Une bataille après l’autre / OUI / Un simple accident / Météors / Nouvelle Vague

Ceux qui s’attachent aux états d’âme des Roumaines huissières de justice s’intéresseront à Kontinental ‘25 (R. Jude). Ceux qui s’interrogent sur le procès libyen de N. Sarkozy ne manqueront pas Personne n’y comprend rien (Y. Kergoat). Ceux qui aiment les films d’hôpital choisiront L’intérêt d’Adam (L. Wandel). Et ceux qui s’amusent de peu ou de très peu verront Libre échange (M. A. Covino) ou même se risqueront à Classe moyenne (A. Cordier). Pour les autres…
Une bataille après l’autre
Réalisateur : Paul Thomas Anderson – 2 h 42
C’est picaresque à souhait, bourré de clins d’œil, tissé d’invraisemblances (qu’on accepte dans les films d’action), un peu confus dans les débuts autour de Sean Penn (plus caricatural, tu meurs !). Interprétation réjouissante de Benicio del Toro et un excellent DiCaprio, assez inattendu en type constamment dépassé. Un comique de situation solide, des dialogues enlevés, une superbe poursuite automobile qui renouvelle le genre. L’aventure joue sa carte à fond. On s’amuse. Pas un grand film, mais qui brasse en permanence de la situation goûteuse. Trois heures sans temps mort. À la fin, papa Leonardo (point d’interrogation, faut pas divulgacher) retrouve sa fifille rebelle inchangée. C’était ça l’histoire, enlevée qu’elle avait été par des vilains. Contrat rempli.
OUI
Réalisateur : Nadav Lapid – 2 h 30
Hors norme et complexe. Un jeune couple de saltimbanques juifs basés à Tel-Aviv, amuseurs-ambianceurs (lui pianiste, elle danseuse). Ils tutoient la prostitution dans des fêtes « de riches » qu’ils animent pour élever leur fils Noah. Chez lui, des souvenirs maternels douloureux et un lâche acquiescement au pire. Elle regimbe davantage. L’ombre énorme du 7 octobre. Gaza, si proche, quotidiennement bombardée. L’inextricable de la situation juive, subie et créée, décrite. Un retour ponctuel déstabilisant au passé pour lui, à la suite de la commande musicale d’un hymne nationaliste et vengeur post 7 octobre. Brisures du couple et plongée dans l’avilissement avant l’arrachement à la folie collective par la fuite. À peu près irracontable, des effets-caméra virtuoses et une formidable puissance expressive. Essentiellement juif, impliquant, politique, dense et désemparé.
Un simple accident
Réalisateur : Jafar Panahi – 1 h 42
Assez formidable. Le régime iranien, la torture. Sur le même thème de la rencontre du bourreau et de la victime traité en 2024 dans Les fantômes, Jafar Panahi propose une fable ébouriffée, à l’opposé de l’austérité du film de Jonathan Millet. On est pris dans l’engrenage déclenché par la quête de Vahid qui croit reconnaître un ancien tortionnaire et rameute pour consolider sa certitude un panel à la Prévert d’autres victimes. C’est foutraque à souhait, essentiellement comique et étonnant d’humanité. Car, ce qui domine dans cette odyssée de bras cassés en mal de vengeance, c’est leur souci de justice, leur crainte de se tromper, leur disponibilité empathique même. À travers l’accumulation de situations cocasses et malgré les épreuves qu’ils ont traversées, ils font vivre un espoir dans la nature humaine, ces touchants pieds nickelés que nous suivons.
Météors
Réalisateurs : H. Charuel & C. Le Pape – 1 h 48
Une étonnante « bromance » (affection démonstrative entre hommes sans connotation sexuelle) servie par l’expressivité dynamique d’Idir Azougli (Dan) et l’extraordinaire et mystérieux charme inquiet de Paul Kircher (Mika). Deux potes à l’amitié définitive et fraternelle qu’un dérapage festif conduit à la nécessité de sortir de l’alcool pour une période de probation qui va s’avérer fatale à leur proximité, l’un s’y pliant et voulant sauver l’autre, lequel s’entête à cultiver sa cirrhose. Dans un contexte riche d’à-côtés, la tendresse maternante de Mika imprègne d’une grande émotion le parcours de ces deux paumés. Un film particulièrement attachant.
Nouvelle Vague
Réalisateur : Richard Linklater – 1 h 46
Vif et plaisant docu-fiction sur le microcosme de la Nouvelle Vague et le tournage abracadabrant d’À bout de souffle, avec des semi-clones très crédibles de l’époque (et tout parti-culière-ment la charmante Zoey Deutch en Jean Seberg). Le film enchantera tous ceux qui ont eu vingt ans dans les années 1960 et informera en les distrayant les autres sur les acteurs et les coulisses invraisemblables d’un coup de maître cinématographique qui a marqué l’histoire du septième art. Le name dropping y nourrit notre nostalgie. Le noir et blanc nous replonge en arrière, on regarde, on se souvient, on dit : « ah, ça s’est donc fabriqué comme ça ? », et on est heureux de l’apprendre.





