Urbasolar : « La rationalité économique en corrélation avec le besoin d’énergie »

Urbasolar : « La rationalité économique en corrélation avec le besoin d’énergie » 

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°809 Novembre 2025
Par Paul KEURINCK (X97)

Depuis 2006, Urbasolar développe, finance, construit et exploite ses centrales photovoltaïques. Aujourd’hui, la production est exemplaire, mais plusieurs défis doivent être relevés pour la rendre optimale.

Quelles sont les missions premières d’Urbasolar ?

Urbasolar est une entreprise créée en 2006, et considérée comme un Pure Player de l’industrie photovoltaïque. Nous couvrons l’ensemble de sa chaîne de valeurs : développement des projets, financement, construction et exploitation des centrales.

Depuis 2020, Urbasolar fait partie d’Axpo, énergéticien suisse détenu par des capitaux publics. Nous sommes ainsi passés d’une start-up, qui ensuite s’est développée comme une PME alors bien connue dans le paysage français du photovoltaïque, à la division solaire d’un grand groupe européen, présent dans de nombreux pays.

Quels sont vos projets notables, ou grands chantiers en cours ?

Urbasolar est connue pour plusieurs projets très emblématiques en France, comme l’aménagement du site d’AZF à Toulouse il y a quelques années ou encore l’installation d’ombrières photovoltaïques sur les parkings de Disneyland Paris. Notre force réside dans la diversité de nos applications : toitures de grands bâtiments logistiques, serres photovoltaïques, ombrières de parking photovoltaïques, centrales au sol de toutes tailles, AGRIPV… Nous réalisons des centrales relativement modestes, de l’ordre de 3 à 20 mégawatts, tout en ayant aussi dans notre portefeuille des installations beaucoup plus importantes. Nous sommes actuellement en train de construire une centrale de 200 mégawatts en Espagne, et nous avons dans notre portefeuille une centrale de 600 mégawatts en développement. 

En quoi le photovoltaïque est-il la solution renouvelable la plus accessible et la plus efficace ?

La demande en électricité augmente partout dans le monde, et le photovoltaïque reste aujourd’hui l’énergie la plus économique à produire. Pendant longtemps, l’énergie solaire a été subventionnée, mais ce n’est plus le cas. Elle est désormais compétitive par nature : propre, décarbonée et sans déchets. En 2024, 80 % des nouvelles capacités de production électrique installées dans le monde étaient photovoltaïques.

Cependant, des défis subsistent. Le principal est lié à l’intermittence : la production dépend de l’ensoleillement, donc principalement en journée. Cela nécessite une flexibilité accrue pour ajuster la consommation à la production. Par exemple, en mai et juin, nous avons observé des surplus d’électricité à midi, entraînant des prix négatifs. À long terme, cela représente une opportunité économique, mais cela demande des politiques publiques adaptées et des investissements dans les réseaux électriques.

Comment percevez-vous l’évolution des politiques publiques françaises, depuis le début de votre activité ? 

Il y a eu plusieurs âges, et plusieurs approches dans le soutien des politiques publiques, selon les pays. Urbasolar est présent dans cinq pays en Europe : la France, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et la Pologne. Si on regarde la France plus particulièrement, les politiques publiques se sont caractérisées par une certaine stabilité. Cependant, la politique de réglementations et de contrôle n’a jamais réellement évolué. Qu’il s’agisse de la délivrance de permis de construire mais aussi l’accès à des soutiens tarifaires sur le long terme, le marché français – même s’il ne s’est jamais arrêté – n’a pas pour autant décollé.

À la différence de certains pays voisins comme, l’Italie ou l’Espagne qui ont connu des booms dans les années 2010, puis une stabilité de cinq à six années avant de réenclencher un grand pic d’activité. Par exemple, en France, les délais pour l’obtention des permis de construire ou le raccordement au réseau se sont allongés.

Depuis 2018, ces délais ont presque doublé, ce qui ralentit considérablement les projets. La loi Aper de 2023, censée accélérer la production d’énergie renouvelable a des effets limités : elle a permis de raccourcir les délais de quinze jours mais introduit un droit de veto aux membres de la commission préfectorale et notamment à des représentants de la filière agricole, qui peuvent par leur simple voie bloquer des projets, parfois par méconnaissance de la filière.

Comment voyez-vous l’avenir de la filière ?

À long terme, il y a de quoi être confiant. Le photovoltaïque offre une réponse économique à un besoin croissant d’énergie. Sur le court et moyen terme, cependant, la filière a progressé si rapidement qu’elle fait face à de nouvelles contraintes. 

Depuis 20 ans que cette filière a démarré réellement à une échelle industrielle, toutes les prévisions ont été déjouées et son développement a été beaucoup plus rapide que ce qui était programmé. Le problème qui se pose aujourd’hui réside dans les restrictions sur les réseaux électriques et sur la valorisation de l’électricité. 


“ À long terme, il y a de quoi être confiant. Le photovoltaïque offre une réponse économique à un besoin croissant d’énergie.”

Des ajustements sont nécessaires, mais des évolutions sont déjà en cours. Tout récemment, la Commission de Régulation de l’Énergie a proposé d’introduire des tarifs en heures creuses non plus la nuit, comme c’était le cas auparavant, mais en journée (à l’heure où le solaire produit de l’énergie). Les heures creuses telles qu’on les connaissait la nuit ont été instaurées à un moment où la France lançait un grand programme nucléaire et avait un problème un peu similaire : on ne consommait pas assez d’électricité la nuit pour faire tourner les centrales. C’est assez intéressant de faire le parallèle et de voir que le tarif auquel l’électricité est la plus abondante correspond au milieu de la journée.

Les véhicules électriques joueront également un rôle clé, en permettant de déplacer la consommation vers des périodes où l’électricité solaire est abondante et peu coûteuse.

Les data centers, un autre enjeu de taille ?

Les data centers font partie des sujets qui ne nécessitent pas forcément l’intervention de politiques publiques ou d’incitations, mais qui répondent à la loi de l’offre et de la demande. Outre l’aspect énergivore des datas centers, leur forte production de chaleur implique une utilisation de climatisation qui par le passé rimait avec une implantation dans les pays froids. Aujourd’hui, les Data Centers sont partout, y compris dans les pays chauds ou très chauds. Cela renforce la nécessité d’optimiser leur consommation en utilisant l’électricité la moins chère, comme celle produite en milieu de journée par le solaire.

Comment, après 20 ans, Urbasolar parvient-elle à conserver son leadership ?

Travailler sur l’innovation a toujours été un moteur de développement de l’entreprise. Innovation technologique, mais aussi adaptation aux contraintes du réseau électrique. Cela inclut les technologies, mais aussi l’adaptation aux contraintes des réseaux électriques. Nous privilégions des projets proches des points de raccordement existants, et nous développons des solutions hybrides combinant solaire, éolien et batteries. Cette approche nous permet de mutualiser les infrastructures et de proposer des profils de production mieux adaptés aux besoins de nos clients.

Quels conseils donneriez-vous aux alumni de Polytechnique, pour les inciter à s’engager dans la transition énergétique ?

Ayez des convictions et suivez-les. Il y a 20 ans, le renouvelable était perçu comme marginal, presque anecdotique face aux géants de l’énergie. Aujourd’hui, il est au cœur de la transition énergétique. La persévérance et la résilience ont permis de démontrer que le renouvelable n’est pas une alternative, mais une solution incontournable.  

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