« Transiter vers l’hydrogène, sans remettre en cause les installations actuelles »

Depuis plus de 40 ans, SUNTEC est spécialisée dans la fabrication de solutions de régulation
de débit et de pression de fluides. SUNTEC a su tisser un solide réseau commercial international pour fournir et distribuer des produits sur mesure au plus près de leurs enjeux industriels
et environnementaux.
SUNTEC INDUSTRIES est spécialisée dans les systèmes de régulation pour la combustion. Quelles sont ses ambitions dans le contexte de la transition énergétique ?
SUNTEC est un acteur reconnu à l’échelle mondiale dans le domaine de la régulation débit-pression pour les équipements de combustion, un savoir-faire que nous cultivons depuis plusieurs décennies. Notre ambition est de fournir des systèmes performants, fiables et précis, car la qualité de la régulation est essentielle pour optimiser le rendement énergétique et limiter la consommation de combustible.
Dans un contexte de transition énergétique, nous développons également des solutions compatibles avec les combustibles décarbonés. Cela implique un effort important en R&D pour adapter matériaux et conceptions aux propriétés spécifiques de ces nouveaux vecteurs. Notre objectif est d’accompagner nos clients — fabricants de chaudières et de brûleurs — dans l’évolution de leurs équipements, afin de préparer l’arrivée des combustibles de demain.
Vous développez des solutions compatibles avec les nouveaux combustibles. Quels sont les axes concrets de cette diversification ?
Historiquement spécialisé dans les équipements pour le fioul domestique, SUNTEC a amorcé un virage vers la décarbonation il y a plusieurs années. Cette transition s’est traduite par une ouverture dès 2006 vers le biofioul puis vers le gaz. Aujourd’hui, nos pompes à engrenages sont compatibles avec les biocombustibles même si le marché reste en structuration.
Parallèlement, nous collaborons avec nos clients pour anticiper les usages émergents de nouveaux combustibles liquides, tels que le méthanol ou les e-Fuels qui exigent des adaptations spécifiques.
Côté gaz, nous explorons activement la voie de l’hydrogène. Nos travaux portent sur un mélangeur autonome capable d’injecter de l’hydrogène jusqu’à 60 % dans le gaz naturel. Nous sommes convaincus que l’hydrogène décarboné jouera un rôle dans la transition énergétique de la combustion, même si son développement à l’échelle industrielle reste encore limité à ce jour.
Quelle complémentarité entre les solutions développées par SUNTEC et l’électrification des usages ? Quel rôle pour l’hydrogène dans la décarbonation de la combustion ?
L’hydrogène est une solution prometteuse pour décarboner des usages thermiques difficilement électrifiables, en particulier dans l’industrie. Contrairement au gaz naturel, sa combustion ne génère que de la vapeur d’eau, mais sa disponibilité, notamment sous forme verte (produite à partir d’énergies renouvelables), reste aujourd’hui limitée.
Pour répondre à cet enjeu, SUNTEC développe des systèmes capables d’injecter localement de l’hydrogène dans le gaz naturel, dans une proportion définie par l’utilisateur. Cette solution repose sur une logique hybride : lorsque l’hydrogène est disponible, il est mélangé au gaz naturel pour réduire les émissions de CO₂ ; en son absence, le système revient à un fonctionnement 100 % gaz naturel. À titre d’exemple, un mélange contenant 20 % d’hydrogène permet de réduire les émissions de CO₂ de 7 %, et une proportion de 60 % permet une réduction de l’ordre de 31 %.
Outre les usages industriels, cette approche peut également s’appliquer à d’autres contextes, comme les réseaux de chaleur urbains. Ces installations utilisent souvent des chaufferies gaz pour la production de pointe en hiver. L’injection d’hydrogène dans ces systèmes pourrait améliorer significativement leur bilan carbone, sans nécessiter une refonte complète des infrastructures existantes.
Dans un contexte encore incertain pour l’hydrogène, notamment en France, comment SUNTEC parvient-elle à se positionner sur ce marché émergent ?
