Un certain M. Fabre
En préparant son livre Einstein, un siècle contre lui (La Jaune et la Rouge n° 629, novembre 2007), Alexandre a découvert un livre de vulgarisation de la théorie de la relativité écrit en 1921 par un ingénieur diplômé de Centrale : Lucien Fabre (1889-1952). Intrigué par la personnalité de l’auteur, plutôt favorable à Einstein, il a voulu en savoir plus sur ce personnage totalement oublié de nos jours et a tenté de comprendre les raisons de son oubli. Il a découvert un homme aux multiples talents : ingénieur, blessé de guerre dès septembre 1914, industriel, entrepreneur, poète, écrivain à succès (prix Goncourt 1923), auteur de pièces de théâtre, rédacteur de biographies religieuses, contributeur à des revues littéraires, etc.
En une quarantaine de courts chapitres, Alexandre traite dans l’ordre chronologique les multiples « histoires » de Fabre : le service sous les drapeaux, les poésies, les romans, le théâtre, mais aussi son attitude sous l’Occupation, sa vie amoureuse soigneusement enregistrée dans des carnets intimes publiés longtemps après sa mort dans la Revue du Tarn.
Sur chaque sujet, Alexandre a fait une enquête minutieuse pour replacer le sujet dans son contexte : articles de journaux, témoignages, enquêtes à la BNF… Par exemple, il est allé visiter la prison où Fabre a été incarcéré à la Libération, soupçonné d’avoir travaillé pour l’ennemi pendant la -Deuxième Guerre. Il a retrouvé les utilisations successives de cette prison : résistants, puis collabos, puis harkis, détenus en fin de peine actuellement.
Le souci du détail vérifié et concret rend le livre vivant, proche du lecteur. Il ne répond pas à la question : pourquoi un homme aussi remarqué par ses contemporains est-il complètement oublié aujourd’hui. On souscrira certainement à la dernière phrase du livre : « Un certain M. Fabre, c’est celui qui intrigue – qui suscite l’attention, et qui la mérite. Et qui mérite notre amitié. »


