Transitions et réindustrialisation : la vision de la French Tech Saint-Étienne Lyon     

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°810 Décembre 2025
Par Lucie TEXIER

Énergie, mobilité, santé : la région Lyon–Saint-Étienne se positionne sur les grands enjeux des transitions industrielle, environnementale et sociétale. La French Tech accompagne ces mutations en rapprochant recherche et entrepreneuriat, en favorisant l’impact et en soutenant la réindustrialisation. Lucie Texier livre sa vision d’un territoire qui veut s’affirmer comme un acteur européen de premier plan.

Quels secteurs sont les plus porteurs dans ce contexte ?

L’énergie, la mobilité et la santé. Sur l’énergie, nous bénéficions d’un environnement scientifique et industriel de premier plan, notamment avec le CEA à Grenoble. La mobilité concentre beaucoup d’innovations, qu’il s’agisse de nouveaux modes de transport ou de motorisations alternatives. Et la santé reste un pilier, avec de fortes avancées dans les biotechnologies et les dispositifs médicaux. Ces trois secteurs sont stratégiques pour l’avenir de la région et du pays.

En quoi la région Lyon–Saint-Étienne est-elle particulièrement bien placée ?

Nous avons un écosystème complet. Il associe laboratoires de recherche, universités, start-up et grands groupes. Nous avons aussi une tradition industrielle forte qui dialogue aujourd’hui avec le numérique et la recherche médicale. Cette combinaison crée un terreau unique pour innover et se positionner sur les grandes transitions. Enfin, la proximité avec d’autres métropoles régionales, comme Grenoble ou Clermont-Ferrand, renforce encore notre attractivité collective.

Comment intégrez-vous les enjeux d’impact social et environnemental ?

Nous avons lancé un programme dédié il y a trois ans. Chaque année, une trentaine de jeunes dirigeants sont accompagnés pour réfléchir à leur gouvernance, mesurer leur empreinte carbone et travailler sur des sujets sociaux comme la diversité ou la qualité de vie au travail. Nous faisons intervenir des experts et des entrepreneurs déjà engagés pour partager leurs pratiques. L’objectif est d’ancrer une culture de l’impact dès le départ.

Quels résultats concrets avez-vous observés ?

Il est encore un peu tôt pour dresser un bilan complet, mais nous constatons déjà que les entreprises engagées dans le programme mesurent leur empreinte carbone et initient des actions pour diversifier leurs recrutements. Certaines ont également renforcé leurs pratiques de gouvernance. C’est un premier pas important, qui installe une culture de l’impact dès les phases initiales de développement.

Quel rôle joue la deeptech dans votre écosystème ?

Il est majeur. Nous avons la chance de compter sur Pulsalys, une Société d’accélération du transfert de technologies (SATT) particulièrement dynamique. Chaque année, elle valorise les résultats de la recherche académique et en fait émerger des start-up deeptech. Cette capacité à transformer l’innovation de rupture en entreprises viables est un atout décisif pour le territoire. Elle alimente un vivier de projets à fort potentiel technologique.


“ Cette capacité à transformer l’innovation de rupture en entreprises viables est un atout décisif pour le territoire.” 

Le territoire contribue-t-il à la réindustrialisation, notamment dans sa dimension durable ?

Oui, et c’est très concret. Des start-up industrielles créent aujourd’hui leurs propres usines ou rejoignent des tiers-lieux dédiés à l’industrie, comme Bel Air Industries à Villeurbanne. À Saint-Étienne, Keranova et VisioShape se sont industrialisées avec l’appui des collectivités. À Lyon, on peut citer Y-brush et Netri. Ces implantations traduisent une volonté claire : ancrer la production localement, en lien avec la transition vers une industrie plus responsable.

Comment encouragez-vous les collaborations entre chercheurs et entrepreneurs sur ces transitions ?

C’est précisément la mission de structures comme Pulsalys, qui fédère les établissements universitaires pour identifier les innovations de rupture, les incubent et les transfèrent ensuite vers des entrepreneurs capables de les développer. Ce lien entre recherche et entrepreneuriat est vital pour transformer nos avancées scientifiques en solutions concrètes, notamment dans l’énergie, la santé ou la mobilité.

Quels financements sont disponibles pour les start-up engagées dans la transition durable ?

L’essentiel des financements provient de dispositifs nationaux, en particulier ceux portés par la BPI dans le cadre de France 2030. On trouve aussi des opportunités au niveau européen. En revanche, il n’existe pas de mécanisme spécifiquement régional consacré aux transitions. Cela dit, les métropoles de Lyon et de Saint-Étienne, comme la Région Auvergne Rhône-Alpes, soutiennent activement l’innovation et la création d’entreprises, ce qui bénéficie à l’ensemble des start-up, y compris celles orientées vers l’impact.


“Notre rôle est de sensibiliser et d’accompagner les start-up à intégrer ces dimensions dès leur création, mais aussi de mettre en valeur celles qui développent des solutions concrètes.” 

Pouvez-vous citer des réussites inspirantes dans ce domaine ?

Plusieurs entreprises illustrent bien le rôle de l’écosystème. MyLight 150 développe des solutions de batterie solaire digitale et contribue à la transition énergétique. Terrio, une entreprise industrielle concevant et produisant des matériaux de construction bas carbone à partir de terre crue. Elyse Énergie, qui produit des biocarburants, est un autre exemple. Ces start-up démontrent la capacité du territoire à générer des solutions utiles à la société et à l’environnement.

Quelle est votre vision à long terme pour faire de la région un leader européen des transitions ?

Lucie Texier : Nous disposons de tous les ingrédients : une recherche de haut niveau, des établissements de formation dynamiques, des financements solides et un tissu entrepreneurial riche. La clé est de connecter ces forces pour créer les meilleures conditions de réussite. Nous devons aussi jouer collectif à l’échelle régionale, avec Grenoble et Clermont-Ferrand, et travailler avec nos voisins européens. Notre ambition est claire : faire du territoire Lyon-Saint-Étienne un acteur reconnu des grandes transitions industrielles et technologiques.  

https://www.lafrenchtech-stl.com/

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