SUNTEC s’appuie sur une position solide sur son marché historique : la régulation pour les équipements de combustion. Cette assise nous permet de mener une stratégie de diversification maîtrisée, sans négliger notre cœur de métier.
Le développement de l’hydrogène s’inscrit dans cette démarche. C’est un marché en devenir, dont l’échéance semble s’être décalée ces dernières années, notamment en France, du fait d’une instabilité réglementaire et politique qui complique la planification à long terme. Malgré cela, nous poursuivons activement nos efforts d’innovation dans ce domaine.
Nos projets hydrogène ne reposent pas sur des financements publics ou des subventions, ce qui nous confère une certaine indépendance. Notre force réside aussi dans notre ancrage international : plus de 97 % de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’export, ce qui nous permet de saisir des opportunités de développement sur des marchés plus dynamiques.
Ainsi, nous avons déjà concrétisé plusieurs projets significatifs : le projet Ilot@ge de Châteauneuf, sur un démonstrateur pilote de chauffage urbain au Japon, au sein de laboratoires de recherche comme celui de l’Université de Brookhaven à New York, ou encore sur la Plateforme Energy Formation de GRDF près de Nantes. Ces projets illustrent notre capacité à adapter nos solutions aux besoins spécifiques de chaque marché, dans une logique de partenariat technique et d’expérimentation.
En quoi la solution développée par SUNTEC facilite-t-elle l’adoption de l’hydrogène comme combustible ?
Notre solution repose sur un principe de simplicité d’intégration et de fonctionnement. Il s’agit d’un mélangeur mécanique de haute qualité, conçu pour ajuster précisément le taux d’hydrogène injecté dans le gaz naturel. Ce dispositif, à la fois robuste et performant, est compatible avec des brûleurs jusqu’à une puissance de 1,5 MW.
Cette approche permet une transition progressive vers l’hydrogène, sans remise en cause complète des installations thermiques actuelles. Elle vise à faciliter et accélérer l’adoption de ce vecteur énergétique dans l’industrie.
Les études montrent qu’un grand nombre de brûleurs existants sont compatibles avec des taux d’hydrogène allant jusqu’à 20 %. Ce niveau d’intégration représente une étape réaliste, immédiatement accessible, pour initier la décarbonation des procédés thermiques.
Nous constatons une dynamique croissante chez les industriels — en France comme à l’étranger — qui évaluent le potentiel du mélange hydrogène/gaz naturel dans le cadre de leur stratégie bas carbone. Mais pour que cette évolution prenne de l’ampleur, il est également nécessaire de mieux faire connaître les usages de l’hydrogène dans la combustion. Cet effort de communication est aussi au cœur de notre démarche.
Quels leviers seraient nécessaires pour accélérer l’adoption de l’hydrogène dans les usages de combustion ?
Le premier levier est la disponibilité d’hydrogène bas-carbone, à un coût compétitif. Cela suppose une montée en puissance des capacités de production, en particulier via l’électrolyse alimentée par des énergies renouvelables.
Un autre levier essentiel réside dans la structuration de la filière autour de partenariats solides. Pour répondre efficacement aux besoins des industriels, il faut rassembler des compétences complémentaires : producteurs d’hydrogène, fabricants de composants, intégrateurs, exploitants… Répondre « en meute » permet de bâtir des solutions adaptées aux contraintes terrain. Cette logique de coopération sera déterminante pour passer à l’échelle.
Enfin, il faut favoriser des solutions concrètes, qui permettent une adoption progressive — comme le retrofit et le mélange — pour que les industriels puissent agir dès aujourd’hui, sans attendre une bascule technologique complète. Il est essentiel de démontrer, par des projets pilotes et des retours d’expérience, que l’hydrogène peut être utilisé de manière fiable, sécurisée et performante dans les systèmes de combustion.
Chez SUNTEC, nous pensons que la décarbonation ne viendra pas d’un seul vecteur, mais d’un éventail de solutions adaptées à chaque usage. L’hydrogène en fait partie, et nous avons choisi d’y contribuer activement, en misant sur l’innovation et la coopération avec nos clients.




