimisation économique, innovation, marketing, satisfaction du client, partenariats financiers… Ce sont les bonnes recettes du privé au service de l’intérêt général. 

Comment voyez-vous les enjeux, dans le secteur du tri des déchets ?

Nos indicateurs à court terme sont très encourageants. En 2025, nous nous apprêtons à doubler notre activité de collecte de déchets par rapport à 2024. L’évolution de la collecte sur les premiers mois de l’année va beaucoup plus vite que ce qu’on imaginait. C’est la preuve que les entreprises s’approprient les services de reprise.

Il y a certes un obstacle à court terme : la soutenabilité économique. L’éco contribution nous ramène à la réalité économique et pèse de façon assez importante dans le coût des produits… dans un secteur du bâtiment en crise. 

Une phase de concertation a été mise en place par l’État, à laquelle nous participons avec l’ensemble des parties prenantes pour faire évoluer le modèle et l’ajuster de façon à trouver sa durabilité.

Quelles sont les solutions pour accélérer la mise en œuvre ? 

Nous sommes face à trois challenges, qu’il convient de classer par ordre d’urgence. Le premier c’est de développer des solutions de recyclage pour des filières pas encore complètement mûres, afin de garantir un recyclage de 100 % des matériaux triés.

Vient ensuite le réemploi, et de l’acceptation par les concepteurs de bâtiments (maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre) d’intégrer des produits ou des matériaux issus de réemploi et non pas des produits neufs. Ce n’est aujourd’hui aisé ni d’un point de vue économique ni d’un point de vue assurantiel.

Enfin, il faut faire en sorte de concevoir à l’avance des bâtiments générateurs de moins de déchets possibles lors de leur construction… mais aussi de leur déconstruction. Des challenges qui concernent tous les acteurs de la construction et de la déconstruction.  

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