Un stage d’état-major sur le platâl : les ORSEM
Florent Goulette (X20) a connu l’expérience des réservistes formés aux travaux d’état-major, avec
la commodité d’une préparation dispensée par l’armée de terre directement à l’École polytechnique. Outre l’expertise militaire que les ORSEM acquièrent à cette occasion, il souligne avec pertinence en quoi cela est utile par ailleurs pour gérer les défis auxquels sont confrontés les cadres de haut niveau de l’entreprise ou de l’État.
Cet été, nous étions quatre élèves polytechniciens à avoir suivi le stage QIA-2 (qualification interarmes de niveau 2) de l’ESORSEM (École supérieure des officiers de réserve spécialistes d’état-major), après avoir suivi quatorze jours de formation préalable pendant notre scolarité à Polytechnique. Cette formation prépare au métier de traitant dans un état-major de brigade, qui requiert rigueur et coordination dans l’environnement militaire.
Une formation d’état-major sur le platâl
La formation remonte pour moi à 2021-2022, j’étais alors en 2A. Des stagiaires de l’École de guerre – Terre deviennent nos professeurs pendant sept week-ends sur une année ; d’une part ils nous enseignent la dernière version de la MEDOT (méthode d’élaboration d’une décision opérationnelle tactique) et d’autre part nous font partager leur expérience personnelle. Comme tout jeune de vingt ans, je n’avais jamais vu un char manœuvrer et n’avais aucune idée de la portée de l’artillerie soviétique (l’armée soviétique servait de base au modèle d’ennemi contre lequel on s’entraînait). Pourtant, nos professeurs vont nous transmettre patiemment une première couche de culture d’état-major, avec son lexique, sa grammaire, son mode de réflexion. Depuis 2021, les professeurs viennent directement sur le platâl dispenser les cours, ce qui encourage une dizaine de polytechniciens à s’y investir chaque année.

La passerelle entre l’X et l’ESORSEM
À la fin des quatorze jours de formation pendant l’année, nous sommes capables d’analyser un ordre d’opération (OPO) divisionnaire, d’en comprendre les implications en termes de mission et d’ennemi, et d’analyser le terrain en conséquence. La doctrine française intègre une forte dose de subsidiarité et de réactivité, ce qui implique de comprendre l’essence de l’opération pour tous les traitants d’un état-major, quelle que soit leur spécialité.
Cette phase d’analyse de l’opération est donc le fondement sur lequel travaillent tous les traitants. Nous n’avons de toute façon pas le temps d’étudier en détail toutes les composantes d’appui (essentielles) d’une opération : génie, artillerie, défense aérienne, logistique, etc., qui demandent des stages de spécialisation à part entière. Grâce à cette passerelle entre l’X et l’ESORSEM, nous pouvons suivre la formation théorique pendant notre scolarité à l’X et achever le stage d’été jusqu’à dix ans après la fin de notre scolarité, pendant notre parcours normal de réserviste. Nous sommes ainsi débarrassés de la nécessité de suivre ce stage, qui est censé accélérer la progression des X s’engageant dans la réserve.
Un stage dispensé aux officiers de réserve expérimentés
Ce stage s’adresse d’abord aux lieutenants ou capitaines de réserve de l’armée de terre qui ont besoin du diplôme pour passer commandant. Nous avons rencontré principalement deux catégories de réservistes. Environ un tiers sont des anciens d’active qui ont accompli toute une carrière en tant que militaires du rang ou sous-officiers, et sont passés officiers tardivement. Ils ont évidemment une grande culture militaire et parfois une certaine expérience en état-major.
“Au sein d’une brigade interarmes, la coordination des moyens techniques permet une concentration des efforts qui produit des effets opérationnels.”
Les deux tiers restants ont une carrière dans le civil, souvent dans le secteur industriel de la défense. Ce stage s’insère dans un parcours (FI+SITEM – SCEM devenu QIA1-R – ORSEM devenu QIA2-R – BT-R) qui suit le plus fidèlement possible celui des militaires d’active. En théorie, chaque réserviste doit être capable d’exercer la fonction d’un militaire d’active avec le même niveau de compétence, d’où la ressemblance entre le parcours d’active et celui de réserve, dont le gravissement permet d’exercer davantage de responsabilités au sein des compagnies de réserve ou des états-majors de brigade.
Un stage d’été pour découvrir ou approfondir le travail en état-major

à l’École militaire.
Cet été, nous étions donc quatre élèves polytechniciens (trois X22 et un X20) à participer à ce stage, qui a achevé notre formation ORSEM (désormais QIA2-R). Au cours des quatorze jours de formation préalable, nous avions appris à dérouler la phase d’analyse de la MEDOT, qui nous a apporté le cadre nécessaire à l’analyse d’une situation militaire au niveau brigade. Nous avons pu consolider ces compétences et les renforcer pendant ce stage d’été, au cours duquel nous avons déroulé la MEDOT sur une nouvelle mission.
Cette fois, nous nous sommes entraînés sur la phase d’analyse ainsi que sur la phase de synthèse, qui consiste en l’élaboration de la manœuvre. Comme nous l’a expliqué le général Phelut, directeur du CEMS-T (Centre d’enseignement militaire supérieur – Terre), les armées emploient des outils extrêmement techniques et la coordination est la clef pour s’en servir. Sans coordination, l’oubli d’un seul élément (qu’il concerne l’ennemi, le terrain ou la mission) peut mettre en échec la manœuvre ou, pire, la manœuvre de son supérieur.
Un exercice de simulation en temps réel
Après deux semaines à l’École militaire à Paris, où nous avons conduit une MEDOT complète, allant jusqu’à la rédaction de l’OPO brigade (notre niveau d’état-major), nous avons pu dérouler la manœuvre que nous avions élaborée lors d’une simulation en temps réel à Saumur. Toutes les cellules (nommées les « barrettes ») d’un état-major de brigade ont été jouées : conduite, renseignement, génie, sol-air, logistique, etc. Les échelons supérieurs et subordonnés et les ennemis étaient alors joués par les opérateurs qui travaillent à l’année sur la simulation.
Le premier jour, le CO (centre opérationnel) étant constitué uniquement de stagiaires, le plus dur n’était pas tant de faire face à l’ennemi que de synchroniser la troupe sur la ligne de départ. Passé ce temps de découverte de l’environnement du CO, avec le brouillard de guerre et les difficultés d’échange d’informations avec les échelons plus bas, nous avons pu vivre l’effervescence de l’état-major au cœur de l’action face à l’ennemi.
Retour à la vie civile
Quelques mois après le FINEX de cette simulation, je garde un très bon souvenir de ce stage. Tout d’abord parce que, au-delà du sérieux de la mission, il fallait voir le jeu que représentait la simulation ! Ensuite parce que nous étions entourés d’officiers réservistes expérimentés qui ne tarissaient pas d’histoires sur leurs régiments. Et enfin parce que les compétences acquises au cours de ce stage ne demandent qu’à être transposées dans la vie civile : encadrement, gestion de crise, gestion des risques sont des domaines qui profitent directement des compétences acquises pendant ce stage !





